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Histoire du Japon

Titel: Histoire du Japon Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Georges Sansom
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les principes moraux d’un code de comportement qui n’a aucune des caractéristiques d’une religion révélée. L’ensemble de ce passage est l’illustration même du désir de conciliation entre toutes les formes d’enseignement valables exprimé par Kûkai, pour qui le bouddhisme, le confucianisme et le taoïsme étaient les trois pieds d’un tripode philosophique : pour sa stabilité, chacun avait besoin des autres.
    Ces faits témoignent de l’ouverture d’esprit des Japonais en matière de croyance religieuse. Ni au Japon et ni en Chine, où l’on estimait que toutes les doctrines expriment une vérité unique, on ne jugeait mal le fait de croire en plusieurs religions. Seules les doctrines politiquement subversives étaient interdites. Concernant l’attitude générale du bouddhisme à l’égard des autres religions, il faut se souvenir que ses premiers textes reconnaissent les devas hindous, et considèrent qu’il faut les honorer du fait qu’ils protègent les fidèles. A l’égard des croyances traditionnelles du Japon, cette attitude était la sagesse même, car, aussi faible que fût le shintô en tant qu’institution, le sentiment païen sur lequel il était fondé était profondément enraciné, et aussi tenace qu’il était ancien. Ce n’était pas un ajout à la vie japonaise, c’était cette vie elle-même. Ce n’était pas une foi bien définie, mais plutôt l’expression de sentiments profonds sur l’homme et sur la société communs à tous les membres de la nation. L’amour du pays et le sens de la continuité comptaient parmi ces sentiments, et s’exprimaient à travers la vénération des ancêtres, l’affection familiale et le culte des forces de la nature.
    Le sentiment de parenté ou de communauté avec la nature était très puissant, de même que sa faculté de survie. Il est à l’origine de cette jouissance des beautés naturelles qui est l’un des traits les plus séduisants de la vie japonaise. Le culte élémentaire de la nature du Japon primitif souffrit sans doute de la prédominance des idées bouddhiques et confucéennes. Mais il se défendit contre ces intrus, et dans cette lutte, il fut probablement aidé par la tradition poétique nationale, qui est étroitement liée au paganisme. Dans les pays de tradition païenne, aussi profondément que celle-ci soit enfouie, elle ne disparaît jamais complètement, car elle exprime les sentiments d’un peuple les plus intimes et les plus durables. Si les mots « Les nymphes et les bergers ne dansent plus ! » sonnent comme le glas d’une joyeuse vie païenne, même dans l’esprit moderne, ils évoquent une certaine résistance. Et la perte qu’ils traduisent est merveilleusement exprimée par les célèbres vers de Coleridge (adaptant Schiller) :
    Les formes intelligibles des anciens poètes,
    Les belles humanités de la vieille religion,
    La force, la beauté et la majesté
    Qui demeuraient dans les vallons, les montagnes
    Ou les forêts de pins, au bord d’un lent ruisseau, des galets d’une source,
    Des gouffres ou des profondeurs aquatiques.
    Tout cela a disparu
    Et ne vit plus dans la croyance de la raison,
    Mais le cœur a toujours besoin d’un langage. Toujours
    L’instinct rappelle les anciens noms.
    Ces vers auraient presque pu être écrits à propos du Japon, alors que s’exerçait la pression des philosophies étrangères. Le vrai shintô, tel que je le comprends, n’est pas une religion au sens où l’entend Matthew Arnold, de morale transcendée par l’émotion, mais plutôt l’émotion poétique transcendée par le rituel.
    Depuis que des Occidentaux l’on réduit à une simple invention de propagande nationaliste, le « shintô » fait l’objet d’une certaine confusion. On en a sans doute mal usé, comme de toute autre religion, mais les « belles humanités » de la vieille religion n’ont Das entièrement disparu. D’un point de vue historique, on pourrait considérer le shintô comme révélateur du penchant naturel de l’esprit japonais, du moins jusque récemment : simple, ni métaphysique ni résolument rationnel ; admettant ce qui est illogique ; et en aucune façon monothéiste, même dans ses croyances animistes les plus populaires.

CHAPITRE XII
    Formation d’une classe guerrière
    base économique
    Nous avons vu que l’effondrement graduel du pouvoir civil qui suivit le déclin des dictateurs Fujiwara s’accompagna d’un accroissement de

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