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La pierre et le sabre

La pierre et le sabre

Titel: La pierre et le sabre Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Eiji Yoshikawa
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ignorait totalement qui gouvernait. Il
avait un certain nombre de fils et de petits-fils capables, ainsi que des
serviteurs dignes de confiance pour les assister et les conseiller ; il
supposait donc à juste titre que la population se trouvait aussi bien gouvernée
qu’à l’époque où il était aux affaires.
    Quand Musashi arriva dans cette
province, une dizaine de jours s’étaient écoulés depuis la bataille de la
plaine de Hannya. En route, il avait visité des temples, Kasagidera et Jōruriji,
où il avait vu des reliques de l’époque Kemmu. Il descendit à l’auberge locale
avec l’intention de se détendre un peu, physiquement et spirituellement.
    En tenue négligée, il sortit un
jour se promener avec Jōtarō.
    — C’est stupéfiant, disait
Musashi dont les yeux erraient sur les récoltes champêtres et les paysans qui s’adonnaient
à leurs travaux. Stupéfiant, répéta-t-il plusieurs fois.
    Jōtarō finit par
demander :
    — Qu’est-ce qui est
stupéfiant ?
    Pour lui, le plus stupéfiant c’était
la façon qu’avait Musashi de parler tout seul.
    — Depuis que j’ai quitté le
Mimasaka, je suis allé dans les provinces de Settsu, de Kawachi et d’Izumi, à
Kyoto, à Nara, et je n’ai jamais vu un endroit comme celui-ci.
    — Eh bien, et alors ? Qu’est-ce
qu’il a de tellement différent ?
    — D’abord, il y a beaucoup d’arbres
dans les montagnes d’ici.
    Jōtarō se mit à rire.
    — Des arbres ? Il y a
des arbres partout, non ?
    — Oui, mais ici, c’est
différent. Tous les arbres du Yagyū sont vieux. Cela veut dire qu’il n’y a
pas eu de guerres, ici, pas de troupes ennemies pour brûler ou pour abattre les
forêts. Cela veut dire aussi qu’il n’y a pas eu de famines, du moins depuis
très, très longtemps.
    — C’est tout ?
    — Non. Les champs sont verts
aussi, et l’orge nouvelle a été bien piétinée pour fortifier les racines et la
faire pousser comme il faut. Ecoute ! N’entends-tu pas le bourdonnement
des rouets ? Il paraît venir de toutes les maisons. Et n’as-tu pas observé
qu’au passage de voyageurs bien habillés, les paysans ne les regardent pas d’un
air envieux ?
    — Rien d’autre ?
    — Ainsi que tu peux le
constater, de nombreuses jeunes filles cultivent les champs. Cela veut dire que
la région est prospère, que l’on y mène une vie normale. Les enfants
grandissent en bonne santé, les vieilles gens sont traitées avec le respect qui
leur est dû, les jeunes gens et les jeunes femmes ne s’enfuient point pour
mener ailleurs une vie incertaine. Il y a gros à parier que le seigneur de la
province est riche, que les sabres et les fusils de son magasin d’armes sont
bien astiqués et conservés dans le meilleur état.
    — Je ne vois rien de si
intéressant dans tout ça, gémit Jōtarō.
    — Hum, voilà qui ne m’étonne
pas.
    — En tout cas, vous n’êtes
pas venu ici pour admirer le paysage. N’allez-vous pas combattre les samouraïs
de la Maison de Yagyū ?
    — Dans l’Art de la Guerre,
combattre n’est pas tout. Les hommes qui le croient, qui se contentent de
nourriture à manger et d’un endroit pour dormir, ne sont que des vagabonds. Un
étudiant sérieux se soucie beaucoup plus de former son âme et de discipliner
son esprit que d’acquérir des talents martiaux. Il doit apprendre toutes sortes
de choses : la géographie, l’irrigation, les sentiments de la population,
ses us et coutumes, ses rapports avec le seigneur du pays. Il veut savoir ce
qui se passe à l’intérieur du château, et non point seulement ce qui se passe à
l’extérieur. Il veut, essentiellement, aller partout où il le peut, et
apprendre tout ce qu’il peut.
    Musashi se rendait compte que ce
cours ne voulait sans doute pas dire grand-chose pour Jōtarō ;
mais il estimait nécessaire d’être sincère avec l’enfant, et de ne pas lui
répondre à demi. Devant les nombreuses questions du petit garçon, il ne
montrait aucune impatience, et, tandis qu’ils se promenaient, il continuait de
lui donner des réponses réfléchies et sérieuses.
    Quand ils eurent vu ce qu’il y avait
à voir de l’extérieur du château de Koyagyū, véritable nom de la Grande
Maison, et bien admiré la vallée, ils reprirent le chemin de l’auberge.
    Il n’y avait qu’une auberge, mais
vaste. La route était un segment de la grand-route d’Iga, et bien des gens qui
se rendaient en pèlerinage au Jōruriji ou au Kasagidera y

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