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Napoléon

Napoléon

Titel: Napoléon Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: André Castelot
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range en carré autour de l’Empereur, la jeune Garde et la cavalerie de la Garde se trouvent massées non loin, un peu en retrait de la redoute de Schvardino. Ils attendent l’arme au pied, en grande tenue – ils l’ont sortie de leur sac. Les officiers sont vêtus comme aux Tuileries. Murat caracole sur le front de la cavalerie, vêtu de l’un de ces uniformes dont il a le secret : « un grand chapeau bordé d’un large galon d’or à plumet blanc surmonté d’une aigrette blanche, très haute, entourée d’autres panaches, cheveux longs bouclés, pelisse verte de velours brodé d’or ; dessous, une tunique bleu de ciel, également brodée d’or à larges brandebourgs – il la porte souvent sans sa pelisse – un pantalon cramoisi à la polonaise galonné d’or, des bottes jaunes. Tel est son bel accoutrement pour n’être pas aperçu. »
    Et brusquement le soleil du 7 septembre 1812 se lève, et dissipe le brouillard.
    — Voilà le soleil d’Austerlitz ! crie Napoléon.
    Mais, nous dit Ségur, « il se levait du côté des Russes, nous montrait à leurs coups et nous éblouissait. On s’aperçut alors que dans l’obscurité, les batteries – devant Schvardino – avaient été placées hors de portée de l’ennemi. Il fallut les pousser plus avant. L’ennemi laissa faire : il semblait hésiter à rompre, le premier, ce terrible silence ! »
    L’Empereur fait un geste : non loin de lui, une pièce de l’artillerie de la Garde tonne. C’est le signal. L’effroyable tuerie de Borodino, le massacre de la Moskova est commencé.
    Douze cents pièces vont semer le feu, le fer et la mort. Eugène est gêné par le véritable ravin de la Kolocza, mais il parvient cependant à occuper Borodino, tandis que, à huit reprises – Ney et Junot de front, Davout et Compans de flanc – s’en vont à l’assaut des trois fortifications « en flèche » de Bagration. Certains partent au son de la Marseillaise, comme lorsqu’on se « battait pour la Liberté ». Contre les triples redoutes attaques et contre-attaques, effroyables mêlées, charges infernales, corps à corps se succèdent. Au sein d’une fumée obscurcissant le ciel, au milieu des boulets, on se bat avec un acharnement encore jamais atteint. Un sergent qui va bientôt être blessé s’exalte : « La mitraille nous criblait et les boulets enlevaient nos files... Le soleil brillait sur nos têtes... La musique, le bruit de la caisse, le canon, la mousqueterie, les cris des vainqueurs électrisaient l’âme et la portaient à un sentiment d’ivresse inexprimable... » « Le bruit des canons ennemis était tel, dira de son côté un officier russe, que nous n’entendions même pas la fusillade » – ce bruit des canons qui « assourdissait » encore à cinq kilomètres du champ de bataille. Bientôt Compans, grièvement blessé, abandonne ; Davout met l’épée à la main mais son cheval est tué, il tombe, perd connaissance, revient à lui, mais c’est Murat qui achèvera le travail. On se bat au fusil, au sabre, à la baïonnette, certains font même usage « de leurs poings et de leurs bâtons ». Les Trois Flèches résistent encore. Pour en finir, l’Empereur fait concentrer le tir de quatre cents canons contre les redans de Bagration. Enfin, l’une après l’autre, les Flèches tombent entre les mains de Murat et de Ney. « C’est alors, nous raconte le Russe Glinka, l’un des combattants de la journée, que le grand événement eut lieu. » Bagration a deviné les projets de Napoléon : s’emparer de la gauche ennemie, puis se rabattre sur le centre. Aussi entreprend-il un magnifique exploit : « Un ordre et toute l’aile gauche, dans toute sa longueur, s’ébranle et court baïonnette au canon. » L’assaut est brisé, non seulement par le feu nourri de l’artillerie napoléonienne, par les charges de la cavalerie de Murat qui balaient le plateau, mais surtout parce qu’une nouvelle court comme une traînée de poudre à travers toute l’aile gauche russe : Bagration est mortellement blessé. « Les bras des soldats tombèrent », nous rapporte Glinka.
    Il est midi.
    Tandis que le malheureux Bagration est emporté en voiture, les Trois Flèches sont occupées par les troupes françaises. La lutte fait rage devant le ruisseau et les isbas en flammes de Semenovskaïa. L’artillerie napoléonienne est amenée en première ligne pour foudroyer les défenseurs du village. Les charges des

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