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La pierre et le sabre

La pierre et le sabre

Titel: La pierre et le sabre Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Eiji Yoshikawa
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au moment où Kocha revint. Elle mit le vase dans l’alcôve et
tenta d’y plonger la pivoine, mais avec de piètres résultats.
    — La tige est trop longue,
dit Musashi. Apporte-la ici. Je vais la couper. Alors, quand tu la mettras
droite, elle aura l’air naturel.
    Kocha lui apporta la fleur et la
lui tendit. Avant de savoir ce qui lui arrivait, elle avait lâché la pivoine et
fondu en larmes. Peu étonnant : en ce quart de seconde, Musashi avait
dégainé son petit sabre, lancé un cri énergique, tranché la tige entre les
mains de la servante, et rengainé son arme. A Kocha, l’éclair de l’acier et le
bruit du sabre rengainé avaient paru simultanés.
    Sans essayer de consoler la
fillette terrifiée, Musashi ramassa le fragment de tige qu’il avait coupé, et
se mit à en comparer une extrémité avec l’autre. Il avait l’air entièrement
absorbé. S’étant enfin rendu compte de l’affolement de la servante, il s’excusa
et lui tapota la tête.
    Quand elle eut cessé de pleurer,
il lui demanda :
    — Sais-tu qui a coupé cette
fleur ?
    — Non. On me l’a donnée.
    — Qui ça ?
    — Une personne du château.
    — L’un des samouraïs ?
    — Non, c’était une jeune
femme.
    — Hum... Alors, tu crois que
la fleur vient du château ?
    — Oui, elle me l’a dit.
    — Je regrette de t’avoir
effrayée. Si je t’achète des gâteaux plus tard, me pardonneras-tu ? En
tout cas, la fleur devrait être exactement comme il faut maintenant. Essaie de
la mettre dans le vase.
    — Ça va comme ça ?
    — Oui, c’est très bien.
    Kocha s’était prise d’une
immédiate sympathie pour Musashi, mais l’éclair de son sabre l’avait glacée
jusqu’à la mœlle. Elle quitta la pièce, peu désireuse d’y revenir avant d’y
être absolument obligée par son service.
    Les vingt centimètres du morceau
de tige fascinaient Musashi beaucoup plus que la fleur de l’alcôve. Il était
sûr que la première entaille n’avait été faite ni avec des ciseaux, ni avec un
couteau. Les tiges de pivoine étant souples et tendres, elle ne pouvait avoir
été faite qu’avec un sabre, et seul un coup résolu pouvait avoir tranché aussi
net. Quiconque avait fait cela n’était pas un être ordinaire. Lui-même avait eu
beau tenter de reproduire l’entaille avec son propre sabre, en comparant les
deux extrémités il se rendait compte aussitôt que la sienne était inférieure,
et de loin. On eût dit la différence entre une statue bouddhiste sculptée par
un expert, et une autre due à un artisan moyennement habile.
    Il se demanda ce que cela pouvait
bien vouloir dire. « Si un samouraï qui cultive le jardin du château est
capable de faire une entaille comme celle-ci, alors le niveau de la Maison de Yagyū
doit être encore plus élevé que je ne pensais. »
    Sa confiance l’abandonna soudain. « Je
suis encore bien loin d’être prêt. »
    Mais peu à peu, il reprit espoir. « En
tout cas, les gens de Yagyū sont des adversaires dignes de moi. Si je
perds, je puis tomber à leurs pieds et accepter de bonne grâce la défaite. J’ai
déjà décidé que j’étais prêt à affronter n’importe quoi, même la mort. »
Assis là, à rassembler son courage, il sentait qu’il se réchauffait.
    Mais comment procéder ? Même
si un étudiant se présentait à sa porte avec une introduction en bonne et due
forme, il paraissait peu vraisemblable que Sekishūsai acceptât une rencontre.
L’aubergiste l’avait dit. Or, Munenori et Hyōgo se trouvant tous deux
absents, il n’y avait personne à défier que Sekishūsai lui-même.
    Il essaya de nouveau d’inventer un
moyen de se faire admettre au château. Ses yeux retournèrent à la fleur, dans l’alcôve,
et l’image d’une personne que la fleur lui rappelait inconsciemment commença de
se former. Imaginer le visage d’Otsū calma son esprit et apaisa ses nerfs.
    Otsū elle-même était fort
avancée sur le chemin du retour au château de Koyagyū quand soudain, elle
entendit derrière elle un cri rauque. S’étant retournée, elle vit un enfant
sortir d’une touffe d’arbres, au pied d’une falaise. Il était clair qu’il
cherchait à la rattraper ; les enfants de la région étant beaucoup trop
timides pour accoster une jeune femme telle qu’elle-même, par curiosité pure
elle arrêta son cheval.
    Jōtarō était nu comme un
ver. Il avait les cheveux mouillés, et ses vêtements roulés en bouchon sous un
bras.

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