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Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997

Titel: Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997 Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Michèle Cotta
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posent la question : Carreyrou, ami de Bérégovoy, Giesbert, du Figaro , ont-ils délibérément fait tomber Édith Cresson dans un piège, l’un pour démontrer que Bérégovoy aurait été un meilleur Premier ministre, l’autre pour affaiblir la gauche ? Selon la presse, qui s’en fait l’écho, c’est là la thèse de l’Élysée. Pourtant, Édith Cresson, si piège il y avait, y est tombée toute seule. Quoi de plus naturel que la question de l’immigration lui soit posée ? Quoi de plus irresponsable, lorsqu’on est un Premier ministre socialiste, que d’y répondre de cette manière !

    13 juillet
    Les réactions ont continué toute la semaine : ricanements de l’opposition et embarras de la majorité. Raymond Barre, le plus raisonnable, se borne à s’étonner des mots employés par le Premier ministre. Le Pen en profite pour dénoncer l’inconséquence des hommes et des femmes politiques « qui sont, dit-il, responsables de la situation actuelle sur le plan de l’immigration ». Pasqua se tait mais n’en pense pas moins. À gauche, beaucoup de membres du gouvernement « rament », tels Bernard Kouchner, secrétaire d’État àl’Action humanitaire, qui essaie de trouver la meilleure façon de désavouer Cresson tout en donnant l’impression de la soutenir, ou Jack Lang, porte-parole du gouvernement, qui parle de la « maîtrise de l’immigration » du Premier ministre. De plus, sans le vouloir, sans même s’en apercevoir, Édith Cresson a coupé l’herbe sous le pied de son nouveau ministre des Affaires sociales et de l’Intégration, Jean-Louis Bianco, qui, deux jours après cette interview, devait présenter ce dossier en Conseil des ministres.
    Qui a poussé Édith Cresson à commettre une aussi lourde faute ? Abel Farnoux, les membres de son cabinet ? J’aurais compris, et même souhaité, qu’en matière de sécurité et d’immigration, le Parti socialiste prenne depuis longtemps davantage conscience du vrai problème posé par les clandestins. Mais le faire avec cette brutalité, moyennant un changement de cap à 180°, j’ai du mal à me l’expliquer.
    Mitterrand va-t-il y revenir demain ?

    14 juillet
    Oui, il y est revenu. Comme il faisait beau, l’interview traditionnelle a eu lieu dans le parc. Mitterrand a passé une bonne demi-heure sur l’immigration et sur Édith Cresson. Sur la reconduite des clandestins à la frontière, Édith Cresson, selon lui, n’est pas allée plus loin que ce qu’il dit lui-même depuis des années : que les clandestins doivent rentrer chez eux.
    A suivi une ode, littéralement, au Premier ministre : après des années de technocratie, explique Mitterrand, il est sain d’avoir le même langage que le peuple ; ça fait du bien d’avoir enfin quelqu’un de concret et de bon sens 29 .
    Je n’ai jamais entendu Mitterrand en faire autant pour qui que ce soit.
    Édith Cresson, il l’a choisie, il la maintiendra. Voilà qui devrait pour quelques mois – ou quelques semaines – faire retomber la pression.

    19 juillet
    Eh bien, non ! Car, dans son registre décidément inouï – je n’ai pas dit innovant... –, le Premier ministre ne sait pas quoi inventer pour susciter la polémique.
    Voilà qu’elle a accordé à Chris Wallace, de la chaîne américaine ABC, une interview diffusée dans le monde entier et qui est revenue en boomerang en France : elle y a parlé des relations amoureuses entre hommes et femmes politiques en répliquant à son interviewer qu’aux États-Unis les aventures extraconjugales existaient aussi – visant par là John Kennedy. Elle a comparé les Japonais aux fourmis qui travaillent jour et nuit : « Nous ne voulons pas vivre comme cela » ! Et, pour faire bon poids, elle est revenue sur des propos plus anciens, datant du mois de juin, je crois, pour appuyer sa thèse sur l’homosexualité des Britanniques !
    J’ai tendance à penser que ce n’est pas très grave. Sauf que ces propos donnent d’Édith Cresson une image déconnectée du rôle qu’elle occupe dans la politique française. Un Premier ministre ne parle pas ainsi. C’est peut-être stupide, conventionnel, tout ce qu’on voudra, mais c’est ainsi. Ces phrases, prononcées dans un anglais impeccable, accentuent au contraire le côté « amateur » d’Édith Cresson, son côté non professionnel. En cela, son image est écornée.
    Peut-être pense-t-elle que, les Français étant un tantinet xénophobes

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