Bücher online kostenlos Kostenlos Online Lesen

Le Fils de Pardaillan

Titel: Le Fils de Pardaillan Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Michel Zévaco
Vom Netzwerk:
bêtes se montraient fort abattues.
    – Faites-les boire, conseilla Pardaillan au cocher, et il n’y paraîtra plus.
    Jusque-là, Henri IV n’avait vu Jehan que de dos et ne l’avait pas reconnu. Quant à Pardaillan, il ne l’avait pas aperçu. C’est à ce moment seulement qu’il les reconnut tous les deux. Il vint à Pardaillan, la main tendue et encore ému, malgré qu’il s’efforçât de se maîtriser :
    – Ventre-saint-gris ! mon ami, il est écrit qu’à toutes nos rencontres vous exposerez votre vie pour sauver la mienne ! Je ne sais comment vous remercier.
    – Bah ! fit Pardaillan d’un air détaché, en serrant la main du roi la chose n’en vaut vraiment pas la peine.
    – Cela vous sied à dire, s’écria Henri. Vous risquiez bellement de vous rompre les os !
    Et avec une insistance affectueuse, il ajouta :
    – Au moins, cette fois, me sera-t-il donné de vous témoigner ma gratitude ?
    Soit qu’il eût décidé de dédaigner Jehan le Brave, soit plutôt qu’il voulût se donner le temps de réfléchir sur l’attitude qu’il prendrait à son égard, Henri IV ne paraissait pas l’avoir vu et s’était placé de manière à lui tourner le dos.
    Il l’avait fait sans affectation, très naturellement. Jehan, qui ne connaissait pas son caractère, crut à un hasard. Et il attendait patiemment qu’il plût au roi de se tourner vers lui. Il était d’ailleurs très calme et n’éprouvait ni déception ni contrariété de cette attitude. C’est qu’il avait agi, dans cette affaire, avec le plus complet désintéressement et sans arrière-pensée aucune. Ce qu’il avait voulu sauver, au péril de sa propre existence, ce n’était pas le roi, c’était le père de Bertille de Saugis. Son but était atteint. Le reste le laissait indifférent.
    Mais Pardaillan, lui, connaissait fort bien le roi. De plus, comme il aimait à dire lui-même, c’était un vieux routier à qui on ne pouvait en remontrer. Là où son fils avait cru à un hasard, il devina, lui, une intention formelle. Et ses yeux eurent cette expression malicieuse de quelqu’un qui se prépare à jouer un bon tour. Et avec son air le plus naïf, son sourire le plus engageant, il s’en fut prendre Jehan par la main, l’amena devant le roi et, avec une bonhomie admirablement jouée, il s’écria :
    – Puisque le roi est si bien disposé, qu’il témoigne sa gratitude à ce jeune homme… Il la mérite, certes, plus que moi, car sans lui c’en était fait de Votre Majesté.
    Henri fixa le jeune homme d’un œil peu bienveillant et ne lui dit pas un mot. C’est qu’il était embarrassé. Ce Jehan le Brave – qui supportait son examen avec une sérénité frisant l’indifférence – lui plaisait, quoi qu’il en eût et il venait de l’admirer.
    Mais il y avait cette méchante affaire de Montmartre qui, d’après les rapports, ne pouvait demeurer impunie. De là, son indécision et sa mauvaise humeur.
    Sans paraître remarquer le froid accueil du roi, Pardaillan continua imperturbablement, mais cette fois sur un ton très sérieux :
    – Sans ce jeune homme, je ne serais point ici et n’aurais pu par conséquent, l’aider à vous arracher à une mort certaine… Vous disiez, Sire, que j’ai risqué de me rompre les os. C’est vrai… Mais en risquant ma vieille carcasse pour vous, je ne faisais pas un grand sacrifice. Tandis que ce jeune homme est à l’aube de la vie… il aime, il est aimé, il a toutes sortes de bonnes raisons de vivre le plus longtemps possible… il n’a pas hésité cependant… C’est pourquoi je répète : c’est à lui que le roi doit témoigner sa gratitude… s’il lui plaît de la lui témoigner.
    Henri se trouvait, pour ainsi dire, mis en demeure de se prononcer séance tenante. D’un air toujours froid, il dit, répondant directement à Pardaillan :
    – J’avais recommandé à ce jeune homme de se faire oublier. Cependant on m’a beaucoup parlé de lui, ces jours-ci… On en a trop parlé même. On le croyait mort, et c’était bien ainsi, car, le moins qu’il puisse lui arriver maintenant, est d’être pendu haut et court. Vous assurez que je lui dois la vie ; en conséquence, je lui fais grâce… et nous sommes quittes.
    Et se tournant vers Jehan, qui écoutait impassible :
    – Je vous accorde quarante-huit heures pour quitter ma ville. Jusque-là, vous ne serez pas inquiété. Passé ce délai, je ne réponds plus de vous… C’est tout ce

Weitere Kostenlose Bücher