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L'archipel des hérétiques

L'archipel des hérétiques

Titel: L'archipel des hérétiques Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Mike Dash
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vie en si peu de temps ? Je pensais que l'on
m'accorderait huit ou quatorze jours 48 . » Après quoi, il perdit tout
sang-froid et explosa : « Je vois que c'est à ma vie et à mon sang que vous en
voulez, mais Dieu ne souffrira pas de me voir mourir d'une mort si infâme. J'ai
la certitude, et vous en serez tous témoins, que Dieu fera cette nuit un
miracle et empêchera que je sois pendu. »
    « Et il nous serina cela toute la journée », note le commandeur ,
non sans inquiétude.
    Il serait intéressant de savoir si Jeronimus croyait
sincèrement que Dieu interviendrait en sa faveur. Il était tout à fait dans son
caractère de se complaire dans un tel espoir. Mais Pelsaert interpréta ses
fanfaronnades comme une menace de suicide, et donna à ses gardes des
instructions très précises, pour prévenir toute tentative en ce sens.
    La sécurité restait un problème dans l'archipel. Les
mutins étaient prudemment tenus à l'écart des autres rescapés, mais il n'y
avait sur l'île aux Otaries aucune véritable prison, au sens moderne du terme.
En l'absence de tout bâtiment pourvu de cloisons dignes de ce nom, les
prisonniers étaient détenus dans des tentes et, vu leur nombre, il était
impossible de les empêcher de communiquer avec leurs gardes. Compte tenu de
l'impossibilité où se trouvait Pelsaert de déterminer plus précisément
l'extension exacte de la mutinerie, il était particulièrement délicat de
maintenir les prisonniers à l'isolement. Jeronimus avait déjà réussi à écrire à
ses amis hollandais deux lettres 49 où il clamait son innocence, en
décrivant de prétendues conspirations montées contre lui. Il les avait remises
discrètement à Jacob Jansz Hol-lert 50 , le second timonier du Batavia , dans l'espoir qu'il les expédierait en Hollande. Mais Hollert les
avait remises à Pelsaert, et elles avaient été ouvertes par le Conseil élargi
qui les avait jugées « contraires à la vérité et libellées dans le but de
couvrir ses monstrueux méfaits ». Mais s'il lui avait été possible de faire
circuler des notes à partir de la tente où on le retenait, il lui fut tout
aussi aisé d'y recevoir certaines choses. A un moment ou à un autre, avant le
29 septembre, l'apothicaire parvint à se procurer du poison 51 -
peut-être s'agissait-il d'une dose provenant de la préparation qu'il avait
concoctée pour le bébé de Mayken Cardoes - et, cette nuit-là, il la prit, soit
pour hâter la réalisation de sa propre prophétie, soit parce qu'il avait fini
par désespérer de l'intervention divine 52 .
    Mais il n'obtint pas l'effet escompté. Le poison n'était
pas assez fort pour faire son œuvre, car comme le note Pelsaert, « bien qu'il
ait commencé d'agir vers les une heure du matin », et que Cornelisz ait passé
la nuit à « se tordre de douleur comme s'il avait été au bord de l'agonie »,
les effets du poison se bornèrent là, et Jeronimus y survécut.
    « Dans la grande angoisse où il se trouvait, note le commandeur avec un rien de
satisfaction, il demanda qu'on lui administre certaine thériaque vénitienne.
Enfin, il en fut quelque peu soulagé... mais, cette nuit-là, il fallut le
sortir de sa cellule une bonne vingtaine de fois, car son prétendu miracle
agissait tout autant par le haut que par le bas. »
    Le dimanche 30 septembre au matin, Cornelisz dut être
suffisamment remis, car on vint le chercher dans sa tente pour l'emmener
écouter un sermon du pasteur, avec les autres prisonniers. Il fut le seul à
refuser de se joindre à leur groupe, jurant ses grands dieux qu'il n'avait rien
à faire avec le pasteur. Ce refus de la religion et de la consolation qu'elle
aurait pu lui apporter choqua profondément le commandeur , qui commençait
enfin à prendre la mesure de l'hérésie de son ex-adjoint 53 .
    Çà et là, au cours de l'interrogatoire, les idées de
Jeronimus avaient montré le bout de l'oreille, et en particulier lorsqu'il
avait été question de l'interdiction des sermons de Gijsbert Bastiaensz. Mais
il les noyait dans une telle kyrielle de mensonges, de semi-vérités et de
semi-délires que les membres du Conseil élargi semblent les avoir ignorées, ne
voyant dans les discours théologiques du capitaine général que l'un des
artifices dont il avait usé pour mieux asseoir son pouvoir et dominer ses
complices. Les autres conseillers étaient des hommes pragmatiques, professant
des opinions religieuses des plus orthodoxes, et peu enclins à s'encombrer

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