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Azteca

Azteca

Titel: Azteca Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Gary Jennings
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plantureux festin
arrosé du meilleur octli. Je fis semblant de manger de bon cœur, mais mon
émotion et mon exaltation étaient si grandes que je n’avais pas grand appétit.
Cependant, je ne pouvais pas éviter de boire pour répondre aux toasts nombreux
et sonores portés en mon honneur, en l’honneur des principaux dignitaires
Aigle, des chevaliers qui avaient trouvé une mort glorieuse dans le passé, de
notre chef suprême Ahuizotzin et de la puissance toujours plus grande des
Mexica… Au bout d’un moment, je perdis complètement le fil de la soirée et,
lorsqu’on me laissa enfin partir, j’avais l’esprit quelque peu confus et mon
splendide uniforme était dans un certain désordre.
    « Je suis fière de toi, Zaa, et heureuse, me dit Zyanya lorsque
j’eus terminé mon récit. En effet, c’est un grand honneur. Et maintenant, quel
exploit va accomplir mon guerrier de mari ? Quel sera son premier fait
d’arme en tant que Chevalier-Aigle ?
    — Je crois qu’il faut qu’on repique les fleurs aujourd’hui, ma
chérie. Un canot va venir les apporter de Xochimilco. Les fleurs pour notre
terrasse. »
    J’avais trop mal à la tête pour faire des efforts, aussi je n’essayai
même pas de comprendre pourquoi Zyanya, tout comme la nuit dernière, se mit à
rire à gorge déployée.
     
    ***
     
    Une nouvelle maison, c’est aussi une nouvelle vie pour ses occupants et
nous étions tous très absorbés par notre installation. Zyanya ne venait jamais
à bout de ce travail interminable qui consiste à fureter parmi les étals des
marchés et les ateliers des artisans en quête « des nattes qui iraient si
bien sur le sol de la chambre d’enfant » ou de tout autre article qui
avait le don de lui échapper éternellement.
    Mes apports personnels n’étaient pas toujours bien reçus, par exemple,
une petite statue de pierre que j’avais achetée pour la niche de l’escalier et
que Zyanya avait qualifiée de « hideuse ». Elle l’était en effet,
mais je l’avais achetée parce qu’elle me rappelait le déguisement de vieillard
ratatiné que Nezahualpilli avait si souvent choisi pour m’aborder. En réalité,
c’était la statue de Huehueteotl, le Plus Vieux des Vieux Dieux. Bien que son
culte fût un peu tombé dans l’oubli, ce vieux Huehueteotl, tout ridé et au
sourire sardonique, était toujours vénéré comme le premier dieu reconnu sur
cette terre, depuis des temps immémoriaux, bien avant Quetzalcoatl et d’autres
dieux plus récents. Comme Zyanya avait refusé que je le mette en vue, j’avais
placé le Plus Vieux des Vieux Dieux au chevet de mon lit.
    Au cours des premiers mois qu’ils passèrent chez nous, nos trois
domestiques suivirent, pour leur plus grand bien, les cours de l’école de
Cozcatl. La petite servante Chatouilleuse ne riait plus à chaque fois qu’on lui
adressait la parole et se contentait de faire un sourire modeste et avenant.
Chanteur Etoile était devenu si attentionné qu’il me présentait un poquietl
allumé à chaque fois que je m’asseyais ; aussi, pour ne pas décourager sa
bonne volonté, je me mis à fumer davantage que je ne l’aurais voulu.
    Ma principale occupation, à cette époque, fut de consolider ma fortune.
Depuis quelque temps, des caravanes de pochteca arrivaient à Tenochtitlán, en
provenance de l’Huaxyacac, apportant dans leurs paquets des fioles de teinture
pourpre et des écheveaux teints qui avaient été légalement achetés au bishôsu
Kosi Yuela. Les marchands les avaient payés un prix exorbitant, mais ils les revendirent
bien plus cher encore aux commerçants du marché de Tlaltelolco. Toutefois, les
nobles mexica, et surtout leurs épouses, se prirent d’un tel engouement pour
cette teinture extraordinaire qu’ils étaient toujours prêts à en acheter, quel
qu’en soit le prix.
    Une fois que cette pourpre légitimement acquise eut été mise en
circulation sur le marché, je commençai à déverser discrètement la mienne. Je
l’échangeai contre des marchandises moins compromettantes : jades
sculptés, émeraudes et autres pierres précieuses, bijoux et poudre d’or.
Cependant nous prîmes soin de garder assez de teinture pour notre usage
personnel et nous possédions certainement plus de vêtements brodés de pourpre
que l’Orateur Vénéré et toutes ses femmes réunis. Je puis vous assurer que
notre maison était la seule dans Tenochtitlán dont les fenêtres étaient garnies
de tentures entièrement

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