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L'archipel des hérétiques

L'archipel des hérétiques

Titel: L'archipel des hérétiques Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Mike Dash
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située non loin de là 32 ».
    Pelsaert eut peine à contenir sa joie.
    Tous les rescapés du Batavia n'étaient donc pas
morts.
    7. Qui veut recevoir un coup de
poignard ?
    « Quelle vie impie, que celle qu'ils ont vécue là... »
    Francisco Pelsaert.
    Assis sur le sable, Gijsbert Bastiaensz promena sur la mer
un regard désenchanté. C'était le mois d'août, à présent, et depuis le massacre
de sa famille, quelques semaines plus tôt, les hommes de Cornelisz l'avaient
durement mis à contribution. Sur l'île, le pasteur faisait office de batelier.
Il aidait chaque matin à mettre à la mer la petite flotte des mutins et, le
soir, il tirait au sec les barques qui revenaient de leur journée de pêche. Il
avait ordre de ne pas s'éloigner de la plage pendant le reste du temps et y
passait le plus clair de sa journée, cherchant consolation dans la lecture de
la Bible.
    On ne lui avait même pas permis de porter le deuil de sa
famille. Le lendemain du massacre, les mutins l'avaient trouvé « pleurant à
chaudes larmes » et lui avaient intimé l'ordre de se taire : « Silence, ou tu
prendras le même chemin ! » Sous le règne de Cornelisz, Bastiaensz se voyait
refuser le respect et le traitement privilégié que l'on accordait normalement à
un homme d'Église. Outre qu'il devait travailler comme les autres, on ne lui
attribuait qu'une ration aussi chiche que celle de ses compagnons d'infortune -
et, comme les autres, il devait assister, impuissant, aux discussions de
Zevanck et de ses complices, lorsqu'ils désignaient ceux qu'ils assassineraient
et se consultaient sur la manière de s'y prendre. Comme les autres, il
tremblait constamment pour sa vie :
    « Tous les jours, c'était : que ferons-nous de cet homme ?
L'un voulait me décapiter, l'autre m'empoisonner -ce qui aurait été une mort
plus douce. Un troisième disait : "Non, épargnons-le encore un peu. On
pourra l'utiliser pour convaincre ceux de l'autre île de venir nous rejoindre
!" En bref et pour tout dire, nous nous sentions tous deux, ma fille et
moi, comme le bœuf face à la hache. Je lui disais chaque soir : "Viens voir
demain s'ils ne m'ont pas assassiné." Et je lui expliquais ce qu'elle
devrait faire, si elle me trouvait mort. Je lui répétais aussi que nous devions
nous tenir prêts à rejoindre Dieu »
    Bastiaensz n'avait que rarement l'autorisation de prêcher 2 .
Sur l'île, les questions religieuses étaient désormais entre les mains de
l'intendant adjoint, et, régnant en maître absolu, il ne se gênait pas pour
mettre bas le masque et ne se donnait même plus la peine de feindre la piété.
Pour ses complices, il prônait ouvertement ces croyances hérétiques dont on ne
parlait qu'à mots couverts, au club d'escrime de Geraldo Thibault, de sorte que
ses hommes « s'entendaient continuellement répéter qu'il n'existait ni diable
ni enfer, et que tout cela n'était que fables ».
    Jeronimus prêchait les dogmes hérétiques de l'Esprit Libre 3 ,
qu'il détournait à ses propres fins pour se justifier et soulager la conscience
quelque peu chargée de ses hommes.
    « Il prétendait que tous ses actes, qu'ils soient bons ou
mauvais (aux yeux d'autrui), lui avaient été directement inspirés par Dieu.
Car, disait-il, Dieu étant la vérité et la bonté parfaite, il ne pourrait rien
instiller de mauvais dans le cœur des hommes, puisqu'il n'y a en lui ni vice ni
malice. Il disait que tout ce qu'il faisait lui venait de Dieu - entre autres
abominables allégations 4 . »
    Ce résumé des idées de l'apothicaire, rédigé bien après
les faits par quelqu'un qui ne comprenait qu'à peine ces hérésies, ne faisait
qu'effleurer la philosophie de Cornelisz. En tant que libertin 5 , il
se réclamait d'une théologie fondée sur le concept de l'Esprit Libre, tel qu'il
fut établi au XIV e siècle. L'un de ces dogmes, tel que l'expose un
manuscrit médiéval, stipule que « rien n'est un péché, hormis ce que l'on
considère comme tel », et un autre manuscrit explique que « l'on peut s'unir si
étroitement à Dieu que le péché devient impossible, quoi qu'on fasse ».
    Il est difficile de savoir précisément ce que devenaient
les idées de Cornelisz, dans l'esprit de ses hommes, qui étaient en majorité
des soudards frustes et ignorants, et ne se souciaient guère de telles
subtilités théologiques. Mais la ligne générale des opinions de l'intendant
adjoint devait leur paraître suffisamment claire et elle avait tout pour

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