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Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997

Titel: Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997 Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Michèle Cotta
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les dignitaires de la police présents, il confirme : « Vous m’entendez bien ? Si l’ordre m’en est donné, je ne serai plus là pour l’exécuter ! »
    En aparté, il me glisse : « Vous avez vu les sondages ? Quelle catastrophe ! »
    Il pense déjà à reprendre son métier d’avocat lorsqu’il sortira d’ici.
    « Le problème, dit-il à la cantonade, c’est que je ne pourrai plus plaider aux assises. Vous me voyez, volant dans les plumes du ministère public ou de la police, lors d’un procès ? »
    Il juge « nulle » la politique de la France en Afrique, tandis que sa femme demande ingénument « comment tous ces présidents africains sont encore en vie... ».
    Pour finir, il déplore qu’en suggérant le passage du septennat au quinquennat, François Mitterrand ait en réalité fixé la date de son départ. Il fait le même raisonnement que Giscard : légalement, Mitterrand ne serait pas tenu de s’appliquer à lui-même la règle du quinquennat ; politiquement, il y serait contraint en partant du principe que si on pense qu’une réforme est bonne, on doit l’appliquer sans tarder. « C’est irréversible ! » conclut-il.
     
    Dans la soirée, Philippe Alexandre me dit que, d’après ses informations, Marchand va être débarqué dans les semaines qui viennent. Cela ne m’étonne guère.
     
    Émission « Médiations 36  » sur l’abstention. Nulle part, dans aucune autre émission je n’ai senti jusqu’à présent une telle haine de la part du public, soigneusement choisi pour expliquer leur refus de voter, contre les quatre hommes politiques de toutes tendances présents sur le plateau. Au milieu de l’écran, sous le déluge d’exclamations, presque d’injures, ils ont l’air d’oiseaux blottis les uns contre les autres sur un fil électrique. La violence des propos, le ton, à la limite de l’hystérie, suffoquent les hommes politiques et dépassent le présentateur.
    Signe d’un grand malaise de la société politique. Mais aussi de lasociété médiatique qui, si elle n’y prend garde, sera emportée par la même haine.

    27 novembre
    Vu Fabius à l’hôtel de Lassay 37 . Il est plus irrité que fatigué. Costume gris, pochette bleu vif, cravate bleue. Juste ce qu’il faut de décontraction, sans un iota de plus. Il commence à parler assez bas, comme Mitterrand le fait parfois, avec dans la voix une sorte de brisure, ce léger voile que j’aime bien.
    « Cette histoire de scrutin, me dit-il, est stupide. Changer le mode de scrutin, très bien, mais pourquoi, comment ? Avant de rendre publique cette annonce qui n’en était pas une, Mauroy, dont c’était l’idée, aurait dû organiser un minimum de confrontations, de concertations. Il ne fallait pas mettre ce débat sur la table avant d’avoir une réponse à apporter, une solution à formuler. Même un enfant de chœur pourrait comprendre qu’opter pour la représentation proportionnelle aujourd’hui, c’est aller à contre-courant des choses : au moment où les Français se déchaînent contre les partis, il est aberrant de ne pas jouer, au contraire, le scrutin majoritaire. C’est dans le cadre de sa circonscription que chaque député, dans la proximité avec son électorat, a son jeu à jouer. »
    Il ajoute, sur le même ton un peu las :
    « Cette affaire a été menée n’importe comment depuis le début jusqu’à aujourd’hui. »
    Il enchaîne : « Et allez faire le congrès du PS les 14 et 15 décembre ! De quoi parler ? D’autre chose ? On nous accusera de noyer le poisson. En parler ? Non, puisque Mauroy a dit que, finalement, nous n’en parlerions pas.
    – Mais, lui dis-je, c’est le Président qui a voulu changer le mode de scrutin, c’est lui qui a mis la question à l’ordre du jour en annonçant son projet de référendum ! Mauroy n’a pas foncé sur ce sujet tout seul, il a agi sur ordre !
    – Pas le moins du monde, m’assure-t-il. Le Président ne supporte pas, au contraire, d’avoir été mis en première ligne alors qu’il ne le souhaitait pas. »
    Comme il s’est payé le luxe de faire front commun, pour la première fois, avec Rocard et Jospin contre le mode de scrutin, il préfèrecroire que Mauroy a agi sans le feu vert du Président. Je ne crois pas la chose possible. Peut-être ai-je tort...
    Restent les affaires. Manifestement, il ne comprend pas comment les socialistes ont pu à ce point tomber dans le piège de l’argent. Il

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