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Les révoltés de Cordoue

Les révoltés de Cordoue

Titel: Les révoltés de Cordoue Kostenlos Bücher Online Lesen
Autoren: Ildefonso Falcones
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Cordoue était noble !
Nombreux étaient les faveurs et les titres royaux obtenus par les Cordouans
pendant la conquête et, lors des fêtes de taureaux, les nobles de la ville,
avant d’affronter les animaux, rivalisaient entre eux de luxe et d’ostentation.
    Après le repas et avant que la fête commence, on exhiba dans
les palais des nobles les cuadrillas des seigneurs, composées de leurs
domestiques richement vêtus d’une livrée de la même couleur. Au sein des
cuadrillas, de trente, quarante, voire soixante serviteurs, deux d’entre eux
exerçaient la fonction de laquais : ils accompagneraient le seigneur à
l’intérieur de la place. Les Cordouans se postèrent devant le palais des
Fernández de Cordoue, sur la côte du Bailío, devant celui du marquis del
Carpio, dans la calle Cabezas, et autour d’un grand nombre d’autres palais ou
de maisons anciennes pour contempler et applaudir la sortie des nobles à
cheval, accompagnés de leurs familles nombreuses et escortés par leurs
cuadrillas de domestiques qui portaient des vivres, du vin et des sièges pour
leurs seigneurs.
    La plaza de la Corredera avait été parfaitement préparée
pour toréer les animaux qui arriveraient, un par un, de l’arcade et du couloir
qui donnait à l’est, sur la calle del Toril. Au nord, sur le côté le plus long
de l’irrégulière place, on avait placé des barrières au-delà des porches en
bois des maisons dont les balcons, décorés pour l’occasion de tapis et de
châles, avaient été loués par le conseil municipal à des nobles et à de riches
commerçants rivalisant de luxe dans leurs vêtements. Parmi eux, se faisant
discrets, il y avait plusieurs prêtres et membres du conseil de la cathédrale,
qui enfreignaient la bulle papale. Au sud, appuyées contre un mur blanc que la
municipalité avait ordonné de construire pour fermer la place, s’élevaient des
tribunes en bois où se tenait le corregidor, en tant que représentant du roi et
gouverneur des arènes, au côté d’autres nobles et chevaliers. Autour du reste
de la place, on avait installé des barrières en bois qui empiétaient sur
l’arène et derrière lesquelles le public pouvait se protéger des taureaux.
    Depuis la plaza de las Cañas, où se dispersèrent les
domestiques avec les chevaux de réserve de ceux qui allaient toréer et de leurs
proches, Hernando entendit les cris des gens lorsque les nobles à cheval,
accompagnés des deux laquais qui les assistaient en portant les lances,
défilèrent, tous vêtus à la mauresque, avec des tuniques ajustées qui leur
laissaient une grande liberté de mouvements, des turbans, des capes pendues à
leur épaule gauche, et armés d’épées ; chaque noble portait les couleurs
des livrées de ses cuadrillas et montait à la genette, avec des étriers courts.
L’ouvrier de la tannerie avait tenu parole et attendait Hernando sur la plaza.
Grâce à lui, le garçon put passer avec son grand seau en sparte à travers les
alguazils qui empêchaient le peuple de se mélanger aux domestiques des
chevaliers. Cependant, il n’était pas le seul à chercher du fumier.
    Huit chevaliers s’apprêtaient à toréer cet après-midi de
mars. D’un geste solennel, le corregidor remit à l’alguazil de la place la clé
du toril, signe que la fête pouvait commencer ; quatre chevaliers
quittèrent l’arène pendant que les quatre autres prenaient position à
l’intérieur. Les chevaux piaffaient, s’ébrouaient et suaient. Le silence
envahit la Corredera quand l’alguazil ouvrit la grosse porte en bois qui
fermait la calle del Toril, puis les vivats éclatèrent lorsqu’un grand taureau
zain, aiguillonné par des hommes armés de piques, déboula dans l’arène en
beuglant. Le taureau galopa sur la place, donnant des coups de corne contre les
planches en bois à mesure que les gens l’appelaient à grands cris, cognaient
contre les barrières ou lui lançaient de petites piques. L’allure du taureau
ralentit et il se mit à trotter. Alors plus d’une centaine de personnes
sautèrent dans l’arène et attirèrent son attention avec des capes ; les
plus audacieux s’approchaient de lui, s’écartant vivement pour l’esquiver dès
qu’il se retournait contre eux. Certains, ne parvenant pas à s’échapper à
temps, se retrouvaient encornés, renversés ou projetés en l’air. Pendant que le
peuple s’amusait, les quatre nobles restaient à leur place, retenant leurs
chevaux, jaugeant la

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