Bücher online kostenlos Kostenlos Online Lesen

Histoire du Japon

Titel: Histoire du Japon Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Georges Sansom
Vom Netzwerk:
qu’elle se sent encore trop vivante pour entrer dans les ordres, mais qu’elle est si consciente de ses péchés que seule la miséricorde d’Amida peut la libérer du malheur auquel ils la condamnent. La grâce d’Amida l’aidera à échapper à son sukuse, le destin qui l’habite, son karma. Ce texte fut écrit vers l’an mille, du vivant du célèbre Eshin, précurseur des grands prédicateurs de la Terre pure qui allaient jouer un rôle si marquant dans l’histoire religieuse du Japon. Déjà, il avait fait bien des adeptes dans la haute société. Un ouvrage de 980 environ, contemporain du livre d’Eshin, raconte la renaissance dans le paradis d’Amida de diverses personnalités, du prince Shôtoku à des fonctionnaires de la cour en passant par des moines distingués. Une œuvre plus tardive, compilée par le grand lettré ôe Masa-fusa vers 1085, renferme les biographies de plusieurs convertis à Amida, parmi lesquels les empereurs Ichijô et Go-Sanjô, des ministres et des courtisans, et le grand guerrier Minamoto Yoriyoshi, qui (il faut le relever) fonda le sanctuaire de Hachiman, le dieu de la Guerre, en 1073 près de Kamakura.
    Telles étaient les croyances et pratiques religieuses dans la haute société durant le xie siècle. Avec la doctrine amidiste coexistait une croyance, un peu moins importante, en le paradis de Maitreya, le ciel Tushita du bouddhisme indien. Elle n’avait l’appui d’aucun grand homme d’Église, mais certains moines payaient des hommes pour battre tambour dans les rues en réclamant l’entrée dans le paradis du sauveur Maitreya, où de belles nymphes devaient accueillir et servir les fidèles. Cette forme de bouddhisme assez populaire insistait sur le repentir plutôt que sur la foi, et l’expansion de la foi amidiste marqua le début de son déclin.
    La croyance en un paradis, fondamentale dans des doctrines comme l’amidisme, donna naissance à de curieuses superstitions. A l’époque de Heian, et surtout dans la phase pessimiste de la fin, nombre de gens avaient le sentiment qu’ils ne pourraient renaître immédiatement au paradis. Ils priaient donc pour que, dans leur existence ultérieure, ils deviennent dragon ou serpent, car ces deux créatures étaient censées vivre longtemps, et ils espéraient qu’une vie prolongée leur donnerait l’occasion de gagner leur salut. De telles croyances naquirent sans doute sous l’influence d’un ancien culte n’ayant rien à voir avec le bouddhisme, et peut-être d’origine chinoise ; mais le désir du pécheur de repousser le jour où sa conduite sera jugée est universel.

Le culte païen
    L’un des aspects les plus intéressants de l’histoire religieuse du Japon est la parenté qui se développa entre le bouddhisme et l’ancienne religion, le culte des dieux du vieux Japon. On trouva sans grande difficulté un certain compromis, voire une forme d’alliance, entre ces deux credo si disparates – d’une part, un système grandiose et complet, de l’autre, une élémentaire foi païenne s’exprimant dans un rituel un peu austère.
    On pourrait supposer qu’un aussi superbe édifice intellectuel que le bouddhisme mahayana hautement élaboré de l’époque de Heian ne trouverait aucune place pour ces croyances rudimentaires qui composaient la Voie des Dieux. Mais le bouddhisme avait bien des demeures, et du seul fait de sa taille et de son hospitalité il put loger sans mal tout le panthéon shintoïste sans que la doctrine même en fût dénaturée. Il y eut une brève période d’hostilité lorsque le bouddhisme pénétra au Japon, mais celle-ci était politique plutôt que religieuse, et les dieux indigènes ne tardèrent pas à être reconnus comme des avatars ou des manifestations des bouddhas et bodhi-sattvas. Même le puissant Vairocana cosmique, régnant sur le monde lumineux du Bouddha, pbuvait s’identifier à Amaterasu, la déesse japonaise du Soleil ancêtre de la Maison impériale. Les sanctuaires shintoïstes furent fréquemment confiés a jx soins de moines bouddhistes, et des emblèmes bouddhiques trouvèrent souvent leur place dans des temples shintoïstes. La chose ne suscitait aucun conflit, car le shintô ignorait les images sacrées et son appareil était des plus simples. Il n’offrit donc pas de véritable résistance, et pour sa part, le bouddhisme ne semble pas l’avoir considéré comme un obstacle.
    Les détails de ce processus de fusion concernent les spécialistes de

Weitere Kostenlose Bücher