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Napoléon

Napoléon

Titel: Napoléon Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: André Castelot
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« Moscou n’est pas toute la Russie » et – il le précise – « mieux vaut perdre Moscou que l’armée et la Russie », cependant, il sait bien qu’il lui est impossible d’abandonner la ville à son sort. Il doit livrer bataille bien que l’armée russe, moins forte numériquement que celle de son adversaire, et dont la plus grande partie rétrograde depuis le Niémen, se trouve, elle aussi, en piètre état. Les hommes souffrent de la faim – « les soldats ne devaient leur rare nourriture qu’au hasard », nous dit Tarlé – et la cavalerie était « à peine vivante », selon l’expression de l’un des combattants.
    Il n’en faut pas moins se battre et la joie des Russes à la pensée que l’on allait enfin en découdre n’a d’égale que celle de Napoléon.
    — Enfin, s’exclame-t-il, il va y avoir bataille ! Dans quinze jours, Alexandre n’aura plus ni capitale ni armée ! Alors nous pourrons conclure la paix.
    Cependant, dès le lendemain, le général Automne donne un nouvel avertissement à l’Empereur. Des pluies diluviennes s’abattent sur l’armée. Voici les canons embourbés, le charroi immobilisé, les chevaux enfoncés dans la boue jusqu’aux jarrets. La boue russe ! Une boue qu’il faut avoir vue – et y avoir « navigué » – pour l’imaginer... Une estafette parvient toutefois à atteindre le quartier général. Elle apporte d’affreuses nouvelles d’Espagne : Marmonta été pulvérisé aux Arapiles et Madrid est menacée par Wellington.
    Placé en avant-garde, le roi Murat fait savoir à Napoléon le même jour que Koutouzov semble vouloir se battre et qu’il fortifie puissamment la position en avant des villages de Borodino, de Gorki et de Seménowskaïa, à cent trente kilomètres devant Moscou. Il hérisse le sol de retranchements et de redoutes qu’il truffe de canons. Les Russes se croient assurés de barrer ainsi la route de Moscou à l’envahisseur, tandis que l’Empereur est convaincu, cette fois, de remporter la victoire ! Mais la boue a englué l’armée, la clouant littéralement au sol. Fort heureusement, le soleil se met à luire, sèche en partie cet effarant marécage et les troupes peuvent reprendre leur route.
    Le 5 septembre, les deux armées sont face à face et, ce jour-là, ce sont les Russes qui ont choisi leur terrain. Ils sont cent douze mille, occupent un front convexe d’une longueur de quatre kilomètres et possèdent une artillerie de six cent quarante canons tirant des boulets plus lourds que ceux employés par les canons français.
    Pour mieux comprendre les péripéties de ce que Napoléon appellera la lutte des Géants, – « ma plus grande bataille », dira-t-il même à Sainte-Hélène – j’ai voulu arpenter le célèbre champ de bataille. Il demeure là, dans cette plaine coupée de molles collines et de vallons encaissés, une singulière présence. Lorsqu’on vient de Moscou, après avoir traversé une interminable forêt de bouleaux et de pins, après avoir abandonné la grande route de Minsk, on laisse à sa droite le cours tortueux de la Moskova qui, pour Napoléon, a donné son nom à la bataille : la rivière de Moscou parle assurément plus à l’imagination des Français que le misérable village de Borodino !
    Après Mojaïsk, la première étape de cette manière de pèlerinage se trouve au centre du hameau de Gorki, en bordure de la route de Smolensk. Il s’agit d’une butte de trois à quatre mètres de hauteur sur laquelle, pendant la bataille, Koutouzov demeura assis sur son banc de bois que l’on portait toujours derrière lui. Il tenait dans sa main sa nagaïka, l’agitait, traçait avec elle quelques traits sur le sol. De là, calmement, parfois maussade, parfois comme absent, il envoyait ses ordres vers Barclay de Tolly ou vers le prince Bagration commandant les deux ailes de l’armée. Trois cents mètres plus loin, après une descente rapide, on traverse la Kolocza, une rivière qui trace ses nombreux méandres parallèlement à la route avant d’aller se jeter dans la Moskova. Elle coule dans la vallée encaissée dont les rives abruptes constituaient pour l’aile gauche française un sérieux obstacle. La route remonte et voici Borodino, un village composé d’une vingtaine d’isbas pouilleuses et qui n’a pas changé depuis un siècle et demi. Là se trouvaient Barclay de Tolly et l’aile droite russe.
    Ce n’est cependant pas à Borodino qu’il faut se tenir

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