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L'archipel des hérétiques

L'archipel des hérétiques

Titel: L'archipel des hérétiques Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Mike Dash
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sa
lâcheté.
    « Le 20 juillet, à la nuit tombée, Jacob Pieters vint le
chercher dans sa tente pour l'emmener jusqu'à celle de Mayken Cardoes, où se
trouvait déjà David Zevanck, Jan Hendricxsz et Cornelis Pietersz, d'Utrecht.
Ils lui dirent qu'ils n'étaient pas suffisamment assurés de sa loyauté, et
prenant le jeune enfant des bras de sa mère, la dénommée Mayken Cardoes, ils
dirent : "Deschamps, voici un bébé à demi mort. Comme tu n'es pas un combattant,
tu prendras ce nœud coulant. Emmène l'enfant et arrange-toi pour que les
habitants de cette île cessent d'entendre ses cris." Alors, Deschamps est
sorti de la tente avec l'enfant, sans protester, et l'a étranglé, acte
abominable et de grave conséquence 94 . »
    Le bébé de Mayken Cardoes fut le premier des rescapés du Batavia que Cornelisz tenta d'assassiner lui-même, et ce fut aussi le
dernier. Lorsque Deschamps eut mis fin à cette vie qui avait à peine commencé,
le bébé devint la cent cinquième victime indirecte de l'intendant adjoint 95 .
Il ne restait plus sur l'île qu'une soixantaine de personnes. Jeronimus était
bien parti pour atteindre son objectif : « Assassiner ou faire disparaître tous
les gens de l'île, jusqu'à réduire leur nombre à quarante-cinq, tout au plus 96 .
»
    De toutes les familles de l'île, la plus nombreuse était
celle du pasteur - Gijsbert Bastiaensz et sa femme Maria Schepens avaient eu au
total huit enfants, dont sept avaient embarqué avec eux sur le Batavia 91 . En un siècle où la moitié des enfants mouraient avant d'avoir atteint l'âge
adulte, Bastiaensz pouvait s'estimer favorisé par le sort de n'avoir perdu
qu'un enfant sur huit en bas âge. Mais, fait encore plus remarquable, toute sa
famille avait survécu au naufrage - sa femme, leurs sept enfants, et leur
servante, Wybrecht Claasen. Ils étaient sortis indemnes de tous les mauvais pas
- l'échouage sur les bancs de Walcheren, le long trajet jusque dans
l'hémisphère austral, la destruction du bateau, la pénurie d'eau des cinq
premiers jours, le trajet de la servante à la nage pour tenter de ramener de
l'eau et, enfin, ces trois semaines de terreur qu'ils avaient passées à la
merci de Jeronimus Cornelisz.
    Bastiaensz bénéficiait certes d'un statut privilégié. Sa
condition d'homme d'Église lui garantissait, à lui et à sa famille, de bonnes
rations sur le Batavia et une certaine sécurité sur l'île. Mais, vu les
circonstances, le fait qu'il ait réussi à garder sa famille saine et sauve
autour de lui dut passer pour un véritable miracle, aux yeux des autres
rescapés. La preuve flagrante, si besoin en était, que le pasteur était bien un
homme de Dieu.
    Quatre de ses enfants étaient des garçons. L'aîné, qui
avait reçu le prénom de son grand-père, s'appelait Bastiaen Gijsbertszoon. Âgé
de vingt-trois ans, capable et instruit, il avait été engagé par la VOC comme
commis et, durant le voyage, il avait assisté le commandeur dans ses
tâches administratives. Son frère, Pieter Gijsbertsz, était plus jeune de
quatre ans, mais bien qu'il ait lui aussi atteint l'âge de travailler pour la
Jan Compagnie, il ne s'était pas engagé. Peut-être parce que, comme le fils
aîné ne présentait pas les qualités requises pour être pasteur, c'était son
second fils que Gijsbert destinait au clergé. Les deux autres frères étaient
d'âge plus tendre : Johannes avait treize ans, et Roelant, le benjamin,
seulement huit.
    Les filles du pasteur s'appelaient Judick, Wille-mijntgie
et Agnete. Judick était la puînée. Âgée de vingt et un ans, elle était bonne à
marier. Dans une famille aussi nombreuse, elle devait passer le plus clair de
son temps à aider sa mère à s'occuper des cadets. À quatorze ans, Willemijntgie
était déjà une jeune adulte, quant à Agnete, elle avait feté ses onze ans peu
après que le Batavia eut atteint Le Cap. Sur cette île où les femmes ne
représentaient qu'un dixième de la population, Judick ne pouvait pas manquer
d'attirer l'attention, d'autant plus qu'il n'y avait sur le Cimetière du Batavia que trois femmes non mariées 98 . Elle ne tarda pas à se
trouver un chevalier servant en la personne de Coenraat Van Huyssen, le jeune
officier qui avait déjà son actif une bonne demi-douzaine de meurtres. Étant
bien fait de sa personne, issu de la petite noblesse et membre éminent du
sinistre conseil que présidait Cornelisz,
    Van Huyssen pouvait donc prétendre à compter parmi les
plus

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