Chronique de mon erreur judiciaire
Thomas a fait une nouvelle tentative de suicide, cette fois en avalant des morceaux de verre. Je retrouve Dany à Bailleul, qui me rassure sur sa santé. En revanche, elle est allée visiter Sébastien et Cécile et les a trouvés étranges. Pour elle, on leur bourre le crâne. Profondément dégoûté par tant d’adversité, je me demande comment appréhender cette ultime semaine de torture.
En la préparant par un dernier pèlerinage sentimental avant de raccrocher définitivement les gants ? Banco. Le samedi, je roule vers Samer pour revoir l’immeuble de mon ancienne Étude, aujourd’hui transformé en maison d’habitation. Puis je m’avance vers Hardelot, trop heureux de contempler une dernière fois la mer, et observe la maison que ma femme et moi avions fait construire. Si la commune a changé, la bâtisse est toujours aussi belle. Ma gorge se serre quand je songe qu’elle devait représenter les fondations d’un nouveau départ de notre couple en 2001. Ensuite, mon parcours initiatique conduit mes pas jusqu’à Wirwignes, histoire d’admirer une dernière fois cette belle demeure que nous avons été obligés de vendre durant notre incarcération. C’est l’endroit où j’ai vu jouer mes enfants, la maison des « rêves d’Odile », son coup de cœur.
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« C’est la dernière ligne droite ! », lancent tous ceux que je croise. Certes, mais avec quoi au bout : une sortie de route fatale ? En attendant l’ouverture des portes du tribunal dans la salle des pas perdus, je donne à Odile des cadeaux pour Cécile dont c’est l’anniversaire en la priant de lui transmettre un gros bisou. Le fera-t-elle ? Est-elle devenue aussi froide et détachée de moi que certains membres de sa famille qui refusent même de me dire bonjour ?
La journée débute par la plaidoirie de l’avocat de Thierry Delay, un homme posé qui développe un discours clair, construit, pointant des criminalités sexuelles et l’hystérie collective ayant poussé la machine judiciaire à s’emballer. Revenant sur l’histoire du procès, du réseau de pédophilie international, du meurtre, des supposés actes de barbarie, du proxénétisme, de l’attitude ambiguë de Myriam Badaoui « fausse martyre mais vraie menteuse », il réclame une multitude d’acquittements partiels dans ce dossier qui « fond au soleil ».
Son confrère chargé d’aider Franck Lavier part de son côté bille en tête. Percutant, lui aussi conteste le travail des experts et s’en prend vivement autant au juge Burgaud qu’à l’avocat général Lesigne, dont il déplore le manque de « panache ».
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Lorsque survient le tour de maître Berton, Odile, comme chaque accusé, s’assoit au premier rang. Et elle se trouve devant moi, en diagonale. Je regarde alors cette femme que j’ai tant aimée et que j’aime encore, désappointé de ne plus avoir d’odorat (16) alors que j’aurais tant aimé humer son parfum. Je voudrais aussi la toucher, passer tendrement ma main dans ses cheveux, lui dire combien je suis désolé de ne pas avoir été assez vigilant, assez attentif et assez aimant, lui confier que j’adorerais encore vivre avec elle, refaire un bout de chemin à deux, tenter un nouvel essai, et qu’il est difficile d’aimer quelqu’un qui ne vous aime plus. Mais tout cela relève du rêve, de l’utopie même. Entre nous, aucun lien ne reste, aussi fragile ou ténu soit-il. Ce que son avocat me confirme – après avoir lancé à « la reine Myriam », comme il l’appelle : « Vous avez joué avec la vie d’Odile, avec la vie d’innocents comme vous jouiez aux dames avec vos enfants, en trichant ! » – en m’annonçant que ma femme me quitte pour refaire sa vie en Bretagne. Et d’ajouter, coup de pouce en ma faveur, qu’on ne peut pas « condamner quelqu’un sur un malentendu » comme l’avait dit mon fils.
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Midi. Déjeuner avec mon avocat qui développe devant moi les grands axes de son intervention, à savoir ne plaider que la vérité. Le plaidoyer de maître Bachira pour Aurélie Grenon, qu’elle qualifie « d’oiseau fragile dans les filets d’un chasseur », m’indiffère. Mon vague à l’âme se transforme en raz-de-marée d’angoisses. Maître Delarue doit prendre la parole. Et jouer le tout pour le tout, prouver cette vérité que personne n’entend : je suis innocent.
Brillant, éloquent, parvenant à faire sourire la salle en présentant Fabrice Burgaud comme un « petit
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