Histoire du Japon
étaient des hommes passionnés et turbulents, très chatouilleux dans leur orgueil, et qu’ils n’apprirent la valeur de l’obéissance et de la bonne foi qu’après quelques très pénibles expériences au cours de combats contre une tierce famille guerrière.
Le partage des terres entre les deux clans n’était pas partout en rapport avec leur puissance militaire. Par le nombre de leurs partisans, les Taira dépassaient les Minamoto dans l’est du Japon et les provinces du Nord 28 . Pourtant, c’est dans l’ouest du Japon que les Taira parvinrent à s’imposer grâce à leurs fonctions officielles et à leurs succès militaires. D’autres part, bien que les Minamoto eussent d’importantes propriétés foncières dans les provinces centrales, leurs partisans les plus sûrs se trouvaient dans le Nord, où ils ne possédaient pas de grandes seigneuries mais avaient acquis au combat contre de rudes ennemis une ténacité et une expérience qui se révéleraient plus précieuses.
Les véritables fondateurs de la réputation guerrière des Minamoto furent Yoriyoshi, fils de Yorinobu et favori du grand Michinaga, et son propre fils Yoshiie. Yorinobu avait écrasé une rébellion dirigée par Tadatsune, vice-gouverneur de la province de Kazusa, et posé du même coup les bases de l’influence dont son clan jouirait dans l’Est. Yoriyoshi, qui l’accompagnait, gagna dans cette campagne une expérience utile et une solide réputation. Il se fit de nombreux partisans parmi les propriétaires des régions de l’Est, et plus encore après les succès qu’il remporta sur la frontière nord entre 1050 et 1089 au cours de deux guerres successives dites de Neuf Ans et de Trois Ans.
Quelques détails concernant ces campagnes illustreront ce qu’était la guerre à l’époque, et expliqueront comment, tout en consolidant la position du clan Minamoto dans les provinces orientales et septentrionales, elle contribua à forger une puissante tradition de courage militaire, fondée sur la confiance mutuelle des chefs et de leurs hommes.
Minamoto Taira
Provinces centrales 24 9
Est 136 161
Ouest 64 65
chefs de clan rebelles
Après l’installation du gouvernement à Kyoto, le soulèvement de Taira Masakado, entre 935 et 940, fut la première révolte d’un chef de clan guerrier contre l’autorité de la Couronne. Nous en avons déjà parlé (au chapitre VIII), mais il mérite un peu plus d’attention à cause de la lumière qu’il jette sur les rapports entre le gouvernement central et les grands propriétaires fonciers de province. Il révèle en outre certains aspects intéressants de l’apparition du génie militaire particulier qui va colorer l’histoire du Japon durant les siècles à venir.
La source la plus intéressante en la matière est un ouvrage intitulé Masa-kado-ki, dont on estime que la première compilation date de 940, c’est-à-dire de quelques mois à peine après la défaite et la mort de Masakado. La version dont nous disposons aujourd’hui est écrite dans un style ampoulé, avec de fréquentes allusions à l’histoire de la Chine, ou même à la légende bouddhique, et autres enjolivures. On considère pourtant que le récit, fondé sur d’authentiques documents de l’époque, est essentiellement véridique.
D’après cette relation, il est clair que, dès la première partie du xc siècle, les Grands provinciaux étaient solidement établis dans leur propre sphère d’influence et qu’ils exerçaient des pouvoirs qui leur conféraient une quasi-souveraineté régionale. Ils étaient théoriquement soumis aux ordres du gouvernement central, étais pratiquement indépendants, et obéis et respectés de la plupart des maisons guerrières installées sur leur territoire. A certains égards, leur indépendance était reconnue par la Couronne, car ils étaient généralement nommés vice-gouverneur (suke) de la province où leurs fiefs se trouvaient, et dans les premières familles qui l’avaient occupée, cette charge tendait à être héréditaire. Elle était très enviée, car elle donnait toute autorité à son titulaire en matière d’administration locale, le gouverneur
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