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L'archipel des hérétiques

L'archipel des hérétiques

Titel: L'archipel des hérétiques Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Mike Dash
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beaux partis de l'île et, même si on peut douter que ses prévenances aient
trouvé grâce aux yeux de la jeune fille, elles avaient au moins l'avantage de
la préserver de la brutalité des autres mutins. Elle ne le découragea donc pas.
L'affaire avançait rondement et, au bout d'un mois, Van Huyssen lui demanda sa
main, mais avec une clause quelque peu gênante : comme le couple ne pourrait
être légalement marié sur l'île - il leur manquait, pour ce faire, le
consentement des parents du marié, restés aux Pays-Bas, Van Huyssen déclara
qu'il se contenterait d'un échange de vœux - pourvu que Judick accepte de
consommer l'union sur-le-champ.
    Le pasteur et sa fille se trouvaient donc dans une
situation des plus inconfortables.
    « Coenraat Van Huyssen, de Gelderland, membre de ce
conseil d'assassins, a proposé à ma fille le saint sacrement du mariage,
écrivit à la hâte Bastiaensz. Mais il n'a promis que de se fiancer avec elle et
de l'épouser légalement devant Dieu et les hommes, dès qu'il en aurait la
possibilité. Nous avons longtemps discuté de ce dilemme, Judick et moi, et nous
en avons dit tant de choses qu'il serait trop long de tout rapporter ici. Mais
voici du moins ce que nous avons décidé : qu'en de telles circonstances, mieux
valait être légalement sous la garde d'un seul homme, que de s'exposer aux
outrages de tous. Il a donc prononcé des vœux de fiançailles avec elle, et tout
ce qui s'ensuit.
    » J'ai instamment demandé qu'elle n'aille vivre avec lui
que le lendemain, mais les autres assassins sont venus à notre tente et ont dit
que la chose devait se faire cette nuit-là et sans délai, sans quoi ils étaient
prêts à nous tuer
    tous. Elle l'a donc suivi, mais à ce qu'elle m'a dit, elle
    n'en a subi aucun outrage. Que pouvait-on y faire 99 ? »
    Conformément aux prédictions de son père, la relation de
Judick avec Van Huyssen suffit à assurer la sécurité de la jeune fille. Mais,
même si les sentiments du mutin étaient sincères, elle n'avait aucun moyen de
protéger le reste de sa famille. Depuis deux semaines, Cornelisz trompait son
ennui en laissant libre cours, tous les deux ou trois jours, aux penchants
sanguinaires de ses hommes. La tendance générale était à l'escalade. Les
noyades avaient fait place aux meurtres à l'arme blanche et aux gorges
tranchées, et le rythme des carnages augmentait sensiblement, comme l'indique
le bilan de ces derniers jours : quinze victimes le 9 juillet, et vingt-trois
sur l'île aux Otaries neuf jours plus tard. Au cours des trois derniers jours
écoulés depuis ce dernier massacre, le seul incident avait été l'empoisonnement
du bébé de Mayken Cardoes, mais pour certains des mutins, cela ne suffisait
pas. La routine quotidienne de la chasse et de la préparation des repas ne
présentait qu'un intérêt limité pour ces hommes qui avaient pris goût à
l'exercice du droit de vie et de mort. Vers la fin de la troisième semaine,
Zevanck et sa bande de tueurs ne pensaient plus qu'à faire à nouveau couler le
sang. La cible la plus intéressante qui leur restât sur l'île, par la qualité
comme par le nombre, était la famille du pasteur.
    Judick se trouvait à présent hors de leur portée, tout
comme son père, qu'il valait mieux épargner. Malgré leurs multiples divergences
sur le plan théologique, Jeronimus voyait très bien l'intérêt qu'il avait à se
ménager un homme de Dieu. Mais il en allait bien différemment pour son épouse
et ses autres enfants. Le soir du 21 juillet, Bastiaensz et sa fille aînée
furent invités à dîner chez Cornelisz, en compagnie de Van Huyssen. Pendant
qu'on les régalait de rôti d'otarie, arrosé d'un bon vin provenant du Batavia , David Zevanck et Jan Pietersz réunirent sept des mutins les plus
actifs et se rendirent ensemble à la tente du pasteur. Selon les termes du caporal
Coupe-Pierre, c'était « une jolie balade en perspective », que de « se
débarrasser de la clique du pasteur 100 ».
    Les tueurs avaient amplement eu le temps de se faire la
main. Ils préparèrent leur coup avec soin. Un peu plus tôt dans la soirée, quelques-uns
des hommes de Cornelisz creusèrent à proximité de la tente une fosse assez
vaste pour contenir les corps. Zevanck et Pietersz résolurent de massacrer la
famille sur place, dans la tente, pour ôter aux enfants toute possibilité de
prendre la fuite. Les exécuteurs échangèrent donc leurs épées contre des
poignards et des hachettes, mieux

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