Histoire du Japon
fait encore pis.
Un autre écrit contemporain rapporte qu’en 1032 la famine menaçait les provinces envahies par Tadatsune, qui offraient « un spectacle lamentable pour les gens de la ville ». Dans le Kazusa, des femmes et des enfants mouraient faute de nourriture et d’abri. Les trois provinces étaient des régions mortes ; les faire revivre nécessiterait un gros effort. On apprend heureusement qu’à la fin de l’année suivante les paysans qui s’étaient enfuis commencent à revenir, et qu’on laboure à nouveau des terres plus étendues.
Il est intéressant de noter que Tadatsune et sa famille furent pardonnés. Sans doute grâce aux bons offices de Yorinobu, ses fils purent conserver le nom, et leurs descendants deviendraient par la suite d’importants magnats féodaux.
La victoire pacifique de Yorinobu lui valut ainsi qu’à son clan un surcroît d’estime, et son fils Yoriyoshi, qui avait appris l’art de la guerre en le suivant dans ses campagnes, profita largement de sa renommée. C’est grâce à eux que le nom des Minamoto devint celui des dirigeants de la classe militaire dont dépendait la protection du Trône. Ils furent les deux héros d’une campagne longtemps retardée contre les chefs de clan rebelles du Japon septentrional, campagne qri débuta en 1051 et dura (avec des interruptions) une douzaine d’années, bans les comptes rendus historiques ultérieurs, on lui donna le nom quelque peu trompeur de « première guerre de Neuf Ans », et, après un intervalle de plus de vingt ans, elle fut suivie de la « nouvelle guerre de Trois Ans ». Toutes deux méritent certaines explications.
Guerres dans le nord
Première guerre de Neuf Ans : Outre un gouverneur, la province de Mutsu avait un commandant militaire responsable de la sécurité du territoire et de la surveillance des aborigènes, soit des Aïnous « pacifiés ». Cette charge datait du ixe siècle, époque à laquelle les Aïnous avaient été soumis et vivaient plus ou moins pacifiquement sous autorité japonaise ; elle était traditionnellement occupée par un membre de la famille Abe. En 1050, son détenteur était un guerrier nommé Abe Yoritoki, qui ne prêtait aucune attention aux ordres du gouverneur et levait des impôts ou confisquait des biens selon son bon plaisir. Le gouverneur, incapable de faire respecter son autorité, en avisa la capitale, et Yoriyoshi fut alors nommé à la fois gouverneur et commandant de la province avec mission d’éliminer Abe.
La campagne contre le clan Abe se prolongea durant douze ans, dont il faut retrancher trois ans de pauses. Minamoto Yoriyoshi et son fils Yoshiie, alors âgé de quinze ans, déclenchèrent une première attaque, mais Yoritoki, profitant d’une amnistie, choisit de faire la paix. Par la suite, Yoriyoshi reprit néanmoins l’offensive. Le combat fut très dur, en raison de la nature du terrain et du climat mais aussi de la férocité des hommes d’Abe. En 1057,
Yoritoki fut tué, mais son fils Sadatô continua de résister. A la fin de cette même année, Yoriyoshi l’attaqua dans une position retranchée avec une petite troupe d’élite. Son assaut échoua, et il fallut battre en retraite au milieu d’une tempête de neige aveuglante. Poursuivie par Sadatô, l’armée des Minamoto fut taillée en pièces ; seuls une poignée de cavaliers et d’officiers montés, dont Yoriyoshi et son fils, parvinrent à s’échapper. Pendant une longue période, les troupes gouvernementales demeurèrent impuissantes, victimes des conditions atmosphériques et de toutes sortes de difficultés de transport et d’approvisionnement. Le mandat de Yoriyoshi fut pourtant renouvelé, et il put lever une nouvelle armée. Avec celle-ci, il attaqua la palanque et les ouvrages de terre derrière lesquels Sadatô s’était retranché sur les rives du Kuriyagawa à l’approche de plusieurs milliers d’hommes venus de la province voisine de Dewa sous la conduite de son gouverneur, un membre du clan Kiyowara. La résistance de Sadatô fut opiniâtre ; les femmes et les enfants eux-mêmes prenaient une part active à la défense. Enfin, ayant réussi à couper les arrivées d’eau, Yoshiie parvint à incendier la palissade, et, après deux jours d’un combat meurtrier, Sadatô fut contraint de capituler. On était en 1062.
Dans les plus anciens comptes rendus de cette campagne, le jeune Yoshiie est présenté comme un brillant guerrier, doué d’« une
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