Alias Caracalla
qu’on ne cesse de lui opposer : « La
carence de Londres est scandaleuse. Vous en êtes le
témoin, vous qui partagez nos risques pour rassembler les informations de toute nature. »
Autre mauvaise nouvelle : à cause du mauvais
temps, la RAF n’a pu ramener Frenay et d’Astier en
France. Leur retour est reporté à la prochaine lune.
Seule éclaircie : les Anglais tenteront d’effectuer en
novembre le programme des parachutages annulé en
octobre.
Quant à moi, le BCRA m’informe du pire : il n’a
pas reçu les câbles de * Rex du début du mois
fixant l’heure et les lieux des commémorations du
11 Novembre. Résultat, le BCRA a décidé — probablement en accord avec Frenay et d’Astier — d’organiser la manifestation en contradiction totale avec les
horaires proposés par * Rex. Le service fixe à 7 heures du soir les rassemblements devant les monuments aux morts des villes de la zone libre, alors
que * Rex avait prescrit que les manifestations commencent à midi, sur les lieux mêmes de celles du
14 Juillet. Le patron est une fois de plus victime des
défaillances des transmissions.
Ce soir, je lui communique ces mauvaises nouvelles. Agacé, il me dit : « J’espère qu’ils tiendront
compte de mes demandes, in fine . » Il griffonne un
câble de rectification : « Essayez de l’expédier
d’urgence. » Rentré chez moi pour le coder, je vérifie mon schedule : par chance, j’ai un contact dans
la soirée et décide de le transmettre moi-même. Nous
sommes à cinq jours de la manifestation : tout peut
être sauvé.
Samedi 7 novembre 1942
Contretemps
Ce matin, * Rex quitte Lyon dans la matinée et
refuse que je l’accompagne à Perrache : « À demain
soir, comme d’habitude. »
Je ne suis pas mécontent de son départ prématuré
parce que, en son absence, je suis sûr d’honorer
mes rendez-vous, toujours plus nombreux. Sa présence représente un risque d’« impromptus » perturbateurs : déjeuner ou dîner, accompagnement à
des réunions, rendez-vous imprévus, etc., qui désorganisent mon agenda.
Au cours de la matinée, je prévois d’effectuer quelques versements, puis de déjeuner avec Cheveigné
chez Colette . Auparavant, j’ai un rendez-vous urgent, à
midi et demi, avec * Lorrain. L’urgence prétendue de
son billet ne m’impressionne guère. J’ai compris
que, dans la Résistance, tout est urgent parce que
rien n’est traité à temps.
Il a fixé notre rencontre derrière l’Opéra, loin, hélas,
du restaurant de Cheveigné : éloignement d’autant
plus gênant que * Lorrain est souvent en retard. Effectivement, je piétine sur les quais, tout en observant,
de loin, les arcades sous lesquelles nous avons rendez-vous. Lorsqu’il arrive, aux alentours de 1 heure, avec
une demi-heure de retard, il m’aperçoit, vient vers
moi et m’entraîne le long des quais : « Il faut que je
voie * Rex immédiatement.
— Il est parti ce matin et rentre demain soir.
— Pouvez-vous le joindre rapidement ?
— Je crains que non. »
Je ne peux lui révéler que, les jours où * Rex quitte
Lyon, le rendez-vous du soir avec son courrier est
annulé et que je n’ai aucun moyen de le contacter,
sauf à me rendre moi-même en Avignon pour rencontrer * Claudie, son agent de liaison. C’est certes
possible, mais dans ce cas tous mes rendez-vous de
l’après-midi sont annulés. Cette urgence en vaut-elle la peine ?
Il paraît contrarié : « Quand pourrai-je le rencontrer ?
— Lundi matin au plus tôt. C’est vraiment
urgent ? »
Il réfléchit et ajoute : « Dites-lui que j’ai eu une
conversation avec le colonel de Linarès, le chef
d’état-major de Giraud. Il m’a prévenu que des opérations militaires étaient en préparation. Giraud a
déjà quitté la France. Peut-être est-ce le prélude à
un Débarquement dans le Midi. »
Cette nouvelle, que j’attends depuis si longtemps,
me laisse incrédule, peut-être à cause du contraste
entre son énormité et notre paisible promenade
dans le froid sec d’un hiver précoce : ciel bleu à
l’horizon du Rhône ; spectacle de Lyonnais impavides vaquant à leurs occupations prosaïques…
À peine remis de ma surprise, je songe à l’Armée
secrète, informe et sans armes. * Lorrain devine-t-il
ma pensée ? « Dites à * Rex que Linarès a promis de
nous livrer des armes entreposées par l’armée
d’armistice. Il faut qu’il le
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