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L'archipel des hérétiques

L'archipel des hérétiques

Titel: L'archipel des hérétiques Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Mike Dash
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énumérés trente-deux articles, depuis les coffres de pièces d'argent
jusqu'aux canons, et même un « ballot de vieux linge ». En bas de page, parmi
les articles de moindre valeur, il est fait état d'un certain « petit baril
rempli de vinaigre » du même genre que celui qui avait coûté la vie à cinq des
hommes du Sardam. Sa valeur devait être insignifiante, car Van Diemen ne
s'est même pas donné la peine d'en donner une estimation.
    Parmi ceux qui survécurent à Jacob Pietersz et à ses
compagnons de mutinerie, rares furent ceux qui connurent une fin heureuse.
    Ce fut pourtant le cas de Johannes Van der Beeck.
Torrentius 31 , au nom duquel Jeronimus fut accusé du meurtre de cent
quinze personnes des deux sexes et de tous les âges, ne purgea que deux des
vingt années de prison auxquelles il avait été condamné pour hérésie - et
encore, dans des conditions de détention plus que confortables, puisqu'il
disposait d'une bonne ration de vin et pouvait recevoir des visiteurs dans sa
cellule. Sa femme Cornelia, dont il était pourtant séparé depuis quatorze ans,
fut parmi les plus assidus de ses convives. Elle avait l'autorisation de venir
lui tenir compagnie jusqu'à deux semaines d'affilée.
    Torrentius pouvait compter sur des alliés puissants, en
Hollande comme en Angleterre. Parmi ses relations figurait le prince Frederik
Hendrik d'Orange en personne, stadholder (gouverneur) de la République
de Hollande, qui tenta sans succès d'obtenir la libération du peintre peu après
sa condamnation. Le roi Charles I er d'Angleterre, un autre illustre
admirateur de Van der Beeck, semble n'avoir pas été troublé outre mesure par
ses hérésies. En 1630, il écrivit en Hollande pour demander que Torrentius soit
envoyé à la cour d'Angleterre. Contre l'avis des bourgmestres de Haarlem,
Frederik Hendrik accepta de lui accorder son pardon et, en retour, Charles
promit que dans son royaume le peintre « serait autorisé à exercer son art,
mais pas sa langue impie ». Sir Dudley Carleton, l'ambassadeur d'Angleterre qui
fut chargé d'escorter Van der Beeck pour le ramener à la cour royale, s'en fit
une opinion relativement favorable, puisqu'il le décrivit comme n'étant «
certes pas aussi angélique que le prétendent ses amis, mais pas aussi
diabolique qu'au dire de ses ennemis ».
    La grâce de Torrentius fut signée le 11 juillet 1630,
quatre jours après l'arrivée des premiers vaisseaux de la flotte des Indes à
Rotterdam, et bien avant que la nouvelle du naufrage du Batavia - et
donc le rôle qu'avait pu y jouer le peintre, en tant qu'inspirateur de
Cornelisz - ait eu le temps de s'ébruiter. On peut se demander si la décision
de gracier Torrentius eût été maintenue, au cas où la flotte serait arrivée une
semaine plus tôt.
    De 1630 à 1641 ou 1642, Van der Beeck vécut à la cour
d'Angleterre où il semble avoir « fourni plus de motifs de scandale que de
satisfaction », selon la formule de Horace Walpole. Il peignit relativement
peu. Finalement, la pension qu'il recevait du roi fut supprimée pour cause de
guerre civile et le peintre regagna discrètement la Hollande. N'ayant plus un
sou vaillant, il dut se faire entretenir par sa vieille mère jusqu'à sa mort,
qui survint en février 1644. Les autorités calvinistes l'avaient soit oublié,
soit pardonné, car le célèbre hérétique de Haarlem fut enterré en terre
consacrée, dans les murs de l'église nouvelle d'Amsterdam.
    La plupart de ses tableaux avaient été confisqués et
brûlés par l'exécuteur des hautes œuvres, pendant ou après son procès, et les
quelques toiles qu'il peignit en Angleterre ont été perdues. On a longtemps
pensé qu'aucune de ses œuvres n'avait survécu, mais juste avant la Première
Guerre mondiale, une toile fut redécouverte 32 . Il s'agit d'une
nature morte ayant appartenu à Charles I er et représentant une
bonbonne et une cruche, près d'un verre de vin et d'une bride. La toile avait
disparu en 1649, après la mise aux enchères de la collection royale. On ne sait
trop comment, on la vit réapparaître en Hollande, aux environs de 1850. On
avait perdu toute trace de ses origines. Elle fut acquise par un certain J.F.
Sachse, épicier à Enschede, et survécut par miracle au grand incendie qui
ravagea la ville en 1862. Elle fut finalement retrouvée et identifiée en 1913 -
à l'époque, les héritiers de Sachse s'en servaient comme couvercle, pour
protéger un baril de raisins secs. Après sa

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