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Histoire du Japon

Titel: Histoire du Japon Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Georges Sansom
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de vertus comme la tempérance et la charité, et mit un semblant de piété dans les observances régulières. Il y avait des croyants menant une vie dévote, et d’autres qui ne l’étaient que par mode ; quant aux prélats, aux moines et aux nonnes, les chroniques rapportent leurs saintes œuvres avec force détails. Mais en tant que croyance, on ne peut pas dire que le bouddhisme jouât un rôle tangible parmi le peuple, qui vivait d’ordinaire dans des conditions misérables, et à qui sa doctrine abstruse échappait. Il est difficile de savoir dans quelle mesure il contribua à élever le niveau de la vie rurale, mais dans l’ensemble il eut sans doute une heureuse influence même là où l’existence était particulièrement pénible et la charité rare, ne serait-ce qu’en révélant la possibilité d’un monde meilleur. Concernant les classes supérieures, il faut dire que les Fujiwara étaient parfois très outranciers dans leur comportement, en sorte que la discipline de l’Église et la crainte d’un châtiment divin constituèrent un frein indispensable à leurs excès les plus flagrants.
    Quelque influence qu’ait eu le prestige de l’Église sur la moralité, il est évident que, parmi les laïcs, on ne comprenait pas grand-chose aux vérités fondamentales de l’enseignement bouddhique, à l’importance qu’il donne au désintéressement, à l’insistance avec laquelle il dénonce la poursuite des plaisirs et le désir de renaissance. Ce qui touchait le plus profondément le sentiment religieux, c’était la doctrine du karma.
    A l’époque de Heian, rares étaient les Japonais qui ne croyaient pas que leur vie était un maillon entre des vies passées et à venir, et que, dans la chaîne des causes et des effets, chaque maillon, chaque vie, était conditionné par les actes accomplis dans une existence antérieure. Les premiers ouvrages japonais où il soit vaguement question des croyances de l’époque, notamment les poèmes du Manyôshû, ne semblent pas témoigner d’un intérêt particulier pour l’idée de réincarnation. Elle est certes reconnue, mais sans jamais qu’on s’y appesantisse. Pourtant, il est clair qu’après le vine siècle, elle gagna rapidement du terrain, et qu’au Xe sinon plus tôt, l’idée du karma, des conséquences inéluctables des actions humaines, bonnes ou mauvaises, était devenue partie intégrante de la foi japonaise. La littérature du Xe siècle est semée d’allusions au « sukuse », adaptation courante du terme technique sino-japonais « shukuse », par lequel on désigne une existence passée d’où découle le caractère de la vie actuelle. Il n’y a guère de roman ou de poème qui ne déplorent le sukuse, le destin, cause de telle maladie ou de telle peine de cœur. Un autre mot passé dans le langage courant est celui d’« inga », qui signifie littéralement « cause-et-effet ». « A quel inga dois-je cette souffrance ? » s’exclame un malheureux. En d’autres termes, à quel crime, à quelle erreur passés doit-il imputer sa peine actuelle ? Il faut noter ici qu’il ne s’agit pas d’une question de péché et de châtiment, mais seulement de l’inévitable enchaînement des causes et des effets, dont la victime mérite la sympathie et non le blâme.
    Si l’on peut discuter du rôle joué par le bouddhisme dans la vie japonaise, il ne fait aucun doute que l’adoption de cette seule idée, qui est totalement étrangère et n’a pas d’équivalent indigène, amena un changement véritablement révolutionnaire dans l’attitude morale des Japonais. Mais ce fut peut-être une adjonction plutôt qu’un changement, car le culte indigène et le credo éthique confucéen ne disaient mot d’existences passées ou à venir, ni des besoins spirituels de l’individu ou de sa vision du destin humain.
    Cependant, malgré cette importante contribution à la culture nationale, le bouddhisme des deux grandes écoles de Heian ne pouvait satisfaire aux besoins religieux du commun des mortels. Le Tendai, tout comme le Shingon, étaient destinés à la classe cultivée, et même les érudits avaient du mal à comprendre leurs doctrines. La nécessité d’une religion plus simple, qui soit facile à expliquer, facile à pratiquer, et qui offre quelque réconfort dans les périodes de troubles, se faisait donc d’autant plus puissamment sentir que, même à cette époque où le pays était en paix et où la vie des

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