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Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997

Titel: Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997 Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Michèle Cotta
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ailleurs donné, dit-il, du travail aux constitutionnalistes. Pendant qu’il parle, le doyen Georges Vedel est déjà à l’antenne pour parler de ce Comité consultatif dans lequel, apparemment, sa place est prévue.
    « Vous voyez, raille Mitterrand en aparté, je lui ai donné des ailes ! »
     
    Le toilettage de la Constitution ? Manifestement, il n’est pas pressé. Ce qui l’intéresse, c’est d’avoir éloigné le tir. Les parlementaires, s’ils le veulent, jugeront des responsabilités dans l’affaire du sang contaminé. Quant à la révision du texte fondateur de la V e  République, elle peut attendre. De toute façon, il n’a jamais aimé cette Constitution, ou plus exactement il ne l’a aimée que dans la mesure où il s’en est servi.
    Mon impression est qu’il ne croit plus à grand-chose, hommes ou idées. Qu’il n’envisage son action qu’en réaction, selon ce mécanisme que Serge July, une fois pour toutes, a analysé il y a déjà quelques années : dans la lutte il est génial, dans les propositions il reste flou.
    Depuis les dernières élections régionales, il vit d’expédients – un référendum, un Congrès, une élection –, dans une sorte de fuite en avant. À chaque question, à chaque nouvelle étape il invente un contre-feu.
    13 novembre
    Mitterrand pensait-il avoir éloigné le couperet de Laurent Fabius ? Ou bien ai-je mal compris ? Le seul fait d’avoir dit dans son allocution télévisée que la Haute Cour, même dépassée, pouvait juger qui elle voulait apparaît au contraire comme un lâchage. Les fabiusiens,Fabius lui-même le prennent ainsi. Le PS peut-il aller aux élections avec Emmanuelli inculpé, Fabius menacé de Haute Cour ? Difficile !
    Parmi les (rares) défenseurs du Premier ministre de 1985, interrogée par TF1, Michèle Barzach, ancien ministre RPR de la Santé 48 , médecin elle-même, disculpe Fabius avec talent. Elle devrait être candidate dans le Loiret à condition d’obtenir l’investiture de l’UDF. Le seul fait qu’elle défende un tant soit peu Fabius lui aliène le RPR tout entier : ainsi Jean Tiberi me parle-t-il de Michèle Barzach, hier soir, sur un ton de colère qui me stupéfie.
     
    La réforme constitutionnelle proposée par Mitterrand se révèle, trois jours après son intervention, être un flop. Après Raymond Barre, ce sont Chirac et Giscard qui n’en veulent pas. On ne leur refera pas deux fois le coup du référendum de Maastricht, qui les a obligés à voter dans le même sens que le président de la République !
    Malgré tout, pour Giscard qui a réclamé à « 7 sur 7 », il y a quelques jours, la réforme que propose aujourd’hui Mitterrand, le refus est plus difficile à notifier. Il s’abrite derrière la création du Comité consultatif constitutionnel : il est favorable à toutes les réformes que propose Mitterrand, mais pas au Comité !
    Chirac, plus carré, dénonce le piège tendu une nouvelle fois à l’opposition.
    Les deux, en tout cas, sont d’accord sur un point : la réforme de la procédure de jugement devant la Haute Cour est nécessaire.
    Il reste qu’auparavant, c’est la Haute Cour telle qu’elle est qui doit juger Fabius, Georgina Dufoix et Hervé.
    16 novembre
    Fabius, l’autre soir, avait demandé un jury d’honneur ; il a fini par accepter la Haute Cour. Il paraît sûr de son bon droit, et ne transforme pas sa certitude en agressivité. À la question : « Le Président vous a-t-il lâché ? », il répond en deux temps. En public, il est mesuré, habile. Le Président, affirme-t-il, a eu raison de dire ce qu’il a dit. Mais, citation exacte : « Pour le reste, sur telle ou telle phrase présente ou absente, vous me permettrez de garder tout cela pour moi. »
    Plus tard dans l’émission, lorsqu’il est interrogé sur le dépôt parFrançois Mitterrand d’une gerbe sur le tombeau du maréchal Pétain, il souhaite pudiquement que ce geste ne se renouvelle pas.
    Il ne peut certes aller plus loin. Mais à moi, au moment de quitter TF1, il glisse : « Vous le savez bien, tout cela est plus compliqué... »
    Pense-t-il qu’il lui faut continuer le plus longtemps possible à « coller » à Mitterrand ? Pense-t-il qu’avouer avoir perdu le soutien du Président est pire, pour lui, que toute autre chose ? Ou bien pense-t-il que, s’agissant d’un autre, il aurait lui-même recommandé à Mitterrand de prendre ses distances ? Se rappelle-t-il

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