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Le prix de l'hérésie

Le prix de l'hérésie

Titel: Le prix de l'hérésie Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: S.J. Parris
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souvent à cause de ses
attributions. Il doit régulièrement contrôler les domaines qui appartiennent au
collège, et ils sont dispersés à travers tout le pays, parfois à une journée de
cheval. Je crois qu’il est parti dans le Buckinghamshire ce matin. Il a des
affaires à régler là-bas, mais son retour est prévu pour demain. »
    Il écarta les bras pour embrasser son domaine et,
m’adressant un large sourire qui semblait m’encourager à l’admirer autant que
lui, claironna : « Nous y voilà ! »
    La bibliothèque occupait la moitié du premier étage du
bâtiment nord. Séparée de la chapelle par l’escalier, elle était légèrement
plus petite mais, comme elle, bénéficiait d’une charpente apparente et d’un sol
couvert de jonc. Son aménagement datait du siècle précédent. Les étudiants
devaient se tenir debout derrière de longs pupitres en bois sur lesquels ils
posaient pour les étudier les immenses livres manuscrits, reliés par des
chaînes à une barre en cuivre qui courait sur toute la longueur de la pièce. Il
y avait quatre de ces pupitres de chaque côté de la bibliothèque, séparés par
les fenêtres. Des bancs étaient également disposés contre deux des murs opposés,
ainsi qu’une table à écriture près d’une fenêtre donnant sur la cour. Godwyn
s’en approcha à grands pas et déposa avec précaution ses clés à côté d’un
encrier avant de se tourner vers moi pour récupérer sa chandelle.
    « À quels livres vous intéressez-vous en particulier,
docteur Bruno ? Ou préférez-vous que nous commencions par les trésors
inestimables en notre possession ? »
    Tout en me posant cette question, il s’affairait à allumer
une à une les chandelles fixées aux murs, près des pupitres et dans les niches
entre les fenêtres.
    « Ce n’est pas là toute votre collection ?
demandai-je en désignant les livres enchaînés aux lutrins.
    — Oh, grands dieux, non ! Nous n’attachons que les
livres les plus anciens, par peur des vols, et ceux dont les élèves se servent
le plus fréquemment. Ce sont pour l’essentiel des œuvres de théologie
scolastique auxquelles nous tenons beaucoup car elles font partie du legs de
notre premier donateur.
    — Dean Flemyng, après ses voyages en Italie… Et où
gardez-vous les livres interdits ? »
    Godwyn blêmit et me fixa, un pli inquiet lui barrant le
front. Il avait presque l’air effrayé.
    « Mais nous ne conservons aucun livre interdit ici,
docteur Bruno ! Que voulez-vous dire ?
    — Allons, maître Godwyn, l’amadouai-je. Toutes les
bibliothèques universitaires que j’ai connues gardent certains livres à l’abri
des regards inquisiteurs des élèves. Des livres que seuls les professeurs sont
aptes à comprendre. »
    Le soulagement de Godwyn était visible.
    « Ah ! Oui, bien sûr. Il y a un certain nombre d’ouvrages
qui ne sont disponibles que pour les professeurs. Ils les empruntent et les
lisent dans leur chambre. Nous les gardons dans des coffres, à l’intérieur de
cette pièce. »
    Il s’était approché d’une porte derrière la table, qu’il ouvrit
en grand pour révéler une petite réserve attenante à la bibliothèque. Bien
qu’il y fît très sombre, je distinguai à la lueur des chandelles de grands
coffres alignés contre un mur.
    « J’ai cru un instant que vous faisiez référence à des
livres hérétiques, ajouta-t-il avec un rire nerveux.
    — Non, non. Les agents de la reine les ont supprimés de
la réserve il y a des années, d’après ce que j’ai compris. »
    Il hocha la tête avec tristesse.
    « Il y a eu une grande mise à l’index en 1569. Tout ce
qui avait survécu aux précédentes opérations de ce genre menées par le père de
Sa Majesté, puis par son frère et sa sœur, a disparu de notre fonds. Des livres
qui, de vous à moi, docteur Bruno, n’étaient pas plus hérétiques que d’autres.
Mais après la résurgence catholique durant le règne de Marie la Sanglante,
l’université était suspecte et les collèges ont dû se débarrasser de tout ce
qui de près ou de loin pouvait paraître entaché d’hétérodoxie. Notre collection
en a été particulièrement entamée, je le crains.
    — La notion même d’hérésie change chaque fois que le
trône se trouve un nouvel occupant, dis-je, conciliant. Mais qu’est-il advenu
des livres considérés comme dangereux ? »
    Il me regarda avec perplexité, donnant l’impression de ne
s’être

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