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Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997

Titel: Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997 Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Michèle Cotta
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s’irrite à l’idée de tant de maladresses, de tant d’abandons.
    « Moraliser, trouver une façon de reprendre l’initiative sur le terrain, oui, c’est cela qu’il faudrait faire », murmure-t-il. Il s’exaspère devant un tel gâchis.

    2 décembre
    Jack Lang, lui, est proportionnaliste. Il défend l’idée d’un exécutif fort, flanqué d’un Parlement élu à la représentation proportionnelle qui apparaîtrait donc comme une photographie de la société politique.
    Permettre à Le Pen d’avoir un groupe parlementaire à l’Assemblée ?
    « Aucune importance, me dit-il. Après tout, il est parlementaire européen, et cela ne crée pas de problème, sauf que cela fait désordre. De toute façon, vous, les médias, vous faites bien, dès aujourd’hui, une place permanente au Front national, alors franchement, qu’est-ce que cela changera ? »
    Mais Mitterrand, il le croit, a plus d’un tour dans son sac. Il se battra jusqu’au bout, sortira de nouvelles ficelles, finira par trouver la trouée dans les nuages.
    Tout cela est bel et bon : Jack Lang ne voit toutefois pas comment faire adopter par cette Assemblée, par les parlementaires qui la composent, une réforme du scrutin. Encore moins la proportionnelle intégrale.
    En utilisant l’article 49.3 38  ? Ancien professeur de droit constitutionnel, il n’y croit guère : il juge impossible d’utiliser le 49.3 pour la ratification d’un mode de scrutin quel qu’il soit. Peut-être après les élections de mars, lorsqu’il sera devenu évident, pour les élussocialistes, qu’ils ne sortent pas tous indemnes de la campagne des régionales et des cantonales.
    « Pour le moment, soupire-t-il, chacun a la certitude d’être réélu : ce n’est pas le bon moment psychologique pour leur demander de changer de loi électorale ! »
    Je lui pose une question sur Jacques Delors, qui, lors de son récent passage à « 7 sur 7 39  », n’a pas exclu, répondant à une question d’Anne Sinclair, d’accepter Matignon si Mitterrand le lui offrait.
    Lang ne comprend pas bien pourquoi (c’est mon expression, qu’il reprend à son compte) il est « sorti du bois » en répondant à la question sur son éventuelle acceptation des fonctions de Premier ministre.
    « Que Delors bénéficie de l’avantage de l’éloignement, commente Lang, c’est bien certain, et c’est sans doute son atout le plus grand. Peut-il pour autant entrer dès maintenant dans le débat politique français ? Non, sauf s’il ne peut pas y résister. »
    Il réfléchit quelques instants, puis :
    « C’est toutefois un homme qui maîtrise parfaitement son expression. S’il a parlé ainsi, ce ne peut être par hasard. »
    Mais il balaie cette réflexion d’un geste désabusé de la main :
    « De toute façon, il ne peut qu’être emporté par le reflux de la gauche, si reflux il y a. Comme Michel Rocard le serait lui-même. »
    Je lui demande si, par exemple, Rocard et Delors étaient tous deux candidats à la présidentielle de 1995, de quel côté lui-même pencherait. Il hésite, dit qu’à Dieu ne plaise, puis noie le poisson en parlant d’une éventuelle bagarre entre deux candidats de droite (sans doute ne veut-il pas parler de deux candidats à gauche) : « Dans ce cas, dit-il, Mitterrand pourrait toujours soutenir le moins mauvais ! »
    Extraordinaire : il préférerait qu’un candidat de la droite – c’est à Raymond Barre qu’il pense – prenne le pouvoir plutôt que Rocard ou Delors ? Ai-je bien compris ? J’ai bien compris...

    2 décembre dans l’après-midi
    Jérôme Jaffré et Olivier Duhamel, avec lesquels nous préparons nos émissions sur les élections cantonales et régionales de mars prochain, me confient les chiffres des prochains sondages : Mitterrand est à 31 %, chiffre le plus bas qu’ait jamais atteint la Sofres depuisqu’elle procède à ce genre d’enquêtes. Et Édith Cresson est au bas de l’échelle, là où était Pierre Mauroy le jour de son départ de l’hôtel Matignon, en 1984. À titre de comparaison, Valéry Giscard d’Estaing était à 39 points dans la dernière ligne droite précédant l’élection présidentielle de 1981.

    3 décembre
    À moins d’une semaine du Conseil européen de Maastricht, Mitterrand a reçu à l’Élysée, ce mardi, tous les responsables politiques français, c’est-à-dire, dans l’ordre, Pierre Mauroy, Jacques Chirac, Raymond Barre, Georges

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