Bücher online kostenlos Kostenlos Online Lesen
Nice

Nice

Titel: Nice Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Max Gallo
Vom Netzwerk:
peu
gangster. »
    Elle riait. Philippe, sur la Promenade des Anglais, comme
ils atteignaient la voiture, la prit par la taille, geste inattendu, et elle se
laissait d’abord aller, riant, un gargouillis dans la poitrine, le ventre.
    — Écoute, disait Philippe, tous les deux… – Il
hésitait, reprenait… Pour moi, quelqu’un comme toi, tu ne sais pas ce que tu
es, tu es neuve, tu comprends ? Vous êtes neuf, ton oncle, ton père, tes
frères, même le gangster… Comment dire ça ? J’ai l’impression que nous on
est vieux, usés, qu’il faudrait…
    Peu à peu, Violette devenait attentive, grave.
    — Quelqu’un comme ton oncle, dans ma famille, il y en a
eu, sûrement, mais quand ? Peut-être il y a trois ou quatre siècles. Maintenant,
on profite, on vit sur la lancée.
    Violette retirait la main de Philippe de sa taille, lui
prenait le bras.
    — J’ai des choses que tu n’as pas, continuait-il, que
tu ne peux pas avoir, parce qu’il faut des générations, et toi, tu me donnes…
    — Le sang neuf, comme disait le maire ?
    Elle l’avait interrompu, il ne réussissait pas à reprendre.
Elle l’embrassa sur la joue.
    — Qu’est-ce que tu voulais dire ?
    — Je voudrais t’épouser, maintenant.
    Il la forçait à s’arrêter.
    — On vit ensemble depuis…
    — On est bien comme ça, dit-elle.
    — Les choses évoluent toujours.
    Violette savait qu’il avait raison. À ne pas avancer, on
recule.
    — Qu’est-ce qu’il y a, demandait-il, si tu vis avec moi ?
    Il lâchait son bras.
    — Toutes les femmes accepteraient, disait-il.
    — Justement, justement.
    Ne pas devoir. Se marier ? Qu’apportait-elle ? Le
sang neuf ? Cela ne pèse pas. Et puis une vie, c’est long, et faudrait-il
qu’elle lui dise qu’elle n’aurait pas aimé qu’un fils né de lui lui ressemble.
Trop doux, Philippe, pareil à ceux de son monde, aussi, la vie comme un jeu. On
se couche tard, au moment où les autres se lèvent. On dîne à la Pinède ou au Viking ? « On file à Saint-Tropez, ce soir ? »
disait Rex. Et tout le monde se retrouvait À la Rascasse pour une bouillabaisse.
Un autre soir, c’était les Oliviers, à Juan, ou Michel et Max, à
Sainte-Maxime. Elle suivait, Violette, elle prenait sa part au jeu, mais elle
savait qu’elle ne pourrait pas, toute sa vie, dilapider ainsi le temps,
l’argent. Pour rien. Comment lui dire, à Philippe, qu’il n’était pas assez
grave, qu’il ne voulait pas assez fort les choses, qu’il était d’une autre race ?
    Voilà que l’expression lui revenait à la mémoire pendant
qu’elle conduisait sur la route du bord de mer, parce qu’elle l’avait en elle
depuis ce repas de baptême, qu’elle se sentait aussi tellement étrangère à ceux
de sa famille, Dante, Antoine. Seule, alors ? Acceptant de l’être.
    Dès qu’elle avait eu, aux studios de la Victorine, des
honoraires réguliers, elle avait loué ce rez-de-chaussée à Cimiez, pour être
chez elle. C’est elle qui accueillait Philippe. Et chaque fois que, après avoir
tourné la clef dans la serrure de la porte blanche aux lisérés bleus, elle
s’effaçait, disant à Philippe : « Entre, entre », elle avait une
bouffée de joie.
    Philippe n’avait pas compris ce désir d’indépendance.
    — Tu veux me tromper, c’est ça, disait-il, la première
fois qu’il était venu chez elle.
    Il passait sur la terrasse, revenait dans le salon :
    — C’est ça, n’est-ce pas ?
    Il fallait le rassurer, lui passer la main dans les cheveux,
lui dire :
    — Pourquoi ? Tu ne peux pas comprendre que moi
aussi, comme toi…
    Il secouait la tête :
    — Pas une femme, disait-il, pas une femme.
    — Tu viendras ici quand tu voudras.
    Mais elle ne lui avait pas donné de clef.
    — Je ne veux pas être à la disposition de personne, tu
comprends ? expliquait Violette à Katia Lobanovski. C’est chez moi. Pour
la première fois, c’est chez moi.
    Souvent, elles sortaient ensemble des studios. Katia, très
blonde, Violette, brune, et les machinistes allongés sur la pelouse les sifflaient
quand elles passaient, très droites, entre les palmiers.
    — Mais Philippe, disait Katia, tu vis avec lui depuis
des années ?
    — Je vis chez moi.
    Elles allaient s’asseoir à la Grande Bleue, un
établissement de bains de la Promenade des Anglais, en face de l’Hôtel
Impérial. Très vite elles étaient entourées, des Espagnols, des Italiens,
entreprenants, des Anglais

Weitere Kostenlose Bücher