Bücher online kostenlos Kostenlos Online Lesen
L'Hôtel Saint-Pol

L'Hôtel Saint-Pol

Titel: L'Hôtel Saint-Pol Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Michel Zévaco
Vom Netzwerk:
silencieux penchés sur quelque anfractuosité de l’Etna. Il sentit que sa raison vacillait.
    Alors, les larmes jaillirent de ses yeux, et son désespoir se mit à hurler. À genoux, il se traîna vers la porte. Sa prière ardente, d’un étrange rythme coupée de sanglots, s’éleva dans le silence : les mains jointes, le prisonnier parlait à la porte maudite et la suppliait… Ah ! de toutes ses forces, il la suppliait d’avoir pitié, de s’ouvrir pour lui, vivant ou mort…
    Tout à coup la porte s’ouvrit !
    Une éclatante lumière l’éblouit. Dans cette lumière, une jeune fille, un être d’ineffable beauté, un ange sans doute, se pencha sur lui. Cette jeune fille aux yeux pleins de larmes, à la voix suave, tremblante de compassion, oui, cet ange murmura :
    – Ne pleurez plus, car voici la fin de votre malheur !

XII – L’ANGE DE L’HÔTEL SAINT-POL
    Une vingtaine de jours avant cette soirée où le prisonnier de la tour Huidelonne avait entendu ces lointains bruits de fête dont le geôlier lui avait donné l’explication.
    Il y a huit jours que Roselys, fille de Laurence d’Ambrun et de Jean sans Peur, habite l’Hôtel Saint-Pol où le roi Charles VI lui a donné comme résidence toute l’aile droite de son propre palais.
    Sa chambre à coucher est au premier étage.
    Pour y arriver, il faut d’abord passer par l’appartement d’Honoré de Champdivers, c’est-à-dire deux pièces transformées en arsenal : masses d’armes, lances, rapières, dagues, haches de combat ; le vieux compagnon de Bertrand Du Guesclin, le guerrier de Transtamare contemple ces panoplies d’un air peu rassurant pour tout agresseur éventuel. Franchi ce camp retranché où il laisserait sans doute quelques plumes, ledit agresseur, avant d’atteindre la chambre d’Odette de Champdivers, aurait encore à traverser la région où s’est installée dame Margentine, autre pays ennemi, plus redoutable peut-être, hérissé qu’il serait de tous les obstacles et de tous les traquenards de la ruse féminine.
    La chambre d’Odette, centre de son domaine familier, est entourée de diverses salles : un petit oratoire, un salon de repos, une salle des pages et suivantes, un très beau salon pour recevoir les intimes, une salle à manger meublée avec tout la magnificence de l’art gothique, aïeul et procréateur de tous nos arts d’ornement.
    Mais tout cela, c’est l’appartement privé.
    Le roi a voulu qu’Odette de Champdivers fût traitée sur le même pied qu’une princesse du sang. Elle a donc ses salles de fête, sa galerie de réception, sa salle d’armes où veillent nuit et jour douze archers royaux, ses écuries, ses suivantes, ses pages, son ménestrel, son aumônier, – toute une maison que Margentine et Honoré dirigent et commandent.
    Elle est plus que princesse.
    Tout l’Hôtel Saint-Pol répète le mot de Charles VI :
    Elle est la petite reine.
    Et telle est la pureté de cette figure, si candides, si francs, si loyaux sont les yeux, que nul dans cette cour prompte à chuchoter le scandale n’a eu un instant la pensée de détourner ce mot de son sens de gratitude et de respect. Disons tout de suite Odette a conquis les âmes de cette ville féodale. Elle est plus que princesse. Elle est plus que la petite reine…
    Elle est l’ange de l’Hôtel Saint-Pol.
    C’est un matin. Les fenêtres ouvertes donnent sur le jardin du roi tout en fleurs et laissent entrer ensemble le soleil et les parfums dans le salon particulier. Deux suivantes d’honneur. Deux pages, quelques gentilshommes. Le roi, heureux, attendri, respirant à pleins poumons. Et Odette, qui semblait connaître au tréfonds le métier de princesse, qui ne s’embarrasse de rien, sourit à tous, sourit à tout ce luxe qui ne l’étonne pas, qu’elle accepte sans éclat de joie, sans effarouchement, sans affectation de modestie, comme un naturel hommage.
    Entre un homme tout vêtu de velours noir, tout saluant, tout en courbettes, suivi d’un valet qui porte un sac sur chacun de ses bras… C’est le trésorier royal.
    – Madame, dit-il, Sa Majesté le Roi a fixé à vingt mille écus votre pension sur son trésor, et je me suis fait une gloire d’en apporter moi-même le premier quartier.
    – Merci, monsieur, dit Odette. Merci, mon bon sire, ajouta-t-elle en se tournant vers Charles VI tout radieux. Mais c’est trop, vraiment. Grand-père, notez que nous emploierons le tiers de cette somme aux hospices de

Weitere Kostenlose Bücher