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L'archipel des hérétiques

L'archipel des hérétiques

Titel: L'archipel des hérétiques Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Mike Dash
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Une
certitude au moins s'imposait à eux, conclut Van Diemen, à savoir « qu'on avait
mené sur le vaisseau susmentionné une vie dépravée et irrespectueuse de Dieu -
et ce, sous la responsabilité conjointe de Pelsaert et du capitaine, qui en
sont hautement coupables - que le Tout-Puissant leur pardonne leurs péchés ».
    Les Conseillers suggéraient donc sans ambiguïté qu'il eût
été imprudent de prendre pour argent comp-tant toutes les allégations du commandeur et, comme toutes les autres preuves retenues contre Jacobsz
étaient les témoignages des mutins exécutés, seuls des aveux complets auraient
pu permettre d'établir la culpabilité d'Ariaen. Faute d'une telle confession,
l'impasse où ils se trouvaient pouvait indéfiniment perdurer.
    Le procès du capitaine se trouvait donc réduit à un simple
bras de fer et, à la frustration générale, Ariaen resta en prison jusqu'à la
fin juin 1631, les charges retenues contre lui restant à prouver, en dépit
d'une application tardive de la question.
    « Jacobsz, capitaine du Batavia qui a fait
naufrage, note Van Diemen, au comble de l'agacement, est toujours détenu malgré
ses demandes réitérées de mise en liberté et de rapatriement. Sous la forte
présomption d'avoir prémédité de s'emparer du bâtiment et de s'enfuir avec, il
a été condamné à un examen plus détaillé 57 . » Et entre-temps,
suggéraient les Conseillers, ces Dix-sept Messieurs auraient tout loisir
d'examiner eux-mêmes les documents du dossier, « afin de pouvoir mieux se
prononcer sur l'affaire ».
    Ce qu'il est advenu d'Ariaen après ces nouvelles séances
de torture (car c'est ce qu'il faut entendre sous les commentaires du fiscaat) nous demeure mystérieux. On ne trouve ultérieurement aucune
référence au capitaine dans les archives de la VOC et, comble de la
frustration, les transcriptions de ses interrogatoires, qui auraient dû
permettre de faire toute la lumière ou presque sur les événements du Batavia, ont elles aussi disparu. On a peine à croire que Jacobsz ait pu être relâché
faute de preuves et, s'il a finalement été condamné et exécuté, on s'attendrait
à en trouver trace dans les registres de la VOC. Peut-être, et c'est
l'hypothèse la plus plausible, est-il mort en prison, soit des suites des
sévices qu'il a subis durant son interrogatoire, soit d'une maladie. Il avait
déjà résisté à deux ans de détention dans ces infects cachots où sévissait la
malaria (ce qui était en soi une prouesse comparable au voyage en chaloupe), et
il aurait dû lutter deux ans de plus, avant de recevoir la réponse des
Dix-sept. Même lui n'aurait pas survécu à un si long calvaire.
    Quant à Zwaantie Hendricx, l'accorte chambrière de
Lucretia, elle aussi disparaît des archives sans laisser de traces. Sans doute
a-t-elle succombé à son incarcération, entre décembre 1629, date à laquelle
elle fut définitivement arrêtée, et juin 1631, date à laquelle seul Jacobsz
était détenu. On ne peut cependant pas exclure qu'elle ait été relâchée faute
de preuves, et qu'elle ait décidé de s'installer aux Indes.
    Dans ce dernier cas, elle dut bientôt se retrouver dans
une situation des plus inconfortables. Elle n'avait pas de travail. Il y avait
peu de demande pour les domestiques européens, dans une colonie où l'on
disposait d'une profusion de main-d'œuvre indigène - et ses chances de se
trouver un mari étaient bien plus minces que celles de Judick ou de Lucretia.
Mais comme Ariaen était sous les verrous, et sans doute pour longtemps,
Zwaantie n'avait guère le choix : il lui fallait un mari. En restant à Batavia,
elle n'avait, comme tous les autres émigrants, qu'une faible chance de revoir
un jour les Pays-Bas. En prison, elle ne dut pas survivre bien longtemps mais,
même dans l'hypothèse où elle aurait retrouvé la liberté, il y a de fortes
chances pour qu'elle soit morte à Java - mariée, peut-être, mais sans doute pas
très vieille.
    De l'autre côté du globe, loin des sombres cachots de la
forteresse de Batavia, dans l'un des quartiers les plus pauvres de Haarlem,
serpentait une étroite ruelle du nom de Cornelissteeg. Les maisons qui la
bordaient étaient exiguës et mal entretenues. Elles abritaient principalement
des artisans - porteurs d'eau, charpentiers, poètes et autres traîne-misère.
C'est dans ce quartier miteux, bien éloigné de l'opulence de la Grote
Houtstraat, que vint habiter Belij-tgen Jacobsdr, après le départ

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