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Napoléon

Napoléon

Titel: Napoléon Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: André Castelot
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entre dans la bataille comme à la parade. Friant tombe sérieusement blessé. Ses régiments reculent. Le roi de Naples, dont l’uniforme est méconnaissable, se précipite sur un colonel qui commande la retraite à son régiment :
    — Que faites-vous ? lui crie-t-il.
    L’officier lui montre la terre recouverte de morts – la moitié de son unité a été massacrée :
    — Vous voyez bien qu’on ne peut plus tenir ici !
    — Eh ! J’y reste bien, moi !
    — C’est juste, répond froidement le colonel. Soldats ! face en tête ! Allons nous faire tuer !
    — Soldats de Friant, vous êtes des héros ! hurle Murat.
    Et il se jette dans la mêlée, semblable « à l’un de ces plus terribles dieux de l’Olympe ». Le régiment le suit et s’élance vers la fournaise aux cris de : Vive Murat ! Enfin l’ennemi est repoussé et des Trois Flèches partent maintenant les feux de deux cents pièces dirigés contre la Grande Redoute.
    « Dans l’après-midi, racontera un colonel russe, lorsque le vice-roi d’Italie se lança dans sa dernière attaque contre notre redoute, le feu des fusils et des canons déchargés dans toutes les directions la faisait ressembler à un volcan : les sabres, les lattes, les baïonnettes, les casques et les cuirasses brillaient sous les rayons éclatants du soleil couchant : c’était un spectacle majestueux et terrifiant. » Au milieu des tourbillons de feu et de fumée, sous la mitraille qui tombe dru, les hommes de Koutouzov comme « plantés sur le terrain », se battent avec une férocité et un courage que Napoléon ne peut s’empêcher d’admirer :
    — Lorsqu’un soldat russe est tué, il faut encore le pousser pour qu’il tombe, dira-t-il.
    Évoquant plus tard la journée de la Moskova, il le répétera à Sainte-Hélène :
    — Les Russes se sont montrés dignes de rester invincibles.
    On voit Bibikov – l’aide de camp du général Miloradovitch – lever le bras en pleine bataille pour indiquer au prince de Wurtemberg l’endroit où se trouve son général. À cet instant un boulet lui arrache le bras. « En tombant de cheval, Bibikov lève l’autre main et, de nouveau, montre la même direction... »
    Et la Grande Redoute résiste encore !
    Les cadavres et même les corps des blessés forment un véritable mur protégeant l’ouvrage. C’est seulement à quatre heures de l’après-midi – les trois quarts des défenseurs morts sur place – que la batterie Raïevski se tait. La Grande Redoute, prise à la fois par les cavaliers de Grouchy et les baïonnettes du 9 e de ligne d’Eugène, la bataille faiblit.
    — Que font les Russes ? demande l’Empereur.
    — Ils restent sur place, Sire.
    — Augmentez le feu, ils en veulent encore, donnez-en !
    Certes, on pouvait tout achever et faire de Borodino la grande victoire tant attendue et tant espérée. Koutouzov pouvait être pris entre les deux ailes françaises qui débordent maintenant le centre russe. Des officiers arrivent successivement près de l’Empereur, demandant la Garde, toujours massée derrière lui. On entend le maréchal Lefebvre crier :
    — En avant, toute la Garde !
    L’Empereur se retourne ; il se décide enfin :
    — Avancez donc, foutus couillons !
    Mais quelques instants plus tard, il change d’avis et rapporte l’ordre qu’il s’est laissé arracher.
    — On s’étonnera que je n’aie pas fait donner mes réserves pour obtenir de plus grands résultats, expliqua* t-il ce même soir. Mais j’ai dû les conserver pour frapper un coup décisif dans la grande bataille que nous livrera l’ennemi devant Moscou. Le succès de la journée était assuré. Je devais songer au succès de la campagne et c’est pour cela que je garde mes réserves.
    Mais il n’y aura pas de grande bataille devant Moscou...
    Enfin les canons cessent de vomir la mort. La plus meurtrière bataille de l’histoire napoléonienne s’achève. On s’est battu durant douze heures au rythme de cent quarante coups de canon à la minute. Un record jamais atteint ! Un lugubre silence tombe avec la nuit sur le champ de bataille où gisent soixante mille morts dont quarante-cinq mille Russes. L’immense plainte poussée par les trente-cinq mille blessés monte des collines et de la plaine. Treize mille de ces blessés russes ne survivront pas. Et combien parmi les dix mille blessés français, allemands ou italiens mourront loin de leur pays !... La Grande Armée, forte

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