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Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997

Titel: Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997 Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Michèle Cotta
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donc, ne croit pas à la crise de la société politique, et n’y croyant pas, il a tendance à rendre responsables la presse, la télévision surtout, des actuelles secousses de la vie politique. Tout s’explique évidemment, et surtout son irritation à l’égard de TF1 ou d’Antenne 2, s’il croit que nous inventons tout de toutes pièces dans le seul désir de lui nuire.
    Sur ce point, Mitterrand lui semble « sinon dépassé, du moins absent, enfermé dans un monde dont il croit avoir fait le tour ».
     
    Le ton du déjeuner, autrement, est morose. L’avenir, selon Carignon ? Une classe politique médiocre, puisque les jeunes aujourd’hui refusent de s’engager. Une classe politique composée de retraités et de nantis :
    « Faites donc des reportages sur les députés qui choisissent de ne pas se représenter. C’est instructif. Qu’ont-ils à gagner à la vie politique d’aujourd’hui ? Prendre de la distance, c’est essentiel. Nous en prendrons bientôt tant qu’il faudra nous rattraper. »
    Il s’en va faire une série de conférences en Europe :
    « Je vais annoncer à mes électeurs que je les quitte une semaine par mois. Il y a quelques années, ils m’en auraient tenu rigueur. Aujourd’hui, ils m’applaudissent. »
    La voilà, la prime d’éloignement chère à Jacques Delors !
    Après ces envolées sur l’avenir de la politique, Alain Carignon m’explique pourquoi il a abandonné l’idée de se faire une place plus grande dans la région Rhône-Alpes. Pour, dit-il, ne pas avoir un conflit artificiel avec Michel Noir. Car le vrai conflit dans la région, c’est entre Jacques Chirac et Michel Noir qu’il se noue. Jugeant son combat secondaire par rapport à celui-là, Carignon s’efface. Pour cela... et peut-être pour d’autres choses qui se murmurent, moins avouables...
     
    Nous nous rappelons en riant, pendant le déjeuner, quelques phrases d’Edgar Faure 42 . Notamment cet échange superbe en réponse à quelques électeurs qui lui faisaient grief de ne pas être né à Port-Lainé, lorsqu’il s’y est présenté pour la première fois.
    « C’est vrai, leur a-t-il dit, je ne suis pas né ici. C’est vrai, je n’y ai pas vécu. Mais j’y serai enterré ! »
    Et cette autre, en réponse à un jeune élu qui lui demandait conseil : « Vous ne savez pas par quel bout prendre votre problème ? C’est simple, internationalisez-le ! » Autre version de son adage favori : « Lorsqu’un problème est compliqué, on peut toujours le compliquer davantage. »
     
    Parmi les composantes de cette crise, je place, moi, sinon en premier, du moins en bonne place l’émergence d’une nouvelle valeur forte : le fric, l’argent.
    Je constate que personne n’en parle, qu’il s’agit d’un vrai tabou. Cela explique bien sûr les « affaires » et les multiples scandales qui empoisonnent la vie publique. Cela explique aussi le sentiment des autres, des hommes de la rue, des « obscurs, des sans-grade », qui en ont marre des inégalités, qu’ils ressentent avec moins de soumission que lorsqu’ils allaient à la messe et croyaient en la vie éternelle.
    C’est en cela, je pense, que notre société médiatique va être elle aussi atteinte. Lorsque les gens sauront (les hommes politiques le leur diront) combien nous touchons pour écrire ou parler sur les « conneries » des autres, nous serons foutus à poil !
    Je me rappelle Michel Noir, à un dîner, au printemps dernier, lorsqu’il faisait reproche à je ne sais quel président d’une grande banque de soutenir le festival lyrique d’Aix-en-Provence et de ne pas donner un sou pour Vaulx-en-Velin : « Vous allez voir, disait-il, un jour les gens en colère ravageront le théâtre de l’Archevêché 43 . Et ce sera bien fait pour nous ! »

    4 décembre (suite)
    Belle déclaration de Michel Rocard, dans l’après-midi, sur le sujet que nous avions justement abordé avec Alain Carignon à déjeuner. Après avoir affirmé que « la morosité ne se justifie pas dans un pays comme la France, qui a de réels atouts », il explique 44 que si « nous vivons une véritable crise politique, cela tient à ce que nous n’avons pas encore mis en œuvre une démarche forte et concrète qui permette à la fois aux intérêts des catégories sociales de s’exprimer tout en laissant jouer les mécanismes indispensables à la recherche de l’efficacité économique ». Il conclut : « Il faut

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