Bücher online kostenlos Kostenlos Online Lesen
L'archipel des hérétiques

L'archipel des hérétiques

Titel: L'archipel des hérétiques Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Mike Dash
Vom Netzwerk:
son
temps dans sa couchette, « extrêmement malade et réduit à la plus grande
détresse 40 ».
    Il dut avoir une brève rémission, correspondant à la
période de l'expédition de Jambi, mais sa santé s'altéra à nouveau vers la
mi-juin, et il fut terrassé par ce mal mortel, auquel il succomba peu avant la
mi-septembre, comme l'attestent les archives de la Compagnie. Il avait alors
environ trente-cinq ans, dont près de la moitié passés au service de la VOC.
    Le commandeur ne survécut donc que onze mois à sa
némésis, Cornelisz. Sa carrière, qui semblait si bien partie à l'été 1628, ne
se remit jamais du naufrage du Batavia. En fait, d'un certain point de
vue, il pouvait même s'estimer heureux de ne pas survivre à sa réputation. Le
marché des Indes, dont il prétendait connaître les mécanismes mieux que tout
autre, avait radicalement changé à la mort de l'empereur Jahangir, en 1627 41 .
Son successeur, Shah Jahan, ne partageait pas son amour pour les frivolités
occidentales, et la VOC ne tarda pas à découvrir que les joujoux d'or et
d'argent préparés par Pelsaert allaient lui rester sur les bras. On se souvient
qu'ils avaient coûté la bagatelle de soixante mille florins et, aux yeux des
conseillers des Indes, l'entière responsabilité de ce gâchis revenait au commandeur défunt, qui avait maintenu ses commandes, alors même que la
nouvelle de la mort de Jahangir lui était parvenue en Hollande.
    Ce second échec, advenant quelques mois après le naufrage
du Batavia , lui aurait sans nul doute été fatal. Les hauts
fonctionnaires de la Compagnie à Java, à qui était échue la tâche peu
gratifiante de trouver acquéreurs aux «joujoux» de Pelsaert, ne cessaient de se
plaindre de l'impossibilité où ils se trouvaient d'en tirer un bon prix.
L'argenterie que le commandeur , toujours optimiste, comptait échanger
avec 50 % de profit fut finalement écoulée en 1632, en Inde, « à vil prix » et
après six mois de démarchage infructueux. En dépit de tous leurs efforts, les
représentants de la VOC ne purent convaincre les Moghols d'acquérir le camée
romain de Boudaen, ce fabuleux joyau dont Jeronimus s'était servi pour séduire
les mutins et faire miroiter à leurs yeux des rêves de luxe et de richesses
inouïes. Le camée avait été envoyé en Inde avec les autres colifichets, mais
aucun acheteur ne se présenta. En 1633, il revint à Batavia. En 1765, après des
décennies de tractations en Asie, la VOC se résigna à le mettre aux enchères à
Amsterdam et, en 1823, la pierre fut acquise par le roi William I er ,
pour cinq mille cinq cents florins. Elle est à présent exposée avec la
collection numismatique royale à Leyde 42 .
    Sur ces entrefaites, une révélation vint achever
d'anéantir la réputation déjà ternie de Pelsaert : le commandeur s'était
livré à des trafics douteux 43 . Peu après sa mort, on retrouva dans
ses affaires des bijoux et d'autres biens, estimés à près de treize mille cinq
cents florins, que Pelsaert voulait apparemment vendre pour son propre compte,
moyennant une bonne commission - opération expressément interdite par les
règlements de la VOC. Après enquête, on put établir qu'une partie des objets
(dont un autre camée d'agate, tout neuf celui-ci, et gravé d'un portrait du
Grand Moghol) appartenaient à Gas-par Boudaen. Le marchand crut bon de
solliciter une audience au conseil des Dix-sept à Amsterdam, pour leur
demander, mais en pure perte, de lui restituer son bien. Les autres objets
précieux appartenaient à un autre marchand d'Amsterdam, Johannes Dobbel-worst.
Tout fut confisqué par la Compagnie.
    La mort prématurée de Pelsaert coûta donc à sa famille
pratiquement tout ce qu'il avait amassé durant sa courte vie. Barbara Van Ganderheyden,
la mère du commandeur, qui était aussi sa principale héritière, n'en vit
finalement revenir que le solde de son dernier salaire, augmenté d'une somme de
sept cent soixante et onze florins, représentant la valeur des biens personnels
de son fils 44 . La Compagnie encaissa sans sourciller les dix mille
cinq cents florins que lui rapporta la vente des joyaux confisqués. Quant aux
trois mille huit cents florins de compensation promis à la mère de Pelsaert, la
VOC ne consentit à les lui verser qu'une fois réglés tous les litiges et les
réclamations qui auraient pu l'opposer à la famille du défunt.
    Mais, bien sûr, l'affaire traîna en longueur. Barbara Van
Ganderheyden

Weitere Kostenlose Bücher