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La guerre de l'opium

La guerre de l'opium

Titel: La guerre de l'opium Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Jose Frèches
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falaises lisses comme des murs. De quoi se rompre le coup au moindre faux pas   !
    —  Ce pont suspendu ne me paraît pas sûr… Il doit être glissant au possible   ! s’était récrié le Han en proie à un mauvais pressentiment.
    Confier sa vie à un fil tendu au-dessus du vide ne lui disait rien qui vaille.
    —  Je l’ai franchi des dizaines de fois… Il est là depuis des siècles. Dans dix mille ans, il y sera encore, lorsque nos cendres seront vénérées par notre descendance   !
    Le guide, dont l’intrépidité frisait l’inconscience, se trouvait déjà au milieu de la passerelle lorsqu’il avait crié à Tang, lequel venait à peine de poser un pied dessus :
    —  Il ne faut pas rester immobile… tu risques de glisser   ! Suis-moi… Regarde un peu comme c’est facile   !
    C’est alors qu’un tourbillon de neige provoqué par les rafales d’un vent de plus en plus violent l’avait convaincu qu’il valait mieux reculer. Et bien lui en avait pris d’écouter le message de cette nuée qui lui avait glacé le visage.
    Jamais il ne la remercierait assez   !
    Quelques secondes plus tard, un craquement sinistre s’était ajouté au bruit du vent et le pont de cordes avait cédé sous le poids de la glace et de la neige, faisant basculer dans le vide le pauvre guide. Pendant des mois, Tang avait été hanté par les hurlements du malheureux, lorsque son corps avait chuté dans le précipice. Certaines nuits, il continuait à entendre l’écho de ses cris de détresse qui s’était propagé dans la montagne tout au long de sa chute.
    Tang, fou d’angoisse, avait, dans un réflexe, tendu la main vers son infortuné compagnon, mais son pied avait glissé sur le rebord du gouffre, de sorte qu’il s’était retrouvé suspendu au-dessus du vide, retenu par une branche de genévrier agrippée in extremis .
    En contrebas, le mince fil blanc du torrent serpentait au fond du ravin, prêt à accueillir son corps en mille morceaux. Mais il n’avait aucune envie de mourir et tenait fermement sa branche, redoutant l’inéluctable moment où, à bout de forces, il finirait par la lâcher.
    Il lui fallait absolument reprendre appui sur la paroi où, juste au-dessus de lui, un rocher proéminent offrait un refuge. Dans la bise glacée qui lui brûlait le pourtour des oreilles et le bout du nez, il avait réussi, au prix de mille efforts, en balançant de toutes ses forces son corps d’avant en arrière, à poser une jambe, puis l’autre, sur cette minuscule plate-forme, avant de s’y hisser au prix d’un périlleux rétablissement.
    Il était exténué, vidé de toute son énergie…
    Quand la mort ne veut pas de quelqu’un, elle lui en donne toujours des preuves tangibles.
    Enfin hors de danger, il s’était assoupi de fatigue, recroquevillé contre la paroi rocheuse. Lorsqu’il s’était réveillé, transi de froid, au bord du ravin désormais éclairé par un rayon de lune, ne sachant trop, au demeurant, s’il continuait à rêver ou non, il n’avait pu s’empêcher de hurler de peur en voyant des yeux sortis d’un cauchemar le regarder fixement.
    Autour de ces yeux, il y avait des poils, et juste en dessous un museau bombé.
    C’était un singe qui le scrutait, et même un bel animal au pelage fauve, assis à califourchon sur le haut du rocher où Tang avait réussi à prendre place.
    Pendant un long moment, l’animal était resté parfaitement immobile, comme statufié, à ceci près qu’il le regardait d’un air complice et presque goguenard. Son grand-père lui avait raconté l’épisode de la vie de Bouddha où l’Éveillé est approché par un petit singe qui lui apporte un bol de miel sauvage ; tout à sa joie de l’avoir nourri, l’animal avait effectué une cabriole et s’était tué   ; pour le récompenser, le Bouddha s’y était réincarné.
    Il se pouvait fort bien que ce singe roux fût le cousin germain de l’animal divin et qu’il lui eût porté secours…
    Mais ce fol espoir s’était évanoui en même temps que l’animal, lequel avait soudain disparu comme par enchantement   !
    Accablé et sentant que ses jambes commençaient à s’engourdir, notre pauvre Tang avait décidé de tenter le tout pour le tout pour éviter de mourir congelé au bord du vide. Il s’était mis debout contre la muraille rocheuse afin d’évaluer la distance qui le séparait du rebord d’où il avait glissé. Avec mille précautions, il avait étiré le bras pour

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