Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997
crétin, qui plaide sur le ton « Je ne pense qu’à ma fille 50 , si malheureuse », et puis le maire de Cannes, Michel Mouillot – ami de longue date, soit dit en passant, de Michel Charasse.
26 novembre
Les agriculteurs sont dans la rue : ils s’opposent à la signature de l’accord du GATT, auquel s’oppose également le gouvernement français. Et, pour ce faire, ils s’en prennent pêle-mêle à des restaurants MacDonald et à des supermarchés. Absurde !
Climat effroyable : les journalistes sont contestés, les politiques déconsidérés, le gouvernement déstabilisé, l’opposition prise à revers.
Je ne peux m’empêcher de penser qu’il est contradictoire, pour Mitterrand et le gouvernement, d’avoir fait voter en faveur de Maastricht puis de refuser, quelques semaines plus tard, l’accord sur le GATT, négocié depuis Bruxelles, à Washington, par deux commissaires européens et qui reprend à peu de chose près la PAC. De deux choses l’une : ou bien l’on croit à la nécessité d’une Europe unie et on en accepte les conséquences, ou bien on croit à l’Europe des nations et on ne soumet pas le traité de Maastricht au pays.
Pierre Bérégovoy obtient la confiance de l’Assemblée nationale sur le volet agricole de l’accord GATT : 251 députés de l’opposition votent pour la motion de censure, 301 députés socialistes et communistes votent contre. Sur le fond, tout le monde est d’accord : Bérégovoy affirme vouloir défendre l’agriculture française, l’opposition ne va pas s’inscrire en faux contre cet engagement. Mais les lois de la politique parlementaire veulent que l’opposition refuse sa confiance au gouvernement tandis que la majorité lui amène ses voix.
Il aura fallu à l’opposition deux réunions plénières de l’intergroupe UDF-RPR pour arriver à définir une position commune (voter contre tout en pensant que le gouvernement a raison). Chirac, Millon et Pons ont plaidé en faveur du « non » sur le thème : aucune confiance à accorder à ce gouvernement-là. Quelques autres, à l’intérieur de l’opposition, étaient favorables à l’abstention ou à la non-participation. Cinq députés de l’opposition seulement ont fini, malgré les consignes de l’intergroupe, par s’abstenir. Dont Raymond Barre.
Étonnante après-midi d’hypocrisie politique ! Personne n’aborde le problème des paysans auxquels il faudra bien finir par répondre quelque chose. L’opposition vote contre la position qu’elle réclame, tandis que la majorité feint de croire qu’il est possible de continuer à faire l’Europe avec les agriculteurs français contre les autres pays européens.
Quant aux agriculteurs, ils continuent de manifester dans la rue, jetant sur les flics des barrières en métal sans qu’à aucun moment il ne leur en soit tenu rigueur. Et pas un éditorialiste qui ne pose le problème de la classe politique, incapable de régler le problème paysan sans recourir à la démagogie.
29 novembre
Pierre Moscovici attire mon attention sur le fait que bien peu de leaders du PS étaient présents à la Convention socialiste sur lesinvestitures. Comme s’ils s’étaient donné le mot pour laisser Fabius gérer seul la campagne électorale. Entre les ministres qui ne souhaitent pas être candidats et ceux qui, l’étant, souhaitent qu’on leur fiche la paix, on ne se bouscule pas.
Quant à Lionel Jospin, j’éprouve à son endroit ce que je ressens à l’égard des dirigeants communistes. Ceux-ci s’efforcent de sortir du moule, de la gangue dans laquelle ils sont enfermés. Ils ont l’impression d’accomplir des efforts considérables, comme ils l’ont fait par exemple pour montrer qu’ils abandonnaient le dogme de la dictature du prolétariat, et qu’ils ont donc changé. Ceux qui sont extérieurs au Parti trouvent ces abandons dérisoires et ne retiennent pas la longueur du chemin qu’il lui a fallu parcourir avant d’y arriver. De la même eau, je trouve, est Lionel Jospin. Il est apparu aux yeux de certains socialistes comme ayant fait acte d’héroïsme parce qu’il a dit, à propos de la couronne de fleurs à Pétain, que Mitterrand s’était trompé. La belle affaire ! Il a aussi laissé entendre qu’il était prêt, dès demain, à assurer la relève de Laurent Fabius à la tête du PS. Je ne me sens nullement bouleversée – qui l’est, d’ailleurs ? – par cette
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