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Taï-pan

Taï-pan

Titel: Taï-pan Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: James Clavell
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nous laissons distancer, amiral, dit Longstaff. Vous ne pouvez pas rattraper les frégates, quoi ? »
    L’amiral dut faire un effort surhumain pour répondre courtoisement à Longstaff. Les mois d’attente, d’ordres et de contrordres, une guerre méprisable, l’avaient écœuré.
    « Nous filons bon vent, dit-il.
    — Pas du tout. Nous louvoyons bêtement et nous n’avançons pas. Perte de temps ridicule. Envoyez un signal à la Némésis . Elle peut nous remorquer.
    — Remorquer mon navire amiral ? tonna l’amiral congestionné de rage. Cette mécanique pourrie ? Remorquer un vaisseau de ligne de soixante-quatorze canons ? Remorquer, avez-vous dit ?
    — Mais oui, mon bon ami, remorquer. Nous arriverons bien plus vite à Canton.
    — Jamais !
    — Eh bien, je m’en vais transférer mon quartier général à bord du vapeur ! Faites mettre un canot à la mer. Ridicule, cette jalousie. Un bateau est un bateau, qu’il soit à voile ou à vapeur, et il y a une guerre que nous devons gagner. Vous pourrez venir à bord à votre gré. Je serais heureux que vous veniez avec moi, Dirk. Venez, Horatio. »
    Exaspéré par l’amiral et son attitude grotesque, ulcéré par la rivalité entre la marine et l’armée, Longstaff quitta le gaillard d’arrière. Ces querelles intestines l’irritaient au plus haut point et il en voulait encore à ce petit démon de Culum qui lui avait fait signer par ruse l’acte de vente de la colline du Taï-pan, en lui faisant croire que le Taï-pan était d’accord, risquant ainsi de mettre un terme aux rapports amicaux qu’il avait eu tant de peine à établir avec le tout-puissant Struan.
    Longstaff en avait assez d’essayer d’organiser la nouvelle colonie, et de la sordide concurrence des marchands. Il était furieux que les Chinois aient osé dénoncer le traité qu’il leur avait généreusement accordé. Bon Dieu, se disait-il, je porte tout le poids de l’Asie sur mes épaules, je dois prendre toutes les décisions, les empêcher d’en venir aux mains, je fais la guerre pour la plus grande gloire de l’Angleterre, je sauve son commerce, bon Dieu, et qu’est-ce que je reçois en échange ? Il y a des années que j’aurais dû être anobli ! Et puis sa colère se calma, car il savait que bientôt l’Asie serait pacifiée et que, de la sécurité de Hong Kong, se déploierait bientôt la puissance britannique. Il serait gouverneur, et les gouverneurs sont anoblis. Sir William Longstaff, voilà qui sonnait bien. Les gouverneurs des colonies étaient commandants en chef de toutes les forces coloniales, législateurs et représentants de Sa Majesté ; alors il pourrait dicter sa loi aux amiraux et aux généraux, selon son bon plaisir.
    Rasséréné, Longstaff s’installa à bord du vapeur Némésis .
    Struan le rejoignit. Vapeur ou non, il serait le premier à Canton.
    Cinq jours plus tard, là flotte mouillait à Whampoa. Aussitôt, une députation de marchands du Co-hong envoyée par le nouveau vice-roi, Ching-so, arriva pour négocier. Mais, sur les conseils de Struan, elle dut repartir sans avoir été reçue et le lendemain la Concession fut de nouveau occupée.
    Lorsque les marchands descendirent à terre, à la Concession, tous leurs anciens serviteurs attendaient devant les comptoirs. On aurait cru que jamais la Concession n’avait été abandonnée. Rien n’avait été touché en leur absence. Rien ne manquait.
    Les tentes d’un détachement militaire occupèrent la place et Longstaff s’installa au comptoir de la Noble Maison. Une seconde députation du Co-hong se présenta et repartit comme la première et des préparatifs furent faits pour investir Canton.
    De jour et de nuit, Hog Street et Thirteen Factory Street grouillaient d’une population hétéroclite ; on échangeait, on achetait, on se battait et l’on volait. Les maisons closes et les bouges faisaient des affaires d’or. Beaucoup d’hommes moururent de trop boire, certains se firent égorger et d’autres disparurent tout simplement. Les boutiquiers luttaient pour trouver des échoppes et les prix montèrent.
    Une troisième députation vint demander audience à Longstaff et, encore une fois, Struan conseilla de la renvoyer sans l’entendre. Les vaisseaux de ligne se déployèrent dans la Rivière des Perles et le vapeur Némésis allait et venait, laissant l’horreur dans son sillage. Mais les jonques et les sampans continuaient de faire leur commerce. Le thé et la

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