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Histoire du Japon

Titel: Histoire du Japon Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Georges Sansom
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frappés par l’attitude de tolérance des Japonais en matière religieuse. En tant que peuple, leur goût du compromis paraît leur avoir épargné l’amertume des luttes fanatiques. Leur histoire offre assurément peu d’exemples de ce sectarisme cruel dont nos chroniques occidentales sont assombries, et rien de comparable aux grandes guerres de religion non seulement entre chrétiens et païens, mais entre chrétiens et chrétiens. Si elle fut provoquée par un âpre désaccord sur un point de doctrine, la division entre les deux branches du Tendai, le Sammon et le Jimon, indique que le Japon n’échappa pas aux hostilités purement religieuses. Mais l’affaire reste obscure, et constitue au plus une exception par rapport à la tolérance habituelle.
    C’est vers 970 qu’un établissement religieux recruta pour la première fois des mercenaires pour assurer sa protection. L’initiative en fut prise par Ryô-gen (Jie Daishi), le zazu Tendai de l’époque, qui jugea nécessaire d’employer la force dans une querelle avec le sanctuaire de Gion, un important établissement shintoïste de la capitale, et mit alors sur pied une troupe permanente. Cette pratique se répandit au cours du XIe siècle, et aux alentours de 1100 tous les grands monastères Tendai et quelques-uns des plus importants sanctuaires shintoïstes, dont le Gion, le Kumano, le Kitano et le Hiyoshi, disposaient d’une nombreuse armée permanente. En 1081, le Kôfukuji de Nara (« ujidera > » ou église familiale des Fujiwara) s’allia avec un autre monastère pour attaquer parallèlement le mont Hiei et Miidera, incendiant ce dernier et repartant avec un important butin.
    Quoique au début ces bandes armées fussent essentiellement employées dans les luttes entre monastères, elles ne tardèrent pas à descendre sur la capitale dans des démonstrations de force destinées à influencer la cour ou le gouvernement. Le plus terrible était le monastère Tendai du mont Hiei, dont les troupes, qui comptaient plusieurs milliers d’hommes, envahirent maintes fois la capitale entre 981 et 1185 pour y défendre des droits souvent inacceptables. La cour, généralement impuissante, cédait par désespoir et destituait au besoin de hauts officiers de l’État pour complaire aux moines. Un jour, l’empereur déclara dans un édit : « Parce que notre foi est fervente, nous avons enfin exaucé cette requête, rendant juste l’injuste. »
    Même si ces tristes épisodes trouvaient leur origine dans quelque querelle doctrinale, il est clair que les luttes qui suivirent répondaient à un appétit de pouvoir et de possession. Elles n’avaient aucun caractère religieux si ce n’est les noms des parties en cause. Souvent, les affrontements naissaient à propos d’un titre de propriété, sans même qu’on prétendît mettre en jeu aucune question sacrée. On ne saurait donc s’étonner que ces abus patents de la part du pouvoir ecclésiastique suscitassent un mouvement dissident qui exerçait sur l’ensemble des fidèles un attrait beaucoup plus puissant que l’enseignement abstrus et la prétention des sectes plus anciennes. La secte Shingon, retirée sur le mont Kôya, resta à l’écart de la lutte, à l’exception d’une branche, établie à Negoro, dans la province de Kii, qui levait des impôts comme les troupes du Tendai, et dont la richesse et la puissance devinrent une menace pour le pouvoir civil, lequel finit par la détruire impitoyablement (comme d’autres établissements similaires). Mais il fallut pour en arriver là attendre le XVIe siècle, où le pouvoir civil était entre des mains très compétentes et décidées, ce qui semble indiquer que la cause principale de l’arrogance ecclésiastique au xie siècle était bien la faiblesse de l’État. C’était un autre exemple de l’incapacité du gouvernement central à réprimer les mouvements subversifs. Il ne pouvait le faire parce qu’il n’avait pas d’armée à lui, et dépendait pour sa survie même de chefs militaires qui, en échange de leur appui, pouvaient exiger n’importe quel prix. Mais la faiblesse du gouvernement n’excuse pas les abus de l’Église, et toute étude impartiale du bouddhisme au temps de la régence Fujiwara doit reconnaître qu’en tant qu’institution il fut parfaitement incapable de fournir la lorcc morale que demandait l’époque, car dans l’ensemble, l’influence des sectes les plus puissantes et les plus responsables du

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