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Azteca

Azteca

Titel: Azteca Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Gary Jennings
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en avoir terminé avec moi, il n’aurait plus qu’à se rhabiller, rentrer en
ville, raconter qu’il m’avait fait face bravement et quel duel féroce et
chevaleresque nous avions disputé avant qu’il ne me terrasse. Connaissant bien
Chimali, je savais qu’il irait jusqu’à se faire lui-même de petites blessures
pour rendre son histoire plus crédible. Je n’éprouvais donc plus de regret pour
ce que j’allais faire. Je rentrai ma topaze sous mon manteau, laissai tomber
mon macquauitl sur le sol et, empoignant à deux mains le manche de ma lance, je
m’enfonçai dans le bois brumeux.
    Je me mis à avancer prudemment et lentement comme se devait de le faire
ce piètre combattant qu’était Perdu dans le Brouillard, les yeux plissés comme
ceux d’une taupe. Je ne me dirigeai pas tout de suite vers l’arbre où il se
trouvait, mais simulai une exploration méthodique du bois. Chaque fois que
j’arrivais près d’un arbre, je tendais le bras loin devant moi, en donnant des
coups de lance maladroits sur le tronc, avant de continuer à avancer.
Cependant, j’avais parfaitement noté l’endroit où Chimali se cachait et la
position de la branche sur laquelle il s’était couché. A mesure que
j’approchais, je relevai de plus en plus mon épée, jusqu’à ce qu’elle fût toute
droite devant moi, la pointe vers le haut, comme Gourmand de Sang nous avait
appris à le faire dans la jungle pour décourager les jaguars à l’affût de
bondir sur nous. Avec mon arme dans cette position, j’étais certain qu’il ne
pourrait pas sauter sur moi par-devant ; il lui faudrait attendre que la
pointe de ma lance soit passée au-dessous de lui, avant de me frapper derrière
la tête ou la nuque. Je m’approchai de son arbre exactement de la même manière
que je l’avais fait pour les autres, toujours plissant les yeux et sans regarder
une seule fois en l’air. Au moment où je passai sous sa branche, je donnai, de
toutes mes forces, un grand coup de lance vers le haut.
    J’eus un moment d’angoisse : la pointe de la lance ne l’avait pas
atteint ; elle ne s’enfonça pas dans la chair, mais heurta la branche avec
un grand bruit. Je reçus un choc violent dans les deux bras. Mais Chimali avait
dû lâcher prise. Le coup que j’avais donné sur la branche le fit tomber par
terre et il tomba juste derrière moi, en plein sur le dos. J’entendis sa respiration
sifflante tandis que le macquauitl lui échappait des mains. Je fis un tour sur
moi-même et je lui donnai un coup sur la tête qui l’immobilisa. En me penchant
sur lui, je me rendis compte qu’il n’était pas mort, mais qu’il resterait
inconscient pendant un bon moment. Je ramassai son épée et revins sur mes pas.
Je repris mon macquauitl à l’endroit où je l’avais laissé et j’allai rejoindre
les deux jeunes porteurs d’armes.
    Cozcatl eut un petit sourire quand il vit que j’avais l’arme de mon
adversaire à la main. « Je savais bien que vous le tueriez, Mixtli.
    — Je ne l’ai pas tué. Il est sans connaissance et s’il se
réveille, il s’en tirera avec un bon mal de tête. S’il se réveille, car je t’ai
promis, il y a bien longtemps, que lorsque viendrait l’heure de Chimali, tu
aurais le choix de son exécution. » Je tirai le poignard de ma ceinture et
le tendis à Cozcatl. Le page nous regardait avec un air fasciné et horrifié à
la fois. Je montrai le bois à Cozcatl. « Tu le trouveras facilement. Va et
fais-lui ce qu’il mérite. »
    Cozcatl hocha la tête, puis il monta vers le bois et disparut. Je
restai là à attendre en compagnie du page pâle et défait et qui ne cessait
d’avaler sa salive pour essayer de refouler sa nausée. Lorsque Cozcatl revint,
avant même qu’il n’ouvrit la bouche, je vis que le poignard avait perdu son
noir chatoiement et qu’il miroitait de reflets rouges.
    Pourtant, il déclara en secouant la tête : « Je lui ai laissé
la vie, Mixtli.
    — Comment ? Pourquoi ? m’exclamai-je.
    — J’ai entendu les menaces du Uey tlatoani, me dit-il, comme pour
s’excuser. Quand je l’ai vu sans défense à mes pieds, j’ai été tenté de le
tuer, mais je ne l’ai pas fait. Puisqu’il est vivant, l’Orateur Vénéré ne
pourra pas trop déchaîner sa colère contre nous. Voici tout ce que je lui ai
pris. »
    Il me montra son poing fermé, puis il l’ouvrit pour me faire voir deux
globes visqueux et luisants et une chose rose et flasque, coupée à

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