Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997
toi sont-ils protégés ? lui demande-t-il.
– Oui, pourquoi ?
– Parce qu’il est possible que le fils aîné de Francis Bouygues, celui qui a été évincé, revendique sa part d’héritage, et que TF1 soit donc vendu. »
À qui ? « À Suard 44 », affirme Goron.
En réalité, aucune chance ! La structure de l’actionnariat et le nombre d’actions détenues par Francis, par sa femme et par Martin Bouygues, empêchent toute spéculation de ce genre. Colporter de ces fausses nouvelles auprès des journalistes salariés par TF1 revient à coup sûr à rechercher une déstabilisation interne.
En tout cas, je n’arrive pas à comprendre comment ni pourquoi, avec le temps, TF1 est devenue l’ennemi numéro 1 du pouvoir. On me dit que le 24 octobre, Pierre Bérégovoy aurait assuré : « De toute façon, c’est la guerre avec TF1 ! »
Mitterrand : neuf points de moins. Bérégovoy, moins 11 dans le sondage Sofres- Figaro Magazine de demain ; 34 % seulement des personnes interrogées font confiance à Mitterrand, contre 43 % en octobre. Pour la première fois depuis sa nomination à Matignon, la cote de Bérégovoy est négative.
Réformer la Haute Cour 45 par voie parlementaire, l’autoriser àjuger les actes accomplis par les ministres, ou bien uniquement les cas de haute trahison ? En admettant que la Haute Cour n’ait à se prononcer que sur ces derniers cas, faut-il faire relever les autres actes de ministres des tribunaux ordinaires ?
Le Parlement est pris à contre-pied. Fabius, le premier, a demandé la réforme de la Haute Cour pour y être jugé, et Pierre Bérégovoy l’a soutenu : ce sont les élus RPR qui n’en veulent pas, craignant sans doute qu’on leur applique à eux, plus tard, cette modification constitutionnelle. À moins qu’ils ne redoutent qu’en étant déférés devant la Haute Cour, Fabius, Georgina Dufoix et Edmond Hervé n’en profitent pour échapper tout simplement à la justice ? Chassés-croisés d’intentions malignes et de procès non dits.
9 novembre
Laure Debreuil 46 me raconte le traditionnel dîner avec Mitterrand, hier soir dimanche. Il arrive avec une heure de retard, assez fatigué par deux heures de conversation avec Laurent Fabius. Manifestement, il est très préoccupé par l’affaire du sang contaminé : il a tendance à charger les médecins, persuadé que les « mandarins » retiennent le plus longtemps possible l’information.
Les journaux de la semaine ont mentionné que Garretta avait obtenu la Légion d’honneur du pouvoir en place. Mitterrand met en cause le professeur Dausset 47 : « C’est lui qui a insisté, je lui ai fait confiance, voilà tout ! »
On ne peut, semble-t-il, plus rien lui dire, car il doute de tout et de tout le monde. Plus attaché que jamais à diviser le monde en deux, ceux qui sont « fiables » en toute circonstance et ceux qui ne le sont pas, c’est-à-dire les inconditionnels et les godillots d’un côté, les observateurs et les ennemis politiques, de l’autre.
Sur le plan physique, il était, paraît-il, assez fatigué hier soir, plus qu’il ne l’était la semaine dernière, sans doute à cause de la reprise de ses déplacements en province et par l’extrême tension de lapériode actuelle. Était-il indigné par la campagne politique qui se développe à partir de l’affaire du sang contaminé ? Non, semble-t-il, plus irrité, énervé, horripilé, qu’indigné.
Il intervient ce soir, sur les antennes de TF1 et de France 2, interrogé par Ruth Elkrief et Arlette Chabot.
16 heures, même jour
Le parquet fait appel du jugement Garretta. Pourquoi ? Argument officiel : parce que le docteur Allain, seul parmi les quatre, a interjeté appel. Le parquet n’a pas voulu qu’il connaisse un traitement différent des autres, notamment qu’il soit seul traduit en cour d’assises, et pas les trois autres.
Dans le milieu politique, surtout chez les socialistes, la conviction s’installe : les Français veulent que les ministres soient jugés. On n’y échappera pas.
L’intervention de François Mitterrand, à 20 h 15, a lieu en direct de ses appartements privés du palais de l’Élysée. La première question porte évidemment sur sa santé, dont il assure qu’elle est maintenant satisfaisante, quoique, comme des milliers de Français, il lui ait « fallu trois semaines, un mois avant de retrouver une aisance pour la vie quotidienne ». Il avoue
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