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Napoléon

Napoléon

Titel: Napoléon Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: André Castelot
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l’Empereur lui-même doit se contenter d’une boue liquide... » En entrant dans la ville où le désordre règne, Napoléon s’irrite violemment en voyant le pillage se donner libre cours. Il pousse son cheval au milieu d’un groupe de soldats, frappe les uns, culbute les autres, fait saisir un vivandier et ordonne qu’il soit à l’instant jugé et fusillé. « Mais, nous rapporte encore le comte de Ségur, on se contenta de placer, un instant après, ce malheureux à genoux sur son passage, on mit à côté de lui une femme et quelques enfants, qu’on fit passer pour les siens. L’Empereur, déjà indifférent, demanda ce qu’ils voulaient, et le fit mettre en liberté. »
    Napoléon apprend que le gouvernement du tsar se vante d’avoir remporté des succès et affirme que la perte de tant de provinces « est l’effet d’un plan général de retraite adopté à l’avance ». Des gazettes saisies à Viazma certifient qu’à Saint-Pétersbourg on chante des Te Deum pour les prétendues victoires de Vitebsk ou de Smolensk ! Napoléon s’écrie :
    — Hé quoi ? Des Te Deum ! ils osent donc mentir à Dieu comme aux hommes !
    Et l’on repart... Que faire d’autre ? « La grande route de Moscou que nous suivions, raconte le général Girod de l’Ain, est sablonneuse, et l’armée, marchant en plusieurs colonnes serrées et de front, soulevait de tels nuages de poussière que l’on ne se voyait pas à deux pas et que nous en avions les yeux, les oreilles et les narines remplis, et le visage encroûté. Cette chaleur et cette poussière nous causaient, comme on peut l’imaginer, une soif ardente, et l’eau était rare... Me croira-t-on, quand je dirai que j’ai vu des hommes se mettre à plat ventre pour boire, dans l’ornière, de l’urine de cheval. »
    En dépit de ces images peu appétissantes, en dépit des souffrances endurées par l’armée, en dépit des perpétuelles dérobades ennemies, Napoléon semble étonnamment satisfait et, par moment, se montre expansif. Un soir, à son bivouac, peu après Viazma, l’un de ses officiers l’entend déclarer :
    — La véritable grandeur ne consiste pas à porter la pourpre ou un habit gris, elle consiste à se mettre au-dessus de son état : moi, par exemple, j’ai une bonne place, je suis empereur, je pourrais vivre au milieu des délices de la grande capitale, me livrer aux jouissances de la vie et à l’oisiveté. Eh bien, je fais la guerre pour la gloire de la France, pour le bonheur futur de l’humanité ; je suis au milieu de vous, au bivouac ; dans les combats, je puis être, comme un autre, atteint d’une balle... Je me mets au-dessus de mon état... Chacun doit faire de même dans sa position, dans sa sphère ; c’est là qu’est la véritable grandeur.
    Il est détendu comme s’il se trouvait à la chasse dans la forêt de Fontainebleau ! Pourtant, il n’a plus avec lui que cent trente mille hommes et cinq cent quatre-vingt-sept canons. Depuis Smolensk, plus de cinquante mille hommes sont morts, blessés, ou traînent on ne sait où ! Napoléon est certain qu’il va enfin pouvoir bientôt livrer bataille. Il semble impossible que Barclay et Bagration laissent, sans essayer de s’y opposer, l’envahisseur faire son entrée dans Moscou !
    Le 31 au château de Velitchévo, où Napoléon loge avec Murat, un cosaque fait prisonnier lui annonce que le tsar, puisque Barclay n’a « fait que sottises sur sottises », vient de nommer généralissime de son armée le vieux et gros Koutouzov – celui que la Grande Catherine appelait mon Koutouzov – le vaincu trop passif, trop fataliste d’Austerlitz, tel que le peindra Tolstoï. Aussi bien à Saint-Pétersbourg qu’à Moscou, on a forcé la main du tsar pour nommer celui qu’il appelle dédaigneusement « ce vieux satyre borgne ».
    — Je n’ai pu faire autre chose que céder, soupire-t-il.
    À l’annonce de cette nomination, la joie des troupes est indescriptible. Koutouzov se refusait à battre ou à gifler ses soldats – ce qui était alors monnaie courante dans l’armée russe. Il s’était attiré tous les coeurs, en disant aux troupes, qui, la veille d’une revue, nettoyaient leurs uniformes :
    — Je n’ai pas besoin de tout cela, je viens seulement voir si vous êtes bien portants, mes gars. Le soldat en campagne n’a pas à s’occuper d’une tenue élégante : il doit se reposer et se préparer à la victoire.
    Pour Koutouzov

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