Le clan de l'ours des cavernes
j'avais du mal à le croire au début, reconnut Jondalar en souriant. Je n'avais jamais vu un Tête Plate de près avant cette rencontre.
Et toi ?
- Je n'en ai jamais vu et je ne souhaite pas en rencontrer, répon-
..'
3 J . > 1
- Pas plus que nous. Ils ont l'air d'êtres humains, des êtres humains différents mais il n'y a pas à s'y tromper. Les chasseurs de ce groupe portaient des épieux et des vêtements. Tu as déjà vu des ours comme ça ?
- Des ours intelligents, alors.
- Ne les sous-estime pas. Ce ne sont ni des ours ni aucune autre sorte d'animaux.
- Tu dis que tu as communiqué avec eux ? demanda un homme. quand ?
- Un jour, alors que nous vivions chez les SharamudoÔ, j'ai eu des ennuis sur la Grande Rivière Mère. Les SharamudoÔ vivent sur ses rives non loin de l'endroit o˘ elle se jette dans la mer de Beran. quand on vient de quitter le glacier, la Mère n'est qu'un torrent, mais là o˘ ils vivent, elle est si large par endroits qu'on dirait un lac. Elle a l'air calme et lisse mais son courant est d'une force et d'une rapidité trompeuses sous la surface.
Tant d'autres cours d'eau, grands ou petits, sont venus la grossir que, lorsqu'on la voit chez les SharamudoÔ, on comprend pourquoi on l'appelle la Grande Rivière Mère.
Jondalar avait pris un ton de conteur et tous l'écoutaient, captivés.
- Les SharamudoÔ fabriquent d'excellents bateaux avec des troncs d'arbre évidés, transformés en une sorte de coquille aux pointes effilées.
J'apprenais à en manouvrer un avec une pagaie quand j'ai perdu le contrôle du bateau.
Avec un sourire d'excuse, il poursuivit :
- Pour être tout à fait franc, je fanfaronnais un peu. Les SharamudoÔ ont pour habitude de garder une ligne toute prête, avec hameçon et app‚t, dans leur bateau, et je voulais leur prouver que moi aussi j'étais capable de capturer un poisson. L'ennui, c'est que là-bas, le poisson est à la mesure de la rivière, en particulier l'esturgeon. Les SharamudoÔ ne disent pas qu'ils vont pêcher quand ils s'en prennent aux plus gros ; ils disent qu'ils vont chasser.
- J'ai vu un jour un saumon grand comme un homme, affirma un Zelandonii.
- Là o˘ se termine la Grande Rivière Mère, certains esturgeons sont plus grands que trois hommes de haute taille, assura Jondalar. J'ai jeté la ligne à l'eau et je n'ai pas eu de chance : j'ai attrapé un poisson ! Ou plutôt c'est un gros esturgeon qui m'a attrapé. Comme la ligne était attachée au bateau, quand le poisson s'est mis à filer dans l'eau il m'a entraîné. J'ai perdu la pagaie, je ne maîtrisais plus rien. J'ai voulu couper la ligne avec mon couteau mais le bateau a heurté quelque chose et, sous le choc, le couteau m'a sauté des mains. Ce poisson était fort, rapide. Il a essayé de plonger et a failli me faire tomber plusieurs fois.
Je ne pouvais que m'accrocher tandis qu'il descendait la rivière à toute vitesse.
Plusieurs voix demandèrent de concert :
- qu'est-ce que tu as fait ? = Tiismi'n˘ t'a=tril entraîné ?
- Comment tu as réussi à l'arrêter ?
- Par chance, l'hameçon avait blessé l'esturgeon et il saignait. Ses forces ont fini par s'épuiser mais il m'avait tiré sur une longue distance en aval. quand il a renoncé à lutter, nous nous trouvions dans un bras peu profond de la rivière. J'ai gagné la berge à la nage, soulagé de sentir quelque chose de solide sous mes pieds...
- C'est une belle histoire, coupa Zelandoni de la quatorzième, mais quel rapport avec les Têtes Plates ?
- J'y arrive, répondit Jondalar en lui décochant un sourire charmeur.
J'étais sur la rive, trempé, tremblant de froid. Je n'avais pas de couteau pour couper du bois, rien pour faire du feu, et le bois qui jonchait le sol était mouillé. J'étais transi. Tout à coup, un Tête Plate a surgi devant moi. A sa barbe peu fournie, j'ai deviné qu'il ne devait pas être très ‚gé.
Il m'a fait signe de le suivre, mais au début je ne comprenais pas ce qu'il voulait. Puis j'ai remarqué de la fumée dans la direction qu'il indiquait, alors je l'ai suivi et il m'a conduit
à un feu.
- Tu n'avais pas peur ? lança une autre voix. Tu ne savais pas ce qu'il te ferait.
En se tournant pour répondre, Jondalar constata que d'autres Zelandonii s'étaient joints au groupe pour l'écouter. Ayla elle aussi avait remarqué
la foule qui se rassemblait autour d'eux.
- J'avais tellement froid que ça m'était égal. Tout ce que je voulais, c'était ce feu. Je me suis
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