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Chronique de mon erreur judiciaire

Chronique de mon erreur judiciaire

Titel: Chronique de mon erreur judiciaire Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Alain Marécaux
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note ces propos choisis de Karim : « Marécaux n’a rien à foutre là. Je péterais même les plombs pour lui. Il est malheureux ce gars-là, il souffre autant que moi », mais aussi de Johnny : « Marécaux, c’est pas vrai. »
    L’audience s’ouvre sur David Delplanque, qui reconnaît avoir violé trois des petits Delay mais met en cause le juge d’instruction dans sa façon d’avoir posé les questions. Après d’autres, maître Berton renchérit en citant mon cas lorsque j’ai été mis en cause par le même David Delplanque. Et de souligner qu’à chaque interrogation du juge, il affirmait ne pas me connaître, mais qu’à force d’insister, à la sixième question : « Êtes-vous certain qu’Alain Marécaux n’a pas violé les enfants ? », il a fini par murmurer : « Si, mais je n’osais pas le dire. »
    Après la pause, Aurélie Grenon suscite un petit coup de théâtre, en livrant une nouvelle version de sa participation à cette affaire : désormais, elle se présente comme une victime. Et accuse Thierry Delay de l’avoir violée en 1998. À l’en croire, discutant un jour avec Myriam Badaoui dans leur appartement, celle-ci lui aurait expliqué ce qu’elle et son mari faisaient avec les enfants. Aurélie Grenon aurait alors cherché à quitter l’appartement, mais Thierry Delay aurait surgi d’une chambre pour l’agresser. Plus tard, elle et son concubin, David Delplanque, seraient retournés au domicile du couple Delay afin de faire l’amour à quatre, et c’est là qu’elle aurait caressé les enfants, sans toutefois « les pénétrer avec des objets ». Cette énième volte-face suscite l’ire de l’avocat général qui explique à la jeune femme qu’elle prend un risque important en trichant en permanence. Un avocat des parties civiles lui lance également qu’elle est en train de commettre une énorme ânerie. Une de plus ?
    *
    Je n’en peux plus. Tant de tension, d’invectives, de pression, me conduisent lentement au bout du rouleau. Le moindre murmure, la moindre parole, le moindre regard me vrillent l’estomac. Je ne supporte plus rien. Et surtout l’absence de mes enfants. Une bouffée d’air pourrait m’aider. Mais voudra-t-on me l’accorder ?
    En fin d’audience, maître Berton, en l’absence de mon conseil, vient à mon secours en réclamant un allègement de mon contrôle judiciaire afin de m’autoriser à voir Cécile et Sébastien. Cela va-t-il se faire ? Je redoute le pire. En fait, l’avocat général émet un avis favorable et celui des parties civiles ne fait aucune opposition. Le président rend alors son verdict : « Mesure accordée ! »
    Je n’en reviens pas. J’éclate en sanglots. Des avocats et des mis en cause viennent me soutenir. Je suis sur un nuage, me voyant déjà en train de prendre dans mes bras mes enfants ce dimanche, illusion ne connaissant pas la lenteur des rouages de la machine judiciaire qui doit au préalable organiser une rencontre avec de nouveaux experts, assistantes sociales, référents. Bref, il faut encore attendre. Oui, mais moi, voilà presque trois ans que je patiente.

Chapitre 46

Le procès, Acte V, scène 2
ou
Paroles d’experts
    Le déroulement du procès ayant mis en cause la croyance absolue dans les dires des experts, un débat débutant dans les médias sur ce point, ils se voient désormais sur la sellette. Dans les tribunes de la presse comme à la barre de la Cour.
    Lundi. Une experte expose la nécessité de s’entourer d’un certain nombre de précautions et de relativiser le contexte dans lequel la parole de l’enfant est recueillie. Un bémol face à certaines des certitudes affichées dans ce cénacle. Allant plus loin, elle met en cause les conditions dans lesquelles cette parole a été entendue au cours du procès et insiste sur l’obligation d’éviter les questions où l’enfant doit répondre par oui ou par non. Deux autres professionnels suivent. À l’une, le président reproche une trop grande prudence dans ses écrits, quant à moi, je découvre des conclusions évoquant Sébastien où il me met de nouveau en cause alors qu’il m’avait disculpé devant tout le monde. Comment peut-il changer ainsi de version sans subir l’influence de tiers ? Comment peut-il raconter que je le giflais souvent, que Cécile était ma « chouchoute », que j’avais peur de Thomas alors qu’en fait je note qu’il cristallise sur moi le comportement d’Odile,

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