Bücher online kostenlos Kostenlos Online Lesen
L'archipel des hérétiques

L'archipel des hérétiques

Titel: L'archipel des hérétiques Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Mike Dash
Vom Netzwerk:
réserves d'eau
étaient presque épuisées. Ils avaient réussi à les faire durer jusque-là, grâce
à un système de rationnement draconien - un quart de litre par personne et par
jour. Mais il ne restait plus qu'à peine de quoi tenir vingt-quatre heures, et
il n'était pas question de faire demi-tour. A moins de trouver de l'eau très vite,
quelque part sur la côte, ils risquaient fort de mourir de soif.
    Enfin, dans l'après-midi du 14, Pelsaert parvint à faire
débarquer un petit détachement 5 , à un endroit où il avait repéré un
panache de fumée qui s'élevait depuis la terre - mais ils n'y trouvèrent rien
d'intéressant. Ils essayèrent à nouveau le lendemain, cette fois sur le cap
Nord-Ouest où ils découvrirent un passage dans une barrière de récifs pour
entrer dans des eaux plus calmes 6 . Ici du moins, il y avait des
plages et des dunes. C'était la première fois que Jacobsz parvenait à faire
accoster la chaloupe et, comme ils étaient plus nombreux que nécessaire pour
explorer le terrain, Pelsaert décida de les diviser en deux groupes, dont le
premier tenterait de creuser les dunes, tandis que l'autre partirait chasser
dans les rochers, vers l'intérieur des terres.
    Dans le sable ne coulaient que des filets d'eau salée,
mais le groupe des chasseurs fut plus fortuné : ils découvrirent les restes
d'un feu allumé par des indigènes. Le sol d'alentour était parsemé de carapaces
de crabes vides et, à proximité, ils trouvèrent dans les rochers des dizaines
de petites flaques d'eau de pluie qui avaient dû se former lors des derniers
orages - s'ils étaient arrivés quelques jours plus tôt ou plus tard, ils
n'auraient rien trouvé. Ils purent recueillir de quoi étancher leur soif et
remplirent leurs tonneaux d'environ soixante-cinq litres d'eau, ce qui leur
permettrait de tenir six jours de plus.
    Ils ne découvrirent rien d'autre et le soir, ils reprirent
la mer. Pelsaert comptait rencontrer en chemin le « fleuve signalé par Jacop
Remmessens » 7 , dans la partie la plus septentrionale de YEendrachtsland, qu'un navire hollandais avait découvert en 1622 (ce cours
d'eau, qui a pris le nom de Yardie Creek, se trouve à l'extrémité sud du
golfe d'Exmouth). Il coulait de l'autre côté du cap Nord-Ouest, et cent
cinquante kilomètres les en séparaient encore. Mais il soufflait à présent un
fort vent d'est qui les poussait vers le large, et les empêchait de continuer à
longer la côte. Comme ils se trouvaient à plus de cinq cents kilomètres des
Abrolhos, avec une réserve d'eau à peine suffisante pour eux-mêmes, Pelsaert et
Jacobsz prirent la décision de tenter le voyage jusqu'à Java 8 - ce
qui était lourd de conséquences. Cette décision risquait d'être interprétée par
les autorités de la VOC comme une désertion. Pour assurer ses arrières, le commandeur ordonna à tous les occupants de la chaloupe d'exprimer clairement leur accord.
Cela fait, Jacobsz fit pivoter le gouvernail pour mettre le cap au nord, en
direction de la mer de Timor.
    L'exploit auquel s'était attaquée la chaloupe du Batavia était quasiment sans précédent : une traversée de près de mille cinq cents
kilomètres en haute mer, dans une barque surchargée, avec très peu de vivres et
le strict minimum d'eau. Jacobsz et Pelsaert disposaient tout de même de
certains atouts : un bon vent, un temps calme et une chaloupe adaptée à la
pleine mer. Restait que la barque prenait constamment de l'eau et que ses
passagers osaient à peine s'y mouvoir, de peur de la faire chavirer. De jour,
elle n'offrait aucun abri ni aucun moyen de se protéger de la chaleur. Au bout
de quelques jours, comme le confessa plus tard l'un des marins, ses occupants
n'attendaient « rien d'autre que la mort ».
    Les passagers de la chaloupe ne nous ont laissé que de
rares détails concernant les privations qu'ils durent s'imposer. Pelsaert
lui-même, qui tint scrupuleusement son journal pendant tout le voyage, se
contenta de noter quotidiennement et de la manière la plus succincte les
conditions météorologiques, la position approximative du bateau, et son
estimation de la distance parcourue.
    Mais cent soixante ans plus tard, le capitaine William
Bligh entreprit un voyage similaire, quoique considérablement plus long, après
avoir été débarqué par les mutins du Bounty. Il couvrit sept mille
quatre cents kilomètres vers l'ouest, à travers le Pacifique, avec dix-huit
hommes entassés avec leurs vivres dans une

Weitere Kostenlose Bücher