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[Napoléon 4] L'immortel de Sainte-Hélène

[Napoléon 4] L'immortel de Sainte-Hélène

Titel: [Napoléon 4] L'immortel de Sainte-Hélène Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Max Gallo
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coupantes comme des lames.
    De temps à autre, des hommes chancelants pénètrent dans le couvent, s’affalent près du feu. Les cosaques sont partout. Les paysans dépouillent, égorgent, torturent les traînards.
    Il écoute, ne tressaille pas.
    Les Russes sont à Borissov, lance quelqu’un. Les armées de Wittgenstein et de Tchitchakov se sont presque rejointes. Ce sont les soldats de Tchitchakov qui occupent Borissov, tiennent le seul pont sur la Bérézina. Les troupes de Koutousov et de Tormasov sont elles aussi parvenues à quelques lieues du fleuve.
    Il ne bouge pas.
    C’est la nasse qui se referme.
    Il dit d’une voix sourde, la tête baissée, qu’il faut brûler tous ses papiers.
    Puis il se redresse.
    — Cela devient grave, dit-il à Caulaincourt.
    Il le fixe. On entend des cris. Ney a réussi à passer. Il rejoint l’Empereur avec quelques milliers d’hommes formés en carrés, hurle-t-on.
    En avant, dit Napoléon, on n’a que trop attendu.
    Si Ney a réussi à se dégager, comment n’y parviendrais-je pas ?
     
    Dehors, il fait encore nuit. Mais les jours sont si courts, d’à peine quelques heures, qu’on ne sait plus quand la nuit commence et finit.
    Il donne l’ordre qu’on rassemble en carré ce qui reste des grenadiers, des chasseurs, de la Garde. Avec ces hommes-là, il dispose encore d’une force résolue.
    Il va au milieu d’eux. Il dévisage chacun d’eux. Il reconnaît certains de ses vieux soldats. Leurs visages sont noirs, dans leurs barbes pendent des glaçons.
    Je marche depuis des jours au milieu d’eux. Mes maréchaux, mes généraux marchent avec moi. Et pas un mot ne s’élève contre nous. Nous sommes unis .
    Il serre les poings sur la garde de son épée.
    Il commence à parler, élevant fort la voix pour qu’elle domine le vent. Les lèvres sont durcies. La température doit être de moins vingt-cinq degrés.
    Nous avons les éléments contre nous, dit-il, cet hiver précoce et rigoureux, imprévisible.
    Les Russes nous attendent sur la Bérézina. Ils ont juré que pas un d’entre nous ne repasserait la rivière.
    Il tire son épée, la brandit. Il enfle encore la voix.
    — Jurons aussi à notre tour, plutôt mourir les armes à la main que ne pas revoir la France !
    Ils hurlent : « Vive l’Empereur ! » Ils lèvent leurs bonnets et leurs chapeaux au bout de leurs sabres et de leurs fusils.
    Nous passerons .
     
    Il appelle Bacler d’Albe. On ne dispose que d’une seule carte, mais Bacler d’Albe peut se souvenir. Il faut chercher un gué sur la Bérézina, puisque les Russes tiennent Borissov et le seul pont qui existe sur le fleuve. À moins que les troupes d’Oudinot ne réussissent à reprendre la ville. Voilà l’ordre qu’il faut leur donner. D’elles dépend le salut de l’armée. Ce qu’il en reste ! Plus de trente mille chevaux ont péri. On a détruit trois cents pièces d’artillerie. Les régiments sont réduits à quelques hommes. Le froid et la faim tuent. Les cosaques ont coupé toutes les communications.
    — Il y a quinze jours que je n’ai reçu aucune nouvelle, aucune estafette, dit-il, et je suis dans l’obscur de tout.
    Je ne sais qu’une chose : il faut passer. Nous passerons .
    Il faut d’abord rassurer. Il entend le comte Daru et le grand maréchal Duroc qui bavardent à voix basse, cependant qu’il somnole dans une pièce enfumée d’un couvent, à Tolochine.
    Que disent-ils ?
    — Nous rêvions d’un ballon, explique Daru. Pour emporter Votre Majesté.
    — Ma foi, la position est difficile. Vous avez donc peur d’être prisonniers de guerre, demande-t-il.
    — Non, pas de guerre, répond Duroc. Car on ne ferait pas un si bon sort à Votre Majesté.
    Il porte la main sur sa poitrine. Il sent sous sa paume le sachet de poison que le docteur Yvan lui a remis. Mais ce n’est pas le moment de mourir.
    — Les choses sont en effet graves, reprend-il en se levant. La question se complique. Koutousov est proche, Minsk est tombé. Cependant, si les chefs donnent l’exemple, je suis encore plus fort que l’ennemi.
    Il tend les bras pour que Constant lui enfile sa capote fourrée.
    — J’ai plus de moyens qu’il n’en faut, reprend-il, pour passer sur le corps des Russes, si leurs forces sont le seul obstacle.
     
    Le mercredi 25 novembre 1812, il apprend que les troupes du maréchal Oudinot ont chassé les Russes de Borissov.
    Il se remet en route aussitôt. Le froid, tout à coup, est moins vif. De

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