Julie et Salaberry
le temps de vous marier, ajouta-t-il, mi-figue mi-raisin.
â Mais sans négliger mes Voltigeurs, Sir.
â Je vous offre mes félicitations, dit Vassal de Monviel en lui tendant la main. Jâespère que nous aurons bientôt le bonheur de rencontrer madame de Salaberry.
â Moi de même, Salaberry, moi de même, grogna Prévost. Alors, où en est votre régiment?
â En trois semaines, nous avons recruté deux cent soixante-quatre hommes, Excellency .
â Ah! Mais câest très bon, ça, Salaberry, le félicita Rottenburg.
â Les Glengarry Fencibles recrutent également, annonça le gouverneur. Vous arrêterez ce nombre à trois cents!
â Mais nous avions prévu en recruter quatre cents, protesta Salaberry.
â Câest ainsi, coupa court Prévost.
Le gouverneur songeait à tous ces hommes quâil fallait équiper de pied en cap pour la guerre et aux moyens dây parvenir. Des difficultés dâapprovisionnement étaient à prévoir et il préférait favoriser cet autre régiment de volontaires qui regroupait surtout des Britanniques.
Salaberry échangea un regard avec Rottenburg qui était tout aussi déçu de cette décision que son aide de camp. Câest à ce moment-là que lâadjudant général Edward Baynes entra précipitamment. Retenu ailleurs, il nâavait pu participer à la réunion dâétat-major et un officier qui savait suffisamment écrire prenait des notes pour lui, installé à une petite table dans un coin de la pièce.
Lâindividu à la mine chafouine qui venait de faire son apparition était lâhomme de confiance du gouverneur, son porte-parole en quelque sorte, puisque câétait lui qui rédigeait les ordres généraux pour lâarmée. Baynes avait derrière lui une belle carrière dâofficier et détestait les Canadiens pour les pendre, à commencer par les Salaberry qui, à son avis, jouissaient de faveurs indues.
â Veuillez mâexcuser, Sir, mais je viens tout juste dâapprendre des nouvelles de Lisbonne.
Salaberry sursauta.
â Lisbonne? Vous auriez donc des nouvelles de Badajoz?
â Je mâadressais à Son Excellence, sâoffusqua Baynes, du haut de sa supériorité britannique.
à ses yeux, les états de service de Salaberry nâeffaçaient pas le crime dâêtre un native , un de ces papistes qui flattaient le duc de Kent, ce prince qui était la honte de lâAngleterre en vivant en concubinage avec une Française et sâétait entiché de ces damned Canadians . Diantrement révoltant! Des Canadiens qui osaient rêver des hautes sphères de lâarmée.
Salaberry sâétait frotté plus dâune fois aux préjugés des Britanniques. Et Baynes, un individu mesquin, était certainement le pire de tous. De son désaccord avec Prévost, Salaberry voyait surtout un affrontement entre deux personnalités. Mais la haine de Baynes à son égard était carrément raciale. Il se méfiait de ce lèche-bottes plus que de nâimporte qui.
â Alors? sâimpatienta Prévost. Cessez de nous faire languir. Quelles sont les nouvelles?
â Badajoz est une victoire, Sir, dit Baynes en sâadressant uniquement à Prévost, comme sâil nây avait que lui et le gouverneur dans la pièce.
â Mais comment lâavez-vous appris? demanda Vassal de Monviel. Lâ Ewretta nâest pas au port.
â Par le capitaine dâun bateau irlandais, un nommé Patrick, qui vient dâentrer au port. En mer, il aurait croisé un navire venant de Lisbonne et obtenu un journal de là -bas daté du 18 avril dans lequel on affirme que Wellington est vainqueur.
â Câest tout? demanda Salaberry dâun ton impatient. Vous nâavez pas dâautres détails?
De nouveau, Baynes sâabstint de répondre.
â Monsieur Baynes, dit alors le général de Rottenburg, le major Salaberry est anxieux dâavoir des nouvelles. Vous savez tout comme nous quâil a un frère là -bas.
Baynes nâosa pas pousser sa hargne plus loin.
â Mon général, il semble que ces informations soient déjà entre les mains des gens du Quebec Mercury . Tout sera écrit dans le prochain numéro du journal.
â Voyez, Salaberry, nous nâen
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