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L'archipel des hérétiques

L'archipel des hérétiques

Titel: L'archipel des hérétiques Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Mike Dash
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»
    L'incident amusa au plus haut point Cornelisz, Zevanck et
Beer, mais Pelgrom, « qui les suppliait à longueur de journée de lui permettre
de tuer quelqu'un, parce qu'il préférait faire ça que de boire ou de manger »,
fut loin de goûter la plaisanterie. « Se voyant refuser le droit de couper la
tête au susdit garçon, Jan éclata en sanglots. »
    La décollation du ramendeur de filets n'avait été pour le
capitaine général qu'un agréable divertissement, une façon comme une autre de
passer l'après-midi. Mais d'autres meurtres, commis à peu près à la même
époque, visaient des objectifs plus sérieux. Bien que les mutins aient exercé
dans l'île un pouvoir absolu et incontesté, ils ne s'y sentaient pas en totale
sécurité. Jeronimus lui-même n'avait pas le total contrôle de tout ce qui s'y
passait, et il savait que les soldats qu'il avait relégués sur l'île Haute, à
quelques kilomètres de là, avaient survécu à la faim et à la soif. Comme tant
d'autres dictateurs, Cornelisz vivait dans la peur d'être trahi par ses propres
complices. Il craignait que ses hommes ne le détrônent ou ne saisissent la
première occasion pour rallier les rangs de l'ennemi.
    La première victime des inquiétudes du capitaine général
semble avoir été Andries de Vries 25 , l'assistant que les mutins
avaient épargné. Il s'était fort imprudemment lié d'amitié avec Lucretia Jans,
qui, pendant la première semaine de juillet, résistait pied à pied à la
campagne de séduction de Jeronimus. Le capitaine général eut vent de leurs
bonnes relations et entra dans une rage noire. Il contraignit de Vries à lui
jurer que, s'il devait à nouveau adresser la parole à la jeune femme, ne fut-ce
qu'une seule et unique fois, il le paierait de sa vie. Le 14 juillet, soit le
lendemain du jour où il avait été forcé d'égorger les derniers malades, Andries
fut surpris par David Zevanck alors qu'il tentait d'appeler Creesje « de loin ».
Zevanck s'empressa d'aller le raconter à Jeronimus, qui rassembla aussitôt dans
sa tente Jan Hendricxsz, Lenert Van Os et Rutger Fredricx. Ils reçurent chacun
un pichet de vin et une épée et, à midi, devant toute la population de l'île
réunie, ils appelèrent l'assistant. De Vries devina ce qui l'attendait et tenta
vainement de s'échapper. Il s'ensuivit une sorte d'exécution publique : « Se
voyant perdu, de Vries prit la fuite en direction de la mer, mais Lenert
Michielsz le rattrapa le premier et le frappa à mort de son poignard. »
    Un deuxième mutin échappa in extremis au même sort.
Jan Willensz Selyns 26 , chef tonnelier du Batavia , n'était
qu'un figurant. Il n'avait joué qu'un rôle mineur dans les massacres. Peut-être
son seul tort avait-il été de ne pas faire preuve d'assez d'enthousiasme pour
les projets de Cornelisz. Le 5 août, Cornelisz envoya Wooter Loos et Hans
Jacobsz Heijlweck chercher le tonnelier dans sa tente. Mais Loos qui, deux
semaines auparavant, n'avait pas eu le moindre scrupule à exécuter Mayken
Cardoes avait de l'amitié pour Selyns. Au lieu de le tuer, il demanda sa grâce
au capitaine général. Curieusement, Jeronimus la lui accorda et le chapitre fut
clos mais cet après-midi-là, lorsque le capitaine général ordonna la mise à
mort d'un autre traître potentiel, Heijlweck se trouvait parmi les quatre
hommes qu'il chargea de la besogne, mais pas Wooter Loos.
    La nouvelle cible des soupçons de Cornelisz était
désormais Frans Jansz 27 . Il semble que le chirurgien ait gardé une
certaine influence dans l'archipel -sans doute à cause de son rôle dans le
premier conseil des rescapés. Pendant un certain temps, il avait même rivalisé
avec David Zevanck, pour les faveurs du capitaine général. Ce fut Zevanck qui
l'emporta et devint l'exécuteur en chef de Jeronimus - mais le commis avait la
rancune tenace et s'irritait de constamment trouver le chirurgien « dans son
chemin ». De son côté, Frans Jansz gardait une certaine indépendance. Bien que
n'étant pas officiellement des mutins, puisqu'il n'avait pas signé le pacte du
16 juillet, il participait à certaines opérations et, comme il demeurait le
plus haut gradé de l'équipage du Batavia dans l'archipel, les hommes de
Jeronimus ne pouvaient se contenter de l'ignorer. Aucun texte ne relate ce qu'a
pu faire ou dire Jansz, lorsque Cornelisz l'a démis de ses fonctions, mais ce
qui semble établi, c'est que l'intendant adjoint se méfiait de lui. Il décida
de le

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