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L'archipel des hérétiques

L'archipel des hérétiques

Titel: L'archipel des hérétiques Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Mike Dash
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tout
aussi choqué par l'opiniâtreté avec laquelle Jeronimus refusa jusqu'au bout de
reconnaître ses crimes, jusque sur l'échafaud qu'il arrosait de son sang. De
vrais aveux, dictés par un repentir sincère, auraient seuls pu atténuer un tant
soit peu les péchés du capitaine général et, de l'avis du Défenseur,
l'acharnement de Cornelisz ne pouvait s'expliquer que par ses opinions
hérétiques : « Il mourut comme il avait vécu, écrit-il, niant l'existence du
diable et de l'enfer, tout comme celle de Dieu et de ses anges. Voilà où
l'avaient mené les idées de Torrentius 3 . »
    Les autres mutins étaient moins convaincus, et avaient
nettement moins de cran. Mattys Beer et Andries Jonas sentirent fondre leur résolution
en montant sur l'échafaud et saisirent in extremis cette dernière chance
de soulager leur conscience et de s'acheter quelques minutes de survie
supplémentaires. Beer confessa le meurtre de quatre autres hommes et d'un
garçon qu'il avait tué une nuit, « en présence de Jeronimus », et avec une
froideur toute professionnelle, puisqu'il n'avait même pas cherché à savoir
leur nom. Jonas, qui ne s'était pratiquement attaqué qu'à des femmes et à des
enfants, se souvint soudain d'avoir tué « un garçon de plus », qui était mort
plus ou moins par hasard, au cours de l'un des massacres perpétrés sur le
Cimetière du Batavia. Ce crime avait été particulièrement atroce :
    « Une certaine nuit, tandis qu'on assassinait d'autres
hommes, ce garçon à la fois malade et fou de terreur vint jusqu'à leur tente en
se traînant sur les coudes et les genoux. En le voyant, Jacop Pietersz Cosyn'
s'exclama : "Andries, débarrasse-nous donc de ce gamin." Il était
donc sorti en traînant le garçon hors de la tente et là, il lui avait tranché
la gorge avec son couteau 4 . »
    Les autres condamnés - Jan Hendricxsz, Lenert Van Os,
Allert Janssen et Rutger Fredericx -, qui avaient, à eux quatre, assommé, noyé ou poignardé une quarantaine de
survivants, allèrent à la
mort plus calmement, bien que tous quatre, de l'avis de Pelsaert, « mourussent
eux aussi en mécréants, et sans le moindre repentir ». La seule exception fut
Jan Pelgrom, le garçon de cabine qui souffrait de troubles mentaux. Il n'avait
que dix-huit ans et ne pouvait se résigner à mourir. En montant sur l'échafaud, il se mit « à hurler et à pleurer en suppliant qu'on l'épargnât. Il disait qu'il fallait
l'abandonner sur une île et le laisser vivre encore un peu ». Curieusement, en
regard de l'atroce liste des méfaits du jeune homme, le commandeur accéda à sa demande et lui fit grâce, en raison de son jeune âge. La sentence
de mort fut commutée en une sentence d'abandon « sur une île ou sur le
continent, selon l'occasion qui se présenterait », et Pelgrom fut ramené à sa prison temporaire.
    Les archives du Batavia ne disent pas ce qu'il
advint des cadavres des prisonniers exécutés mais, en Hollande, l'usage voulait
qu'on expose leur corps, à titre de dissuasion. À Haarlem, les
    * Le caporal « Coupe-Pierre » Piertersz. « Cosyn » est son
deuxième surnom et signifie « Châssis de fenêtre ».
    condamnés étaient pendus au pied des remparts et les corps
n'étaient enlevés que lorsqu'il fallait libérer les potences pour d'autres
exécutions. On les laissait alors suspendus à d'autres piliers, plantés à
proximité, pour qu'ils restent visibles de tous 5 . Dans les Abrolhos,
les corps de Cornelisz et de ses hommes durent être abandonnés au bout de leur
corde, tandis que l'assistance se retirait vers le Sardam.
    Le lendemain, un fort vent se leva. Le printemps austral
était de retour. Des nuées de pétrels étaient revenus dans l'archipel, et
faisaient vibrer la nuit de leurs cris hallucinants. Les vents violents qui
soufflèrent presque sans discontinuer jusqu'au 4 octobre retardèrent les opérations
de sauvetage 6 . Il y eut ensuite une belle journée, au cours de
laquelle on put rapporter à terre l'un des canons de bronze du Batavia. Puis la tempête se déchaîna à nouveau et, pendant deux semaines, ce fut la
mousson qui empêcha tout travail aux abords des récifs. Par la suite, et selon
les estimations du conseil du Sardam , le temps ne permit d'y travailler
qu'un jour sur quinze ou vingt.
    Dans ces conditions difficiles, les plongeurs hollandais
et gujarati firent cependant merveille puisque, bien que travaillant dans des
eaux dangereuses, dépourvus de tout équipement de

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