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Azteca

Azteca

Titel: Azteca Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Gary Jennings
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regarde ces pauvres plumes crottées.
    — C’est ce que je fais, je regarde », me répondit-elle d’une
voix étranglée, et je m’aperçus alors qu’elle faisait des efforts désespérés
pour ne pas éclater de rire. « Enlève ce costume grotesque. Va dans
l’étuve pour éliminer un peu l’octli que tu as bu. Nettoie le sang que tu as
sur le bras. Et puis viens te coucher et tu me raconteras ce qui…» Elle ne
pouvait plus se contenir et se mit à rire à gorge déployée.
    « Costume grotesque, vraiment, dis-je, en essayant de prendre une
attitude à la fois hautaine et peinée. Il n’y a qu’une femme pour rester
insensible à des insignes honorifiques. Si tu étais un homme, tu te confondrais
en admiration et en félicitations. Au lieu de cela, on m’inonde et on se moque
de moi ! »
    Ce disant, je tournai les talons et montai dignement l’escalier, en
trébuchant de temps en temps à cause de mes sandales emplumées, et j’allai
transpirer et bouder dans l’étuve.
    C’est ainsi que l’on me reçut en cette soirée qui aurait dû être la
plus solennelle de toute mon existence. Il n’y avait pas un sur dix ou vingt
mille de mes compatriotes qui ait reçu le titre qu’on m’avait décerné ce
jour-là : In Tlamahuichihuani Cuautlic, c’est-à-dire Chevalier de l’Ordre
de l’Aigle des Mexica.
    Je me ridiculisai encore davantage en m’endormant dans l’étuve et je ne
me rendis absolument pas compte que Zyanya et Chanteur Etoile m’avaient tiré de
là pour me coucher. Ce n’est donc que le lendemain matin, à une heure tardive
et tandis que je sirotais du chocolat chaud en espérant qu’il ferait
disparaître mon pesant mal de tête, que je pus enfin faire à Zyanya le récit de
ce qui s’était passé la veille au palais.
    Quand j’étais arrivé dans la salle du trône, Ahuizotl était seul et me
dit brusquement : « Notre neveu Motecuzoma a quitté Tenochtitlán ce
matin, à la tête d’une troupe considérable qui constituera la garnison du
Xoconochco. Comme nous te l’avons promis, nous avons mentionné ton rôle
admirable dans les négociations en vue de l’annexion de ce territoire, au cours
de la réunion de notre Conseil et il a décidé de te récompenser. »
    Sur un signe qu’il fit, le page sortit et, peu après, la salle commença
à se remplir. Je m’attendais à voir le Femme-Serpent et d’autres membres du
Conseil, mais en regardant à travers ma topaze, je fus surpris de constater
qu’il s’agissait de guerriers – l’élite des guerriers – tous des
Chevaliers-Aigle dans leur armure de combat emplumée, avec leur casque en forme
de tête d’aigle, des plumes sur les bras et des sandales aux talons emplumés.
    Ahuizotl me les présenta l’un après l’autre – c’étaient les plus grands
dignitaires de l’Ordre de l’Aigle – et il déclara ensuite : « Mixtli,
ils ont tous voté pour t’élever, d’un seul coup, du médiocre rang de tequia à
la chevalerie pleine et entière de leur ordre valeureux. »
    Il fallut ensuite observer un certain rituel. La surprise m’avait
presque laissé sans voix, mais je réussis à retrouver la parole pour prononcer
tous les serments obligatoires – être fidèle et combattre jusqu’à la mort pour
l’Ordre de l’Aigle, pour la suprématie de Tenochtitlán, pour la puissance et la
gloire des Mexica et pour le maintien de la Triple Alliance. Je dus m’entailler
l’avant-bras et les principaux dignitaires de l’Ordre firent de même et nous
nous frottâmes mutuellement les bras les uns contre les autres pour établir une
fraternité de sang.
    Ensuite, j’endossai l’armure matelassée avec tous ses ornements. La
cérémonie fut à son point culminant lorsqu’on me couronna du casque en tête
d’aigle. Il était fait avec du liège, du papier raide et des plumes collées
avec de l’oli ; le bec grand ouvert avançait sur mon front et sous mon
menton et ses étincelants yeux d’obsidienne se trouvaient quelque part derrière
mes oreilles. On me donna aussi tous les autres emblèmes de mon nouveau
rang : un gros bouclier de cuir portant les symboles de mon nom dessinés
avec des plumes de couleur, de la peinture pour se faire un visage farouche et
une plaque en or que je pourrais porter dès que je me déciderais à me faire
percer la cloison nasale.
    Alors, un peu empêtré par tous ces ornements, je m’assis avec Ahuizotl
et les autres chevaliers, tandis que l’on nous servait un

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