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L'archipel des hérétiques

L'archipel des hérétiques

Titel: L'archipel des hérétiques Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Mike Dash
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était un désastre.
    Pelsaert devait l'avoir prévu, tout comme Jacobsz. Ni l'un
ni l'autre ne pouvaient ignorer que leur future carrière, voire leur liberté,
se trouvait désormais entre les mains du plus implacable des serviteurs de la
VOC - un homme qui « ne pardonnait jamais la moindre faute, pas même celles qui
résultent d'erreurs humaines compréhensibles, et dont le cœur ne s'attendrissait
jamais, face aux souffrances de ses adversaires 21 ».
    Pas plus tard que le mois précédent, Coen en avait apporté
une preuve éclatante : il châtierait, sans pitié et sans égard pour leur rang,
tous ceux qui oseraient transgresser les critères imposés par son épouvantable
sévérité. Il avait fait fouetter sur la place de l'hôtel de ville une jeune
fille du nom de Sara Specx 22 , dont le crime était d'avoir cédé à son
amoureux dans les appartements du gouverneur. Sara était une métisse
euro-japonaise, fille de Jacques Specx, commandeur de flotte de la VOC.
Vu le jeune âge des accusés - Sara avait douze ans au moment des faits et son
amant, qui était le neveu d'un haut responsable administratif d'Amsterdam, n'en
avait que quinze -, le fiscaal et tout le Conseil des Indes avaient
supplié Coen de faire preuve de clémence. Mais bien que le rapport sexuel ait
été à l'évidence consommé d'un commun accord et que les jeunes amants soient
convenus de le légitimer par les liens sacrés du mariage, le gouverneur général
était resté de marbre. Il avait fait décapiter le garçon et Sara n'avait
échappé que d'extrême justesse à la mort par noyade. Jacobsz savait, tout comme
Pelsaert, qu'il ne fallait attendre aucune pitié d'un tel homme.
    La chaloupe accosta un samedi. Tout travail était interdit
le dimanche dans la forteresse, mais le lundi suivant, 9 juillet, dès que le
Conseil des Indes put se réunir, le commandeur fut convoqué et prié de
rendre compte du naufrage de son bateau 23 . L'audience avec Coen ne
dut pas être une partie de plaisir pour Pelsaert, qui se fendit de ce que l'on
pourrait décrire comme un récit partiel (et partial) de l'épisode. Il souligna
que ses navigateurs l'avaient maintes fois assuré que le navire se trouvait à
distance prudente des côtes, et insista sur sa propre résolution de rame-ner de
l'eau pour les survivants. Il présenta sa décision de mettre le cap sur Java
comme un mal nécessaire, plutôt que comme une mesure d'urgence, dictée par son
instinct de survie, et prit soin de donner au gouverneur général quelques
raisons de garder espoir : les marchandises les plus précieuses avaient été
mises en lieu sûr dans l'archipel, rappela-t-il à ceux qui l'interrogeaient,
et, même au beau milieu du naufrage, pendant qu'on faisait évacuer le bateau,
il avait pris soin de placer des bouées pour indiquer la position exacte des
objets précieux qui avaient sombré.
    Coen ne paraît pas avoir été outre mesure impressionné par
le compte rendu de Pelsaert, mais une chose jouait tout de même en faveur du commandeur. Au cours de son dernier voyage à Java, Coen lui-même avait eu
l'occasion d'expérimenter personnellement les dangers de la côte des Terres
Australes et avait échappé de justesse au naufrage :
    « Lorsque nous arrivâmes en vue de la terre d'Een-dracht, écrivit-il dans une
lettre destinée aux autorités hollandaises, nous nous trouvions à moins de deux
milles des écueils que nous avions aperçus, sans pour autant voir nulle terre.
Eussions-nous abordé ces écueils de nuit, que nous nous y serions écrasés,
faisant courir mille dangers au bateau comme à son équipage. Notre position,
estimée par les navigateurs, était pourtant de neuf cents ou mille milles plus
à l'ouest, ce qui explique que nous ne comptions trouver aucune terre sur notre
route 24 . »
    Cette catastrophe évitée in extremis eut lieu en
septembre 1627, et le gouverneur général dut reconnaître certain traits communs
entre les écueils aux-quels il avait échappé de si peu à bord du Wapen van
Hoorn (« Armes de Hoorn »), et ceux qui avaient été fatals au Batavia. Les courants de l'océan Austral avaient entraîné le navire bien plus loin que
ne l'escomptaient les navigateurs et Coen n'avait dû qu'à sa chance d'avoir
frôlé la Terre Australe en plein jour, et non de nuit. En dépit de ses côtés
les plus rébarbatifs, le gouverneur général était d'une scrupuleuse honnêteté.
Il renonça donc, temporairement du moins, à opposer la moindre

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