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Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997

Titel: Cahiers secrets de la Ve République: 1986-1997 Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Michèle Cotta
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plan social. Aucune pitié avec ces gens-là, ajoute-t-il pour faire bon poids. Il faut faire tout ce qui est possible pour les faire payer ! »
     
    La tournée continue. On lui pose n’importe quelle question à laquelle il répond avec une égale bonne grâce : le GATT, les écolos, la réforme de l’Éducation et même la liaison Rhin-Rhône.
    Nous voici repartis pour le dîner qui a lieu dans un restaurant renommé de Dijon. Nous avons quelques minutes, dans la voiture où il m’a conviée à l’accompagner, avec le cameraman d’Arte, pour parler de « cohabitation ». Si Mitterrand l’appelle, que fera-t-il ? Réponse vague : « Je verrai bien comment s’engage la conversation. »
    Je sens pourtant que sa décision est prise : il laissera Édouard Balladur gouverner. En se réservant d’imposer sa volonté dans quelques domaines : « L’accord du GATT, que je trouve exécrable, en est un.
    – Si je comprends bien, dis-je, vous vous réservez le droit de ne pas signer quelques ordonnances du Premier ministre !
    – Oui, me répond-il, c’est cela, la comparaison est assez bonne ! »
    Renversons le problème : à qui accepterait-il que soit dévolu le rôle de Premier ministre ? À Raymond Barre ?
    « Je ne serais pas le seul, dans ce cas : toute l’opposition le refusera. »
    René Monory ? La réponse de Chirac est inattendue :
    « Il est très bien. Quand Raymond Barre, alors Premier ministre, demandait à ses ministres de ne pas donner un sou à la Corrèze, il a été le seul à refuser. Ce serait un excellent Premier ministre. »
    Et Léotard ? Pas de réponse. On verra. Il répète : « Nous nous réunirons, nous verrons. »
     
    Le dîner qui suit est exquis. Je note avec amusement, parce que Robert Poujade, toujours acide, me le fait remarquer, que, de tous les convives, Chirac est le seul à ne pas boire de vin. Posée par terre à côté de son siège, une bouteille d’une bière que je ne connaissais pas, la Corona, qu’il n’ose tout de même pas mettre sur la table, à Dijon, capitale des vins de Bourgogne !
    14 février
    La chronique de la défaite est si rapide, elle va tellement plus loin que ce que j’imaginais, que je n’arrive pas à en suivre quotidiennement le détail.
    Dernier épisode, à cinq semaines des élections : Pierre Bérégovoy est entraîné à son tour dans une histoire incompréhensible 2 . Il s’agit d’un prêt, dont on craint que ce soit un don pur et simple, que lui aurait consenti Roger-Patrice Pelat il y a quelques années, pour lui permettre d’acquérir un appartement dans le XVI e  arrondissement de Paris.
    Où ira l’affaire, je n’en sais trop rien. Comme toujours, dans un premier temps, elle s’est cantonnée au Canard enchaîné . Puis les quotidiens s’y sont mis, puis les radios, puis les hebdomadaires. Quelle accumulation, tout de même ! Laurent Fabius, premier secrétaire du Parti, empêtré dans le « sang contaminé », le calcul de Mitterrand consistant à donner un rôle important dans la campagne à Bérégovoy se justifiait. Voilà que c’est lui qui, à son tour, est touché !
    J’ai tendance à croire que cela peut ne pas être grave. C’est idiot, voilà tout. Il n’est pas question de fausses factures, ni d’enrichissement personnel. Juste un prêt pour l’achat d’un appartement. Le problème est que le personnage que s’était peu à peu construit Bérégovoy était celui d’un ancien ouvrier, venu du syndicalisme, monté à la force du poignet, dont la vie était en quelque sorte celle de tous les Français. C’est parce qu’il paraissait le plus honnête que cette incartade, ce coup de canif, marquent davantage l’opinion.
    Toujours est-il qu’il lance sa campagne à Nevers. Les plans de la télévision montrent une assistance figée, sans un sourire. Même lesfleurs – des roses, bien sûr – sont fanées. Et Bérégovoy, avec un air accablé, lève une rose qui incline piteusement la tête.
    18 février
    « Big-bang » de Michel Rocard à l’occasion d’un meeting à Montlouis – le fief de Michel Debré –, près d’Amboise.
    Big-bang, qu’est-ce que cela veut dire ? Rocard emploie volontairement cette expression, dans son discours, pour illustrer ce qu’il attend maintenant : une explosion qu’il compare volontairement à celle qui a engendré le monde. Quelque chose qui change, qui bouleverse, qui révolutionne la vie publique en France. Qui

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