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Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997

Titel: Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997 Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Michèle Cotta
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poste et s’est retrouvée le bec dans l’eau.

    27 août
    La réaction de Chirac à la mise à l’écart de Gorbatchev m’indigne : « Il n’a jamais voulu trancher, dit-il, entre la coalition stalinienne et les forces démocratiques. » J’aurais voulu l’y voir ! Gorbatchev n’a pas été écarté parce qu’il est allé trop lentement, mais bien parce qu’il a été trop vite. Et aussi, comme dit Paul-Marie de la Gorce, parce qu’il a soulevé le couvercle politique en même temps que le couvercle économique, contrairement aux Chinois qui ont choisi, eux, de libéraliser l’économie sans lâcher la bride à la démocratie politique.
    La réaction de Giscard a visé directement Mitterrand. Comme s’il s’agissait pour lui de répliquer, dix ans plus tard, au fameux « petit télégraphiste 33  ». Il a déploré à son tour que le Président ait lu publiquement la lettre de Ianaev, et qu’il ait ainsi passé un peu trop rapidement Gorbatchev par pertes et profits.
    Quelles que soient les prises de position de l’opposition, toujours marquées par des considérations de politique intérieure, il restera de ces jours-ci l’impression que Mitterrand a donné, peut-être sans s’en rendre vraiment compte, une sorte de quitus à ceux qui avaient tenté d’abattre Gorbatchev.

    11 septembre
    Nouvelle conférence de presse de François Mitterrand.
    Autour de lui quelques ministres, pas tous : Roland Dumas, Lionel Jospin, Pierre Bérégovoy, Michel Delebarre et Jack Lang. J’ai à peine le temps de m’étonner de ne pas voir Édith Cresson : alors que Mitterrand a déjà commencé à parler, je la vois arriver en retard, veste blanche et corsage mauve, et prendre place en tête de ses collègues.
    Arriver à l’Élysée après le début d’une intervention présidentielle, c’est la première fois que je vois cela. Cela n’a d’ailleurs aucune importance : on a l’impression que Mitterrand lui passe tout !
    Cette conférence de presse est qualifiée de « généraliste », parce que le Président touche à tout. À la Russie d’abord, à propos delaquelle il évoque longuement la fin du communisme et, plus largement, la fin des empires en Europe. Il décrit un double mouvement : d’un côté, la résurgence des aspirations nationales en Europe centrale et en Russie lui paraît inévitable ; de l’autre, il sent, dans les pays ex-communistes de l’Est, un désir de faire mouvement vers l’Europe.
    Sur la forme que pourrait revêtir aujourd’hui une « confédération européenne » avec les pays ex-communistes, qui lui paraît « plus que jamais nécessaire », sur les initiatives qu’il faudrait prendre, sur la permanence des liens entre les différentes républiques ex-soviétiques dont il pressent que la tendance sera à l’éclatement, c’est un Mitterrand peu sûr du monde extérieur qui nous apparaît, pour la première fois depuis la guerre du Golfe dont il n’a jamais donné l’impression de douter du bien-fondé.
    Là, quoi qu’il dise, il navigue à vue.
    Sur le plan intérieur, en revanche, il ne s’interroge à aucun moment sur les capacités de son Premier ministre. Au contraire : que de fleurs ! On lui demande si Jacques Delors va prochainement la remplacer à Matignon. C’est l’occasion d’affirmer en une phrase que Delors est un « expert incomparable », mais qu’Édith Cresson remplit très bien son rôle, qu’il a confiance en elle. Les gouvernements, ajoute-t-il, s’essoufflent au bout de trois ans. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Je ne l’ai jamais entendu aussi empressé auprès de Michel Rocard, cela va de soi, ni même de Pierre Mauroy.
    Pour le reste, deux annonces : d’abord, la possibilité, pour accroître l’investissement, de l’entrée des capitaux privés dans les entreprises publiques. C’est tout simplement la fin du dogme mitterrandiste du « ni-ni » (ni privatisation, ni nationalisation). Une bombe qu’il jette comme si de rien n’était.
    Ensuite, un plan d’aide aux petites et moyennes entreprises qui devra être mis en œuvre prochainement.
    Une pirouette sur l’usure du pouvoir : « On ne s’use que si on s’en sert, bien que j’observe de plus en plus que ceux qui ne servent pas s’usent beaucoup ! »
    La conférence de presse a duré, il me semble, moins longtemps que d’habitude. À noter que les journalistes de la télévision, spécialistes ou non de politique, sont les seuls

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