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Histoire du Japon

Titel: Histoire du Japon Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Georges Sansom
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croissante en la doctrine de la Terre pure contribua à affaiblir toute autre forme de croyance dans l’ensemble du pays.
    Il est clair que cette réaction était naturelle. Elle était analogue à celle des gens instruits ou particulièrement pieux face au paganisme en Europe lorsque le christianisme eut été adopté. C’était l’effet qu’il fallait attendre d’une doctrine aussi populaire que celle de la Terre pure, qui, sans être hostile, était essentiellement défavorable aux autres religions.
    Le degré de collaboration entre le clergé bouddhiste et shintoïste est attesté par l’habitude, en périodes de calamité, d’envoyer des moines bouddhistes réciter des passages tirés de leurs écritures dans les grands sanctuaires shintoïstes proches de la capitale. Cependant, en dépit de ces signes de faiblesse et bien qu’il se colorât de bouddhisme et copiât même certaines de ses pratiques, le shintoïsme ne perdit rien de sa vigueur en tant qu’institution ; et quand, beaucoup plus tard, le bouddhisme institutionnel tomba en défaveur, il retrouva l’appui de puissants dirigeants politiques, et servit occasionnellement de soutien à l’autorité, de force conservatrice contre le danger des idées étrangères.
    Même quand la puissance du bouddhisme était à son faîte, en cas de danger national, le Japon faisait appel à ses dieux ; et si, dans les périodes de calme, il arrivait qu’on négligeât les divinités mineures et leurs sanctuaires, le culte de la déesse du Soleil ne fut jamais délaissé. Son sanctuaire d’Ise était l’endroit le plus saint du pays, un endroit inviolable et soigneusement gardé contre toute influence bouddhique.
    En tant qu’institution, le shintô ne pouvait rien contre la richesse, la puissance, ni la profondeur de pensée du bouddhisme. La simplicité même de ses rites et de ses croyances l’empêchait d’apparaître comme un rival, et le bouddhisme ne voyait pour sa part aucun inconvénient à accueillir les dieux shintoïstes dans son panthéon. Ces deux circonstances protégèrent le culte indigène contre les tentatives qui, autrement, auraient pu être faites pour le contrôler ou même le supprimer. Le bouddhisme était vaste et tolérant, et le shintô était accommodant dans la mesure où il était à même de garder son identité et sa fonction de religion d’État à des fins rituelles. Ainsi, jusqu’à la fin du xvi e siècle, l’histoire des relations entre eux est essentiellement une histoire de conciliation ; et quoique le shintô dût faire des concessions, comme d’admettre dans ses sanctuaires des emblèmes bouddhiques, le bouddhisme japonais n’hésita pas à se conformer à certaines croyances et coutumes indigènes
    Un exemple suffira à montrer que les bouddhistes étaient capables de faire le premier pas en matière de conciliation. En 887, deux moines de l’Enryakuji furent nommés pour servir les grands dieux du mont Hiei à la suite des représentations adressées au Trône par l’éminent Enchin, qui, dans sa requête, écrivait : « Pour une nation, être une nation dépend d’abord de l’interprétation du li [ce qui est convenable]. Pour un homme, être un homme dépend aussi de la pratique du li. C’est pourquoi le Livre dit : " Si les hommes respectent le li, la sécurité règne. S’ils ne respectent pas le li, il y a danger ". »
    Après ce coup de chapeau à la doctrine confucéenne, Enshin poursuivait : « … la raison de l’estime de la Cour de l’Ouest pour notre pays fut que le Japon était considéré comme la demeure du li et du yi [ce qui est juste]. Quand Dengyô Daishi fonda l’Enryakuji, il s’en remit aux principaux dieux du Hieizan. S’il ne l’avait pas fait, il n’aurait pas pu assurer pendant si longtemps la sécurité nationale. Aujourd’hui toutefois, bien qu’il y ait des moines pour assurer la sécurité dans l’Est et l’Ouest ainsi qu’à Kamo et à Kasuga, l’on n’a pas fourni des moines remplissant cet office aux principales divinités de la montagne. C’est là assurément un manque de respect du li. Il devrait y avoir deux moines pour le culte des deux dieux. »
    Outre qu’il illustre l’attitude du bouddhisme japonais à l’égard de la religion indigène, ce document révèle très clairement la nature éclectique de la pensée japonaise. Enchin demande qu’on rende hommage aux divinités indigènes pour des raisons éthiques, puisqu’il invoque

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