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Le prix de l'hérésie

Le prix de l'hérésie

Titel: Le prix de l'hérésie Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: S.J. Parris
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prudent que quelqu’un voie Sophia dans ma chambre
et il m’était difficile de ne pas me manifester alors que je devrais sortir
d’ici quelques minutes pour me rendre au dîner.
    « Un moment, s’il vous plaît, je m’habille »,
lançai-je vers la porte tout en conduisant Sophia derrière l’un des grands
rideaux qui tombaient jusqu’au sol.
    La situation était tellement absurde qu’elle fit naître un
demi-sourire sur son visage. Je lui pressai le bras et, lorsqu’elle fut bien
cachée, j’allai ouvrir. John Florio se tenait sur le seuil. Mon attitude
semblait avoir éveillé sa curiosité.
    « Maître Florio ! m’exclamai-je. Quel bon vent
vous amène ?
    — Je vous dérange, docteur Bruno ? demanda-t-il en
essayant de regarder dans la chambre par-dessus mon épaule. Je peux revenir à
un autre moment si vous avez de la compagnie. J’ai cru vous entendre parler.
    — J’ai la malencontreuse habitude de parler seul. C’est
l’unique moyen que j’aie d’être certain de gagner une disputation. »
    Il rit de bon cœur.
    « Il faut dire qu’on ne vous a pas laissé l’ombre d’une
chance, Bruno, et ceux que les préjugés n’aveuglent pas le savent. Je suis venu
voir si vous mangeriez avec nous ce soir. Nous avons à peine eu l’occasion de
parler et j’aimerais être placé près de vous à table, si vous n’y voyez pas
d’inconvénient.
    — Mais avec plaisir. »
    J’éprouvais les pires difficultés à me retenir de regarder
du côté du rideau.
    « Si ça ne vous dérange pas, d’abord je dois… hum… je
voudrais me soulager avant de descendre.
    — Oh… Bien sûr. Je vous attends en bas. »
    Je refermai la porte et l’écoutai traverser le palier, puis
descendre l’escalier. Quand je fus certain qu’il était en bas, je tirai le
rideau. Sophia apparut, le sourire aux lèvres malgré elle.
    « J’ai eu peur de rester coincée ici toute la nuit.
    — Des destins plus terribles me viennent à
l’esprit. »
    Je regrettai aussitôt cette repartie, à laquelle elle
répondit par une petite moue chagrine.
    « Je suis navré, m’excusai-je. Cela aurait nui autant à
votre réputation qu’à la mienne si on vous avait découverte ici. Mais d’abord,
parlez-moi de ce danger. Quelqu’un vous a-t-il menacée ? Est-ce parce que
vous savez quelque chose ? »
    Elle releva les yeux, surprise.
    « À quel propos ? Que devrais-je savoir ?
    — Je me disais seulement… Comme une mort violente est
survenue au collège…
    — Ça n’a rien à voir avec moi », rétorqua-elle
avec une fougue étonnante.
    Elle soupira et ramena en arrière une mèche de cheveux
tombée sur son visage.
    « Tout est trop compliqué, Bruno. Je ne peux pas vous
raconter en détail si vous êtes pressé. Je vous expliquerai une autre
fois. »
    Je la pris par les épaules et plantai mon regard dans le
sien.
    « Sophia, craignez-vous pour votre vie ? »
    Elle détourna la tête en se mordant les lèvres.
    « Vous vous souvenez quand je vous ai dit que je rêvais
d’une grande aventure qui m’emporte loin d’ici ? Vous m’avez dit de me
méfier de mes désirs. »
    Elle garda le silence un instant.
    « Comment sait-on qu’on peut faire confiance à
quelqu’un, Bruno ? Je parle d’être prêt à remettre sa vie entre ses mains.
    — La réponse est que c’est impossible jusqu’à ce que la
personne ait fait la preuve de sa loyauté. Mais que vous est-il arrivé,
Sophia ? À qui avez-vous peur de vous fier ?
    — Ce sont des bêtises. »
    Elle croisa les mains et me regarda d’un air embarrassé.
    « Je suis désolée, Bruno. Je n’aurais pas dû vous
déranger.
    — Vous ne me dérangez pas. »
    Le craquement du plancher de l’autre côté de la porte me fit
sursauter une fois encore. Je n’avais pas entendu de bruits de pas.
    « Partez, maintenant, dit-elle en me poussant doucement
vers la porte. Je m’en irai quand je serai certaine que la voie est libre. Je
suis habituée à me déplacer à pas de loup dans le collège. Et… Bruno, je suis
désolée pour… Vous savez. »
    Elle se forçait à sourire.
    « C’est à moi de l’être. Je ne voulais pas vous forcer
à… »
    Je m’interrompis, ne sachant trop comment terminer ma
phrase.
    « Vous ne m’avez forcée à rien, murmura-t-elle
timidement. C’est ma faute. Vous m’attirez depuis le début, pourtant il m’est
impossible de rien changer. Vous ne pouvez pas comprendre, Bruno.

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